Arkona
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Arkona (avec Sicosis, Mindmaze, Sirenia) à l’Astral | Élégant dépaysement

Mardi soir à l’Astral, quatre groupes de style distincts – Sicosis, Mindmaze, Sirenia et Arkona – ont créé un dépaysement élégant devant un public très participatif. Le dénominateur commun de trois groupes sur quatre : avoir une femme comme chanteuse.

Sicosis : Cliché mais efficace

Sicosis est un groupe de metal mélodique de Las Vegas, qui mélange le progressif, le power et le trash metal. Ils ont sorti un EP en 2012, Revelations End, et leur album Requiem of the world est à venir bientôt.

On comprend plus ou moins en quoi consiste l’introduction, où il y a une narration enregistrée. Sicosis doit composer avec un espace restreint, deux batteries étant installées une en avant de l’autre, ainsi que tout l’équipement du groupe suivant. Mais ils font un excellent usage de leur espace, bougeant énergiquement. Une mention pour les costumes, tout de même simples : vêtement noirs qui se complètent bien ensemble. Toutefois, les rubans attachés au bras du chanteur semblent être nuisibles à son jeu de guitare.

Le chanteur possède une bonne voix power metal, et est efficace à coordoner la guitare en même temps. Toutefois, finir un solo à genoux, ça peut devenir cliché… Il encourage d’ailleurs le public à chanter des paroles, mais elle sont trop longues à se remémorer, alors le public décroche. Toutefois, ce dernier reste réceptif : il lève les bras et tape des mains lorsque commandé. Le bassiste, colosse roux couvert de chaînes et de tatouages, fait des passes qui enjolivent les mélodies. Son growl assez profond et son clean sont impeccables. À noter que la batterie ne sonne pas très bien durant les deux premiers groupes…

Les chansons alternent des bouts un peu clichés de power metal avec du death mélodique. Les guitares font des duels, dans lesquels il semble il y avoir beaucoup de notes pour le peu d’émotions exprimées. Le guitariste démontre une bonne maîtrise technique de son instrument, faisant du tapping et du sweep picking.

Bref, Sicosis, un groupe plein de potentiel qui doit se détacher des clichés.

Mindmaze : Retour aux sources

Au tour de Mindmaze. Originaires de Pennsylvanie, ils ont lancé trois albums et un EP. Ils font dans le power metal progressif. On peut y voir aussi des influences de rock plus traditionnel des années 80, à la Iron Maiden ou Black Sabbath.

La chanteuse est plutôt pop «bonbon», mais elle a une excellente maîtrise de sa voix. Tout sourire, elle fait valser son imposante crinière rousse frisée. Elle est au seuil d’être trop bavarde, mais le public ne lui en tient pas rigueur. La guitare devient étonnamment lourde pour ce style à certains passages, mais on aurait souhaité davantage de riffs poignants. Lors des solos, on aimerait avoir plus de clavier, car de nombreuses mesures passent avant qu’il n’intervienne. C’est un peu vide, parce que la basse n’est pas trop élaborée.

Ce pattern prévisible revient dans presque toutes les chansons… Mais quand la paire guitare-clavier est ensemble, on a droit à des passages impressionnants, rapides et techniques, à la Rhapsody of Fire. Le batteur (sosie de Nikki Sixx) encourage la foule à participer, poings dans les airs, et les têtes commencent à se faire aller, au sein du public hétéroclite.

Mindmaze, un retour aux sources, pour les amateurs confirmés…

Sirenia : Épopée douce-amère

Sirenia, groupe de metal symphonique formé en 2001, a sorti 8 albums et 1 EP. Au son de l’introduction Seti de l’album The seventh life path, et dans un éclairage plus élaboré, les norvégiens entrent sur scène, un par un. On est toutefois surpris de l’absence d’un bassiste, qui est remplacé par une basse enregistrée! Le clavier et les orchestrations sont aussi séquencés. La scène semble donc un peu dénudée.

La voix d’Emmanuelle Zoldan est perçante comme un cristal acéré ; elle est une fine lame chirurgicale qui découpe les cœurs et les notes. Sa voix devient un peu plus «commerciale», pop, dans certaines chansons. Elle a une bonne présence de scène, ondulant gracieusement des hanches sur des passages lourds. Mais elle reste une sirène un peu passive… On aurait apprécié qu’elle devienne le réel maître d’équipage : elle ne s’adresse au public que deux fois, même si elle parle en français.

Les deux guitares se fondent bien ensemble, possédant un son spéficiquement européen. Le guitariste Morten Veland (fondateur du groupe) fait aussi des bons growls. C’est d’ailleurs lui qui crée presque toute l’interaction avec le public, disant le nom de la prochaine chanson.

Plusieurs morceaux font beaucoup penser à du Nightwish, tandis que d’autres vont vers des influences un peu plus death metal, telle l’excellente pièce Meridian. On navigue sur des eaux troubles, mélancoliques, mais jamais trop dégoulinantes. Certains passages sont veloutés, soyeux, avant que notre navire s’écrase contre le récif de cette épopée quasi-médiévale. On peut presque sentir la brume de l’eau salée sur nos lèvres…

Somme toute, un spectacle un peu trop enregistré d’avance, mais vraiment enlevant!

Arkona – Écorchement festif

Originaire de Moscou (Russie), Arkona est un groupe de pagan/folk metal. Prolifiques, ils ont lancé huit albums studio, trois albums live, un EP, un démo et une compilation… le tout en 15 ans.

Un trash éclate dès la première pièce, au son de passages carrément méchants et crasseux. D’autres sont mélodiques, légers, festifs. Les fans trinquent, et le parterre prend des allures de set carrés, où le défoulement côtoie l’allégresse!

Arkona présente beaucoup de parties rapides où les blast beats sont à l’honneur. Quelques petits solos de guitare se fraient un chemin ici et là, rapellant étonnament du vieux AFI à certains endroits. La majorité du temps, la guitare est en symbiose avec le clavier. La basse est trop discrète, mais elle appuie bien le tout. Un membre d’Arkona est multi-instrumentiste : il utilise une flûte ou une cornemuse, rajoutant des mélodies élaborées. Il fait même du headbang avec ses instruments peu communs! L’accordéon et le piano sont toutefois séquencés…

Les conquérants, parés pour une bataille héroïque, créent un piège avec leurs cheveux qui virevoltent, pour attraper leur ennemis. La chanteuse possède un clean varié, allant presque toucher au yodel (tyrolienne), et son growl est extrêmement bien dompté. Aux commandes d’une armée de barbares, elle lance des cris de guerre russes qui semblent étrangement familiers.

Comparable à Shagrath de Dimmu Borgir dans sa façon de bouger, elle étrangle son pied de micro et le fait tournoyer, telle une hache affûtée. Vêtue de tons de terre, aux antipodes des stéréotypes de femmes-poupées de porcelaine à corsets, elle revendique une authenticité primordiale dans la scène metal. Maria Arkhipova étend ses bras en croix, et, à cause des franges pendant de sa tunique, on aurait pu la comparer à un ange, mais elle est plûtot comme un épouvantail qui repousse le mal. Elle chasse d’invisibles corbeaux, prise de spasmes violents.

De par ses mains ouvertes, elle ouvre un placard oublié en nous, et nettoye les vieilles toiles d’araignées qui encombrent notre esprit. Personnage presque sans genre, et dont l’âge est indéfinissable, cette combattante nous incite à découvrir notre propre voie. Elle retourne parfois son micro vers le public, et ce dernier crie sa rage sans aucune hésitation, levant le poing dans les airs.

Arkona… Effaroucheurs de la souffrance, effrayeurs d’esprits malsains! L’humanité a besoin de vous!

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