Chassepareil
Entrevue Publié le

Acadie Rock 2017 | Se vautrer dans la beauté de Chassepareil comme on s’enveloppe d’une couverture chaude par une nuit d’automne

« J’ai écouté l’album de Chassepareil ce matin en me levant et ça m’a fait telllllement de bien! C’est si doux, si beau! Je me suis sentie super relax… », me confie l’attachée de presse du festival Acadie Rock, la main sur le cœur, au lendemain du 15 août, journée de hangover national.

La douceur. L’indéniable beauté. Le sentiment de s’élever. De voler au-dessus des nuages. De plonger dans une mer salée au soleil couchant. L’impression de se faire réchauffer par un feu de foyer par une froide nuit de février. C’est pas mêlant, ça donne le goût de vivre. Et ça insuffle paisiblement le goût d’être à la maison, de se bercer et de fredonner les airs en faisant de la confiture.

Cet album, Les Oiseaux d’hiver, je l’ai écouté en boucle. J’en connais chacune des intonations. Je pleure en écoutant la voix d’ange de P-A. Je frémis lorsque la flûte traversière de Johannie traverse bellement la guitare d’Alexandrine et je retiens mon souffle lorsque les harmonies de la pièce Kyrie résonnent, a cappella.

Chassepareil s’inscrit dans la lignée des mythiques groupes québécois des années 70. C’est d’ailleurs Histoire sans paroles d’Harmonium qui a donné le goût à Johannie d’apprendre la flûte traversière. Et heureusement pour nous, cette influence se fait sentir et donne une couleur éclatante, soyeuse et enivrante aux douces chansons qu’elle compose.

La (particulièrement) jeune formation rappelle un temps où on chantait ensemble autour d’une guitare et d’un feu de camp. Dès la première écoute, on a l’impression de connaitre les chansons, pourtant tout à fait originales, parce qu’elles sont solidement ancrées dans notre patrimoine musical. Les textes de Johannie, naturels et empreints d’une sensibilité à la fois enfantine et mature, nous donnent l’envie de célébrer la joie par la porte de la cuisine.

Sur scène, ils affichent la belle gêne de ceux qui ignorent à quel point ils sont talentueux. Leur spectacle se déploie comme un soleil qui se lève dans une forêt encore humide. Lors d’un concert magique à la Chapelle Saint-Louis l’hiver dernier, ma meilleure amie et moi-même nous tenions la main comme les adolescentes que nous étions jadis, écoutant, fébriles, chaque note, chaque jolie perfection musicale, chaque fine exécution. On se souriait en pleurant, émues par tant de délicatesse, de beauté et d’intelligence.

Mercredi soir au centre culturel Aberdeen, Chassepareil a fait une entrée toute simple, entamant doucement la première pièce de l’album, Petite ourse. Alexandrine affichait un sourire sage et sérieux pendant que Johannie, les yeux fermés, nous hypnotisait à la flûte. La voix pure et sortie du ciel de P-A ensorcelle et captive immédiatement l’auditoire. Les harmonies finissent de m’achever. Et le concert ne fait que commencer.

Après la première ronde d’applaudissements bien sentie, Alexandrine s’exprimait :

Notre histoire avec Moncton a commencé il y quatre ans. On avait décidé que le groupe existait et s’était booké une « tournée » dans le coin. On jouait pour une pointe de pizza. Ou un coke. Une bière si on était chanceux! On a été accueillis à bras ouverts. Quatre ans plus tard, on est très contents d’être ici. Merci d’être venus. On sait que le seize août, c’est difficile. On espère mettre un p’tit baume sur vot’ lendemain!

J’ai rencontré P-A et Alexandrine au café Duo le lendemain de leur spectacle, après une nuit tournoyante où ils été invités chez le programmateur du festival pour goûter son  fricot. Rappelons qu’on est en Acadie et que l’accueil légendaire de ses habitants n’est pas qu’une légende. « Les Acadiens sont accueillants de nature. C’est beau à voir. Ça fait du bien, » disait paisiblement P-A.

« On n’est pu habitués de jouer dans de belles salles avec un public attentif. Le plus souvent, on fait les festivals, les bars, les ruelles même, comme au dernier Festif de Baie-Saint-Paul. En plus qu’hier, le son était réjouissant. J’avais l’impression de chanter dans un pot de miel, » disait Alexandrine, les yeux brillants. Les deux se disaient encore éblouis par la qualité d’écoute de ce tout nouveau public.

Un premier album… enneigé !

L’enregistrement du premier album au printemps dernier fut mémorable pour le jeune groupe. Un 5 mai, en pleine tempête de neige (!!!), à Anse-Saint-Jean, la voiture ne pouvant plus supporter les côtes, ils ont dû se rendre en studio en ski-doo…avec une contrebasse dans les bras, dans le grand vent et la neige. Ainsi, la dernière pièce de l’album qu’ils allaient enregistrer, qui n’avait pas encore de titre, s’est intitulée La tempête des poteaux.

Notre rêve, ça serait de lancer notre prochain album dans une chapelle, avec un ensemble à cordes.

On dit oui  je le veux en leur souhaitant de prolifiques et étincelantes années de musique à venir. Le baume est tendre à souhait et on en redemande.

La formation est en tournée un peu partout en Gaspésie et au Nouveau-Brunswick en août.

Chassepareil était composé d’Alexandrine Rodrigue, de Johannie Tremblay, de Pierre-Antoine Tanguay, de Pascal Gagnon-Gilbert le 16 août au Centre culturel Aberdeen à Moncton. David Marchand fait également partie de la formation, mais était absent mercredi soir.

* Photo en entête par Max-Antoine Guérin.

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