2018 Revue et corrigée
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2016 Revue et corrigée au Rideau Vert | L’arroseur arrosé

Après 12 années consécutives de rires, parfois jaunes, on peut assurément parler de tradition bien établie au Théâtre du Rideau Vert avec son cabaret humoristique du temps des Fêtes. 2016 Revue et corrigée encore une fois n’épargne personne, même pas la patronne des lieux, Denise Filiatrault, dont l’imitation par Marc St-Martin vole littéralement le show.

Le résultat est troublant de vérité, la ressemblance, renversante. Habillé et coiffé comme elle, lunettes sur le bout du nez, parlant du même ton saccadé à ses « chéris », reprenant la démarche et les mimiques de cette grande dame de théâtre et de cinéma qui dit ne pas avoir dormi depuis 1982, le comédien Marc St-Martin devient pour notre plus grand bonheur l’arroseur arrosé.

« On n’a plus 80 ans », lui fait-il dire en parodiant la publicité de Greiche & Scaff où Winston McQuade nous parle de réduction selon l’âge, ajoutant que bientôt ses lunettes ne lui coûteront plus rien. Pour Madame Filiatrault, qui ne fait pas ses 85 ans, c’est donc 85% de réduction. Winston McQuade et sa petite-fille Tess McQuade en seront bien contents.

Photo: François Laplante Delagrave

Photo: François Laplante Delagrave

D’autant plus que l’un des meilleurs sketches de la soirée met en scène France Parent en Pénélope McQuade et ses « échangisses », personnifiés en France Castel au rire tonitruant et en Alex Perron soucieux de sa coiffure. L’animatrice tout de rose vêtue ne sait plus à qui revient le tour de poser telle ou telle question à ses invités Pierre Lapointe et Cœur de pirate. Du bonbon, et pas seulement pour les LGBT à qui Cœur de pirate ajoute un Q pour queer. Pénélope passera d’ailleurs une remarque équivoque très à propos selon laquelle il y a plus de gais que d’hétéros sur cet actuel plateau de télé.

Les textes, qui ont juste assez de mordant sans en avoir trop et déraper, viennent d’une équipe d’auteurs impitoyables comptant dans ses rangs Jean-Philippe Durand, Simon Leblond, Nadine Massie, Pascal Roberge, et René Brisebois en tant que script-éditeur. Une seule fille donc, mais ça ne paraît pas. On sent tout de suite que pour sa 4e mise en scène d’affilée de la soirée, Alain Zouvi a su apporter les bonnes nuances en les mettant au seul service du rire et de l’autodérision.

Du côté des six comédiens dans le ring, on regrette l’absence cette année de Suzanne Champagne, mais on se réjouit du retour d’Amélie Grenier. Marc St-Martin est le doyen du lot, suivi de près par Martin Héroux qui offre un Denis Coderre impayable, alors que le distingué maire de Montréal était présent dans la salle. Même chose pour Marina Orsini qui a dû rester perplexe par l’exagération de François Maranda des bruits de gorge entre ses tirades d’animatrice joviale de l’émission du matin à ICI Radio-Canada Télé.

Photo par : François Laplante Delagrave

Photo par : François Laplante Delagrave

Un feu roulant donc que cette revue de fin d’année qui s’abreuve à la bêtise humaine, pourvu qu’elle soit drôle. Un Jean-François Lisée nous dira par exemple que nous sommes chanceux de pouvoir le regarder et l’écouter parler précieusement. Marine Le Pen aura du mal aux douanes où se trouve recyclée la journaliste Anne-Marie Dussault, Justin Trudeau présentera des excuses pour avoir rendu hommage à Fidel Castro, Gilbert Rozon donnera de l’urticaire au maire Coderre pour le 375e, le ministre Gaétan Barrette se retrouvera en culottes courtes restées trop grandes en montrant jusqu’aux genoux ses chaussettes rouge vif, Mike Ward se défendra à chacune de ses interventions (y compris son différend avec Jérémie Gabriel) en répétant « C’est une joke, osti! », Brad Pitt et Julie Snyder se consoleront chacun de leur divorce, Marie-Soleil Lune se retrouvera à La Voix junior alors que le pot deviendra légal en provoquant un éventuel nouveau marché noir, et que, infatigable, Madame Filiatrault reviendra sur scène à trois reprises nous haranguer.

L’abondance des parodies et des situations risibles qui défilent sous nos yeux réjouis fait en sorte que certains personnages sont plus faibles. C’est le cas avec PKP à la guitare électrique, Céline Dion en mou avec ses jumeaux chevelus, ou encore Donald Trump qui aurait pu être plus costaud. Mais, dans son ensemble, 2016 Revue et corrigée est une réussite telle, qu’après deux heures de ce régime, on en redemande.


* 2016 Revue et corrigée est présenté au Théâtre du Rideau Vert jusqu’au 7 janvier 2017.

 

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