A Perfect Circle
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A Perfect Circle à la Place Bell de Laval | Un retour en piste plutôt réussi

Le supergroupe A Perfect Circle était de passage à la Place Bell de Laval mardi soir — même s’ils croyaient visiblement être à Montréal — dans le cadre de sa présente tournée nord-américaine qui précède l’arrivée éventuelle d’un nouvel album, un premier depuis EMOTIVe en 2004. Première fois au Québec depuis belle lurette pour A Perfect Circle, mais un retour en moins de 6 mois pour son chanteur Maynard James Keenan, qui était passé par le Centre Bell au printemps dernier avec Tool.


A Perfect Circle est un drôle de projet. Supergroupe monté par le technicien de scène Billy Howerdel (qui avant ça, s’assurait, en gros, que les guitares de Nine Inch Nails, The Smashing Pumpkins et Guns N’ Roses à leurs pires années soient adéquatement calibrées lors de leur tournée respective), et le chanteur de Tool, Maynard James Keenan, APC n’a pas pris de temps à s’imposer comme une valeur sûre sur le plan commercial au début des années 2000. Les deux premiers albums, parus respectivement en 2000 et 2003, ont connu un succès populaire considérable en raison de la force des singles, dont le son collait parfaitement aux radios rock de grande écoute de l’époque, sans s’aventurer trop loin du son cultivé par Tool pendant toutes ces années, ce qui permet à la fois de séduire un nouveau public plus large, tout en conservant le fan base de Tool.

Rappelons-nous que c’était les années du rock alternatif post-Big Shiny Tunes, et de l’arrivée du nu metal à la Limp Bizkit et System of a Down. Le hard rock alternatif avait la cote, et A Perfect Circle en concoctait du très bon, avec des singles solides, et une opportunité unique pour Maynard de faire valoir un pan de son flair mélodique peu exploité par Tool.

Après avoir laissé le projet en plan, le temps que Howardel prenne ses aises sur scène avec son projet solo Ashes Divide, et que Maynard continue de tourner en rond avec Tool et son autre projet Puscifer, A Perfect Circle est revenu temporairement pour quelques spectacles en 2011 (dont un plutôt mémorable au Bluesfest d’Ottawa cette année-là), avant de retourner en jachère, pour enfin revenir à l’avant-scène cet automne, avec James Iha (des Smashing Pumpkins) aux guitares secondaires, et les bassiste et batteur, Matt McJunkins et Jeff Friedl pour compléter la bande.

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Nouveau matériel

Maynard l’a confirmé une fois de plus hier sur scène : il y aura un nouvel album de A Perfect Circle en 2018. Quatorze ans après l’excellent EMOTIVe, qui rappelons-le, était paru le jour de l’élection américaine qui avait renouvelé la présidence de George W. Bush, en 2004. EMOTIVe contenait d’ailleurs d’ingénieuses (et inquiétantes) relectures de chansons anti-guerre, dont une version carrément épeurante et/ou déprimante d‘Imagine, de John Lennon, en substituant les accords majeurs par des accords mineurs, ce qui change complètement le ton de cette chanson classique. Celle-ci a d’ailleurs été interprétée sur scène, avec brio.

Mais donc, des nouveaux titres en spectacle, hier soir à Laval ?  Oui, quelques-uns. D’abord, Hourglass, qui fait un peu peur à entendre au début, avec sa voix robotisée et son approche un brin électro. La chanson se replace vers le milieu, laissant entendre une approche plus rock qui convient mieux au groupe.

The Doomed donne un meilleur aperçu de ce que le groupe prépare de neuf. Textes intrigants, ambiances apocalyptiques, guitares ingénieuses, ça sonne comme du bon APC.

Finalement, Feathers est une jolie chanson relativement délicate et discrète, qui aurait mieux sa place au milieu du set qu’à la toute fin, surtout quand le groupe n’offre aucun rappel et omet (volontairement) son plus gros hit…

Parlons-en d’ailleurs. Les deux chansons les plus accrocheuses du groupe, Judith et 3 Libras, n’ont pas été jouées. En fait, techniquement, 3 Libras a été interprétée, mais dans sa version remixée, rebaptisée 3 Libras (All Main Courses Mix), méconnaissable. Rien à voir avec l’originale, si mélodiquement puissante.

En l’absence de ces deux gros succès, on aurait pu croire que le retour en piste de A Perfect Circle manquerait d’accroche, mais pas vraiment, au final. Le groupe nous a rappelé l’éventail de ses chansons efficaces, que ce soit l’excellente The Package en début de spectacle, ou encore Weak And Powerless, et la très NIN-esque Counting Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums. 

Évidemment, Maynard étant Maynard, il se trouvait sur sa petite plateforme en retrait, dans l’ombre, jouant son sempiternel personnage de gars-qui-veut-préserver-sa-confidentialité.  Même en quatrième rangée, on le voyait au mieux comme ceci :

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Belles lulus, mon Maynard.

La tâche d’offrir une présence de scène de type « frontman » revient donc à Howerdel, qui se débrouille somme toute assez bien. Même chose sur le plan vocal : le talent de Maynard ne fait plus de doute, mais les harmonies de voix avec Billy Howerdel fonctionnent à merveille.

Somme toute, une soirée assez agréable, qui nous rappelle en quoi A Perfect Circle demeure pertinent et puissant, même si leur son demeure un peu daté, ancré dans une époque du rock qui peut paraître déjà un peu dépassée. Mais pour les adeptes, il faisait bon retrouver cette bande et leurs chansons, pour la première fois depuis des lustres au Québec.

 

Grille de chansons

The Package
The Hollow
The Noose
Weak and Powerless
Rose
Imagine (reprise de John Lennon)
By and Down
Thomas
(What’s So Funny ’bout) Peace, Love and Understanding (reprise de Nick Lowe)
Orestes
Vanishing
Magdalena
A Stranger
3 Libras (All Main Courses Mix)
Hourglass
Counting Bodies Like Sheep to the Rhythm of the War Drums
The Doomed
The Outsider
Feathers

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