Danse-Cité
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Aqua Khoria à la SAT | Immersion réussie

Première d’Aqua Khoria hier soir à la Société des Arts Technologiques (SAT), la deuxième création de la 35ème saison de Danse-Cité, co-présenté avec Tangente. Cette année, le mandat du directeur, monsieur Daniel Soulières, est de présenter des œuvres qui seraient à la fois une synthèse des saisons précédentes, mais aussi qui iraient au-delà. Et l’on peut dire que c’est un pari réussi.

Après La Loba d’Aurélie Pédron donnée dans l’ancien Institut des Sourdes-muettes des Sœurs de la Providence, c’est au tour de Peter Trosztmer et Zack Settel de nous emmener dans leur univers unique et personnel cette fois-ci à la Satosphère.

Aqua Khoria, c’est une expérience unique où le spectateur est immergé dans un monde créé spécialement pour cette œuvre. Placé tout autour d’une piscine, il participe à l’expérience immersive de la création, se laissant guider par Peter Trosztmer qui « dirige » la pièce, en quelque sorte.

Les mouvements du danseur sont captés en temps réel à l’aide d’une caméra Kinect de Microsoft et influent sur les images retransmises dans le dôme. Ce processus de création est encore inédit : le spectateur est invité à prendre part à un jeu vidéo en direct, mais c’est le chorégraphe qui en est le maître du jeu. C’est ce dernier qui crée en temps réel l’aventure et l’histoire, et qui décide ainsi des images qui vont apparaître. Ainsi, le spectateur se laisse guider à travers une pièce qui sera différente à chaque représentation.

Créer le spontané

La création d’un tel processus a demandé beaucoup d’imagination et de réflexion avant même de commencer le travail sur le terrain : ça fait environ deux ans que le projet est en gestation. Pour commencer, les deux artistes ont étudié les mouvements reconnus par la Kinect (ils sont au nombre de trois : mouvement de l’avion, mouvement vertical et mouvement de boussole, les trois à différentes hauteurs) autour desquels ils ont établi un code spécifique afin de les associer à différents sons ou images. Le chorégraphe a ainsi pu élaborer son propre langage qu’il a répété de son côté avant d’entreprendre une connexion avec les images retransmises. Zack Settel quant à lui s’occupe de notre immersion sonore qui est très loin d’une simple bande enregistrée. En effet, si les sons sont déjà enregistrés, c’est encore une fois le danseur qui, par son choix de mouvements, va influencer la création sonore, différente à chaque représentation elle aussi.

Par la suite, il a fallu décidé du design et c’est ainsi que les images retransmises dans le dôme ont été spécialement réalisées pour Aqua Khoria par plusieurs graphistes. Même si les dessins ne sont pas toujours parfaits, mais ce n’est pas là l’essentiel. L’équipe de graphisme a dû jongler avec des dessins créés d’abord en 2D pour ensuite les adapter sur la forme du dôme. Ce n’était pas toujours facile puisque l’accès à la salle ne pouvait pas se faire en tout temps. Technologiquement cependant, l’ensemble de la création reste une première et une prouesse.

Peter Trosztmer est un danseur extraordinaire, collaborateur des plus grands dans le milieu, à la fois souple et puissant. Il fait partie de ces danseurs qui arrivent à transmettre beaucoup d’émotions grâce à leur corps. À travers les différents tableaux qu’il nous propose, il nous emmène dans une triple exploration : celle du corps et du mouvement, celle des sons et celle des images. Avec cette création, il nous transporte dans un univers poétique inscrit à l’intérieur d’une réalité augmentée. C’est un véritable voyage auquel le spectateur est invité à participer dans une grande intimité.

Aqua Khoria se donne jusqu’au 21 octobre sous le dôme de la Satosphère, et on vous suggère très fortement d’y aller.

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