Antioche
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Antioche de Sarah Berthiaume à Fred-Barry | La même révolte 2500 ans plus tard

« Antioche n’est pas une relecture d’Antigone : c’est une pièce avec trois femmes assoiffées de sens qui se révoltent contre l’ordre établi. C’est une ode aux filles en crisse et à l’utopie », nous prévient l’auteure Sarah Berthiaume qui voue depuis toujours un culte au personnage d’Antigone de Sophocle. « Elle m’inspire et me terrifie à la fois. »

La production du Théâtre Bluff, présentée à la Salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier où la compagnie est en résidence, a tout pour plaire à un jeune public qui, inévitablement, se bute au sens de la vie et à la notion de bonheur. La langue est crue et punchée, le jeu éclaté, et la facture terriblement moderne. « Plus le mensonge est grand, plus il y a de gens pour le croire », pourra-t-on entendre.

Emblématique plutôt que souffrant d’obsolescence, le personnage d’Antigone à 16 ans continue d’influencer la dramaturgie contemporaine, tellement est fort son pouvoir évocateur d’une jeunesse en révolte devant un monde à changer, peu importe les siècles traversés depuis ses origines.

Crédit photos: Marie-Andrée Lemire

Crédit photos: Marie-Andrée Lemire

Initialement, Antigone sera emmurée vivante pour avoir défié l’autorité de son oncle Créon qui avait interdit toute forme de sépulture pour Polynice, le frère d’Antigone, parce que la conduite libertaire de celui-ci venait contrecarrer le régime de Créon établi par la force et la peur.

Sarah Berthiaume et le metteur en scène Martin Faucher l’ont bien compris en jouant avec les époques et les caractères. Ici, ce sont trois femmes que l’on verra s’affirmer à tout venant : Jade, accro à l’Internet et aux textos, Inès, sa mère plutôt fantômatique, et Antigone, la jeune héroïne en colère qui voudrait que soit jouée à son école secondaire la pièce de Sophocle écrite il y a 2 500 ans, mais à laquelle l’écrivain français Jean Anouilh est venu ajouter un nouvel éclairage en 1944.

Portant une tunique blanche, mais délestée des cothurnes des grandes tragédies antiques, la comédienne Sarah Laurendeau passe d’un registre à l’autre sans que jamais l’on ne décroche. Elle dégage sur cette petite scène un charisme qui emporte tout. La remarque ne s’applique pas aussi bien chez les deux autres comédiennes, Sharon Ibgui et Mounia Zahzam, d’où parfois un manque de cohésion dans le ressort dramatique de la pièce, mais pas de manière irrécupérable.

Sarah Berthiaume, qui est d’abord une comédienne formée à Lionel-Groulx, est l’auteure de Yukonstyle, la pièce qui l’a fait connaître en 2013 dans la mise en scène du même Martin Faucher, révélant alors Sophie Desmarais comme une actrice prometteuse, ce qui ne s’est jamais démenti.

Yukonstyle, avec ses quatre solitudes perdues dans le Grand Nord canadien à la recherche d’or, introuvable, a ensuite été reprise avec succès dans plusieurs pays d’Europe, et même, chose rare, en traduction au prestigieux Canadian Stage de Toronto.

Antioche, du nom de la ville turque d’où partait la route de la soie, est une pièce dense et complexe qui a emballé le public de la première. Une supplémentaire est même déjà annoncée pour le 21 novembre. Et le texte de Sarah Berthiaume, qui vient d’être publié aux Éditions de Ta Mère, sera par ailleurs créé en France au Festival Ado à Vire en mai 2018.

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