Bardspec
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Bardspec & Softcoresoft aux Katacombes | L’unique inspiré

Comme à son habitude, le professeur au département d’éducation et directeur de programme à l’Université Concordia, Vivek Venkatesh, sous l’association Grimposium, s’est adonné à l’organisation d’un atelier de discussion, axé sur l’analyse du métal. S’ensuivait une séance musicale de Softcoresoft et de Bardspec, projet formé par Ivar Bjørnson, maître guitariste du groupe de black/viking métal progressif, Enslaved. Intimement rassemblés dans la salle des Katacombes, les quelques trentaine de curieux encercle la scène, discutant calmement sous l’éclairage tamisé, un verre à la main…


Avec applaudissement chaleureux, sous un filet de lumière rouge, la jeune Montréalaise Softcoresoft se présente sur scène. Calmement, une musique d’ambiance prend place. À mi-chemin entre le stimulant et le répétitif, une aura sombre, dramatique se développe.

Comme obnubilés par le mélange de son peu d’instinct les uns des autres, perdu sous une pluie d’expérimentations abstraites, les spectateurs observent, surpris. Il s’agit là d’une intéressante forme d’expression, d’un ambitieux mélange de styles. Alors qu’une tendance Drone domine dans sa vibrance lourde, systématiquement sur le même ton, une importante touche Techno se forme selon les sons électroniques, irréels, et la basse profonde et hypnotisante rappel l’Acid House.

La jeune femme vacille sur scène, les yeux rivés sur sa console, elle dégage une présence moindre, alors qu’elle offre un spectacle peu mouvementé, auquel peu de spectateurs prêtent attention. Elle quitte la scène humblement, parmi la noirceur, afin de laisser place à une nouvelle forme d’expérimentation, Bardspec, ici ce soir dans le but de partager à la scène locale son univers légèrement névrosé…

Bjørnson

Sans charisme, sans artifice, Bjørnson et son invité spécial, Steve Austin du groupe américain Today Is The Day, grimpent sur scène, jouent de leurs guitares, ajustent leurs consoles. Les minutes passent, l’auditoire se promène de la terrasse au parterre, tous attendent…

Et puis bruits de vent, distorsion, réverbération : les idées entourant l’univers de Bardspec prennent lentement forme. Un sombre écho se distingue dans la noirceur et la brume orangée, une aura mystique se dessine peu à peu, alors que tous paraissent intrigués. Les émotions sont progressives, tandis que les musiciens dressent d’abord l’atmosphère de fond; une répétition hypnotisante, en rythme, qui se fond dans un mélange de sons flous.

Instantanément, l’auditoire en déduit qu’il s’agit d’un projet expérimental inhabituel, cherchant à réinventer la musique sous une signature moderne, de part le jeu de son et les technologies usées. En effet, centré au dessus de la scène, se trouve un écran où différents symboles défilent, sortis tout droit de l’imaginaire, alors que les vibrations dans la salle sont constantes, agrémentées d’effets sonores diversifiés, indéfinies; des cris stridents, filtrés sous différents effets.

C’est le genre d’œuvre plutôt continu, assez monotone en soit, créée dans le but de se laisser vaciller, les yeux fermés, envoûté par l’énergie qu’elle dégage. Une musique libre, sans véritable frontières, emplis d’expression, en restant pourtant parmi les mêmes idées, les mêmes tonalités et résonances, tout en laissant place à l’interprétation. C’est de l’art coloré, sans message ou concept fixe, permettant ainsi aux spectateurs de s’imaginer toutes émotions, toutes pensées possible.

Si les pièces se distinguent de par le rythme ou les émotions émissent par les guitares, le son général, lui, ne varie jamais. La signature de Bardspec est extrêmement précise: l’on explore différents états, en respectant les principes primaires du psychédélisme, c’est-à-dire l’écho, l’écorché, l’abstrait…

Nous voilà confrontés à l’univers « trippy », non pas comme l’entend le sens premier du terme, soit « coloré », mais en son sens éclaté, simplement irréel et incomparable. Sans aucun doute, Bjørnson cherche ici à accumuler toute l’intensité possible, sans jamais réellement permettre d’explosion, sans jamais offrir la conclusion réelle. De ce fait, le public s’épuise sous l’emprise des multiples crescendo, toujours tenus en haleine, alors qu’ils attendent sans relâche une éruption.

L’on peut passer d’une pièce plutôt émotive, forgée par la basse enveloppante et constante, le rythme qui nous maintient, les pleures des guitares, scellée d’une touche expérimentale et lumineuse, pour ensuite succomber à une œuvre plus froide, comme une étude des sons et des différentes réactions qu’ils engendrent dans le cerveau, une fois mélangés et bien évidemment nuancés par le volume ou le degré d’intensité. Souvent, une touche d’angoisse vient percer l’ambiance monotone, répétitive : une pointe d’inconnu renverse la tendance, vers un univers encore plus intriguant, saisissant, inquiétant… Et les images continuelles de feu, de galaxies obscures et de ces symboles captivant, nous laisse parfois entendre un désastre imminent, sournois, une menace à craindre…

Au final, le concert représente une expérience complète; comme une grande pièce qui évolue sans cesse. Il en devient dur d’en retenir un moment particulièrement fort, alors qu’il s’agit d’un grand essai, spirituel, transcendantale, un univers parallèle: l’éveil absolue du subconscient. Sur scène, les hommes bougent peu, ils préfèrent laisser la musique parler d’elle même. Et il en nécessite donc une grande ouverture d’esprit, une curiosité et un intérêt particulier face à l’expérimentation et au progressisme. C’est l’abstrait, le libre, l’inspiration pure.

 

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