2017 Revue et corrigée
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2017 Revue et corrigée au Rideau Vert | Incontournable !

Même présentée pour une treizième année consécutive, la parodie Revue et corrigée au Théâtre du Rideau Vert ne s’essouffle pas. Avec sa galerie de quelque 75 personnages écrits par un petit noyau de quatre auteurs, illustrés sur scène par seulement cinq comédiens qui se transforment grâce aux costumes, aux maquillages, et à la conception de plus de 80 perruques, 2017 Revue et corrigée est vraiment un Bye-Bye théâtral dont le seul but est de nous faire rire de nous.

Jean Bégin, qui a maintes fois collaboré aux comédies musicales de Denise Filiatrault, est cet artiste surdoué qui depuis les tout débuts de Revue et corrigée transforme en en grossissant les traits et les travers les comédiens en un aéropage de personnalités risibles ayant marqué l’année qui s’achève. Le moins que l’on puisse dire de lui est qu’il est passé maître en matière de changement de tête. Jumelé à la fastueuse conception des costumes de Suzanne Harel, les deux se complètent admirablement pour taper en plein dans le mille.

Crédit photo: François Laplante Delagrave

Crédit photo: François Laplante Delagrave

La présente édition est marquée par le retour inestimable de deux des vétérans du procédé hilare, Suzanne Champagne, une comique née, et Benoît Paquette qui fait une bonne douzaine de voix à l’émission ICI Laflaque le dimanche soir. Ensemble, ils forment une nouvelle équipe du tonnerre avec les fidèles que sont Martin Héroux (pour une septième fois), Julie Ringuette (une quatrième fois pour cette diplômée en Théâtre musical de Lionel-Groulx) et Marc St-Martin (depuis 2006). Ce dernier, improvisateur redouté à la LNI et à la LIM, a joué dans pas moins d’une cinquantaine de productions au théâtre.

Alors que les quatre auteurs, Patrick Bergeron, Franky (François Lafrenière), Nicolas Lemay et Hugo Pellicelli (deux diplômés de l’École nationale de l’humour), ont en commun l’ironie féroce des textes de l’émission Prière de ne pas envoyer de fleurs diffusée à ICI Radio-Canada Télé. On ne peut plus aguerris, ils sont également derrière des émissions comme Ti-Mé Show, Un gars, une fille, Piment fort ou encore Debout les comiques, sans compter les galas Artis, ComédiHa!, Gémeaux et Juste pour rire. Sans révéler de punch, disons seulement que les auteurs réussissent à glisser sur la peau de banane de Juste pour rire, et à rendre inoffensif Éric Salvail sans pour autant régler des comptes.

Crédit photo: François Laplante Delagrave

Crédit photo: François Laplante Delagrave

Caricatures hilarantes!

Un bon nombre de sketches et d’imitations, exagérés à souhait, sont de véritables perles. Comme Suzanne Champagne en Julie Payette, nouvelle vice-reine du Canada qui « parle 52 langues et joue 63 instruments de musique », demandant qui de nous est déjà allé dans l’espace? Comme la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, qui frise l’hystérie en lançant « On est rendus là! », ou offrant un numéro de tango avec Denis Coderre aux Dieux de la danse. Comme Julie Snyder et PKP se retrouvant à Occupation double. Comme ces pompiers qui doivent enlever leur masque en combattant un incendie pour se conformer à la Loi 62. Comme tous les « Serpuarien » qui s’accrochent.

Les sujets de dérision ne manquent pas dans notre société qui compte « plus de cônes oranges que d’habitants ». Les numéros sont courts et les têtes roulent à un rythme effarant. Comme encore Suzanne Champagne, qui mérite la première étoile du match, personnifiant l’avocate Anne-France Goldwater qui doit trancher une cause non moins délicate que sa généreuse poitrine. Comme la collision frontale entre les taxis d’Uber et ceux de Téo. Comme Céline Dion dans sa robe-parachute qui répète à qui veut l’entendre que maintenant, c’est elle la boss!

 

Crédit photo: François Laplante Delagrave

Crédit photo: François Laplante Delagrave


Sans réels temps morts dans ce feu d’artifice humoristique, certains numéros par contre sont plus faibles. C’est le cas de Michèle Richard se faisant raccompagner par Nez rouge. Ou Régis Labeaume riant des Montréalais dans sa barbe sans en avoir. Ou des personnalités du monde des sports comme les « intellectuels » Ron Fournier et Michel Bergeron qui manquent de mordant et d’irrévérence. Ou encore cette parodie éculée de Pierre Bruneau à l’antenne de TVA depuis 100 ans.

Mais dans l’ensemble, Denise Filiatrault aura réussi son pari en confiant pour la première fois la mise en scène du spectacle Revue et corrigée à René Simard. Ils se connaissent et s’aiment depuis toujours, et ça paraît. L’utilisation très efficace du support vidéo en est un bon exemple. Et l’apport artistique d’André Leclair à la conception et à la direction musicale est un autre choix avisé, faisant de cette revue de fin d’année au Rideau Vert un incontournable pour qui ne saurait bouder son plaisir.

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