À l'infini nous rassembler
Entrevue Publié le

«À l’infini nous rassembler» dans le cadre du FIL | La poésie en clair-obscur

Dans le cadre du Festival International de Littérature, l’artiste belge multidisciplinaire Jean-François Spricigo viendra présenter en première nord-américaine «À l’infini nous rassembler», une performance où se mêle poésie, vidéo et photo. Nous nous sommes entretenus avec cet artiste prolifique à propos du processus lié à ce spectacle poétique, ainsi que ce qui se cache derrière son titre énigmatique.

«À l’infini nous rassembler», photo par Jean-François Spricigo

Rencontres et moment présent

Le Festival International de Littérature et l’Usine C sont heureux d’accueillir à Montréal le photographe, vidéaste, écrivain et metteur en scène Jean-François Spricigo, ainsi que la comédienne française Anna Mouglalis. À travers ce conte philosophique À l’infini nous rassembler, Jean-François Spricigo est à la recherche de ce qui tisse les rencontres entre les individus. Il veut aussi souligner l’instant présent, en mettant de l’avant l’exploration des instants fugitifs qui changent la coloration de la vie, ces moments où tout peut basculer.

Comment résumer À l’infini nous rassembler? C’est avant toute chose l’observation du monde à travers une perspective poétique. « Il s’agit d’une exploration du réel à travers les sens. J’ai souhaité croiser différentes pratiques. Les enjeux du spectacle se trouvent autour de la perspective que je propose, qui est la non-séparation, d’où le titre. » Il mentionne ensuite que « les conflits sont souvent basés sur un principe de hiérarchie, où on décrète que les hommes sont mieux que les femmes, que les noirs sont mieux que les Arabes, que les humains sont prioritaires sur la nature… » Il précise que pour lui, «le mouvement global qui fait sens et qui fait vie, est un mouvement d’infini ». Rien de moins pour l’artiste, qui est constamment dans la quête profonde du sens et de l’expression. « Le tout début du spectacle raconte sur le plan métaphorique une promenade en forêt. Le minéral se mélange au végétal, qui se mélange à l’animal, à l’aquatique, à l’aérien… Sans que jamais vous ne soyez perturbé par cette cohésion. » Intrigant.


«À l’infini nous rassembler», photo par Jean-François Spricigo

Le parcours d’un photographe prolifique

Oscillant entre les images et les mots, formé en photographie, en cinéma et en théâtre, il précise qu’il n’a pas à choisir entre ces disciplines. « Je n’ai qu’à accueillir. Le talent, c’est d’écouter ce qui est là. » Il n’est d’ailleurs pas convaincu par la nécessité de se définir par un métier particulier ou une seule chose, car selon lui, c’est limitant.

Mais Jean-François Spricigo est d’abord photographe. Il présente première exposition de photographie Ici hier en 2004, à la scène nationale du Parvis, à Tarbes. Il alterne ensuite son travail entre beaucoup d’expositions de photographie, la vidéo et la scène. Il établit sa réputation grâce à de nombreuses publications de ses photos à travers des magazines comme Nouvel Observateur et la Revue des Deux Mondes, ainsi que des ouvrages collectifs. Il a gagné de nombreux prix, étant notamment lauréat du Prix de Photographie de l’Académie des Beaux-Arts et de la Fondation belge de la Vocation en 2008. Il a également été résident artiste à la Casa de Velázquez en Espagne, où il a pu explorer la photographie couleur, lui qui explore ce médium habituellement à travers le noir et blanc.


«À l’infini nous rassembler», photo par Jean-François Spricigo

La beauté des ombres

Il explique aussi que la photographie est liée directement à l’événement qui est en face de vous. « Prendre « l’instant décisif », ça ne m’intéresse pas. Un trophée, c’est mort. Ce qui m’intéresse, c’est le vivant. D’ailleurs, j’aime les ombres. Il n’y a pas d’ombres laides. La beauté est une notion très complexe à mettre en oeuvre, et à travers l’ombre, les caractérisations fatigantes sont évitées ». Il présente ainsi à travers son spectacle des images vaporeuses et granuleuses, en noir et blanc. Un choix clair-obscur audacieux, à l’ère numérique où tout un chacun «doit» vibrer de façon multicolore, et être plus coloré que le voisin. « En fait, ce n’est pas un choix, c’est une évidence, précise-t-il. Le monde du soir est plus posé, et la nuit crée des couleurs différentes. »

Dualités et oppositions

Les thèmes de la pièce À l’infini nous rassembler sont donc principalement les rencontres entre les gens et le moment présent. Mais c’est plus que ça. « Il y a quatre entités: celles de la relation, incarnée par Anna et moi. Ensuite, il y a la dualité de l’enfance versus le monde adulte, où un extrait de documentaire sera projeté. » Le troisième sujet, qui lui est très cher, est lié à la nature. « Je mets face à face le chien, qui est la figure domestique, et le loup, qui est la part sauvage. » Le quatrième aspect qui les relie tous est la danse, où il y a aussi quatre états. « On danse dans l’enfance, dans la séduction, dans le martial, et dans le sacré… C’est vraiment un kaléidoscope », soutient-il.

«À l’infini nous rassembler», photo par Jean-François Spricigo

Par ailleurs, Jean-François Spricigo sera sur scène avec Anna Mouglalis, à la voix reconnaissable entre toutes. Celle-ci a incarné de nombreux rôles au théâtre et dans des films d’auteur européens, puis a notamment interprété Coco Chanel dans Chanel (2009) et Juliette Gréco dans Gainsbourg, vie héroïque (2010). Celle qui est aussi l’égérie de la maison Chanel depuis 2002 s’est révélée être une complice de choix pour la pièce. «Je souhaitais avant tout avoir une voix et une présence singulières.» Il mentionne qu’elle a amenné tout le féminin dans À l’infini nous rassembler, et que le texte était vraiment fait pour elle.

Explorer la notion du choix à travers le clair-obscur

Il s’agit donc d’une création qui explore les mystères derrière les rencontres, et qui veut aussi parler de ces innombrables choses sur lesquelles on n’a aucune emprise. En effet, qu’est-ce qu’on choisit réellement, dans tout ce qui constitue nos vies? C’est une question dont les réponses se trouvent peut-être dans ce qui se trame à notre insu…

L’œuvre inclassable À l’infini nous rassembler sera présentée à l’Usine C le samedi 28 septembre à 15 h et le dimanche 29 septembre à 15 h. À noter que le spectacle de samedi sera suivi d’une rencontre avec Jean-François Spricigo et Anna Mouglalis. Billets ici et ici!

Artistes
Villes
Salles

Vos commentaires