Agnes Obel
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Agnes Obel – Citizen of Glass (****) | Pousser sa curiosité toujours plus loin

Agnes Obel - Citizen of Glass Agnes Obel Citizen of Glass

Pour son troisième album, la danoise Agnes Obel a décidé d’ajouter de nouvelles couleurs à sa palette musicale : un synthétiseur des années 1920, mais également des voix électroniques. The Citizen Glass est un album concept, un projet né d’un drame familial mais également de l’ambition d’une musicienne qui ne craint pas de repousser ses limites.

Le décès de son père fut le point de départ, mais c’est suite à la lecture d’un article dans le magazine Der Spiegel, à propos de « l’humain ou du citoyen de verre », qu’Obel a trouvé l’inspiration pour son troisième album.

Si ses deux premiers disques étaient plus intimistes, portés davantage sur la voix et le piano de la chanteuse, on y décelait tout de même déjà la fibre exploratrice de la musicienne, avec leurs différentes sonorités (sa relation avec les instruments à corde ainsi que sa façon de multiplier sa propre voix). Citizen of Glass pousse l’expérimentation encore plus loin.

Il y a davantage de percussions (c’est la première chose que l’on entend sur la première pièce, Stretch Your Eyes). Les instruments à cordes se font plus mystérieux, voire menaçants.

Sur Familiar, elle fait appel à un instrument des années 1920, le trautonium, un genre de synthétiseur qui, selon la chanteuse en entrevue avec le Guardian, « est immense et peut électrocuter les gens. » Sur cette chanson, elle dédouble sa voix, la faisant sonner comme celle d’un homme par le biais de logiciels, créant ainsi un intéressant duo avec elle-même qui peut bluffer l’auditeur à la première écoute.

L’idée du « citoyen de verre » demeure présente d’une chanson à l’autre. Les sonorités qui rappellent le verre sont omniprésentes. La chanson titre et son délicat piano, la section au milieu de la pièce instrumentale Red Virgin Soil (où le martèlement des instruments rappelle des coups donnés sur du verre), etc.

Le thème du verre se retrouve aussi, bien sûr, dans les textes. Notamment sur Trojan Horses, où Obel traite de sa propre transparence, de ses « os faits de verre », de son impossibilité de se cacher. La pièce, qui débute sur un air de piano digne d’un thème de film d’horreur à la John Carpenter ou Mike Oldfield, se poursuit dans un mélange intéressant de percussions, de cordes et de voix éthérées.

Le deuil de son père est également traité, en particulier sur It’s Happening Again, où le piano domine et se fait réconfortant, et la voix remplie d’émotions de la chanteuse raconte comment, selon elle, le passé et les souvenirs ne s’éteignent jamais.

Agnes Obel réalise ses propres albums, elle écrit tout son matériel, elle ne s’impose aucune limite. Sa musique est libre, vivante. Citizen of Glass est l’album qui représente le mieux cela. Ses explorations d’une chanson à l’autre donnent un tout cohérent, émotionnellement chargé et musicalement puissant.

Qui sait où la curiosité d’Agnes Obel la mènera dans le futur ? Pour le moment, elle développe un langage musical qui lui est propre et qui font d’elle une artiste totalement originale.

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