Eva Kolarova
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Blue Dependance à la Place des Arts | Eva Kolarova et la dépendance sous toutes ses formes

La chorégraphe et danseuse Eva Kolarova présentait son nouveau spectacle Blue Dependance à la Cinquième Salle de la Place des Arts lors de deux soirées cette semaine. Pour cette création, la jeune femme aux multiples influences s’attaque à la question de la dépendance et traverse les diverses étapes d’une descente aux enfers inéluctable.

Blue Dependance choisit un sujet délicat, celui de la dépendance, quelle qu’elle soit mais qui reste l’un des problèmes majeurs de notre société actuelle. La danse suit la lente disparition de l’héroïne, Iris (interprétée par Eva Kolarova), une jeune femme torturée et instable qui confie ses doutes et ses angoisses à son journal intime. Le premier tableau montre ainsi une danse insouciante et ludique qui correspond avec le premier état d’esprit d’Iris, heureuse et comblée et qui partage des moments de complicité avec son compagnon, Patrick (François Richard).

Mais bientôt, celui-ci trouve le journal intime de la jeune femme et découvre, terrifié, la situation. C’est alors que la dépendance entre en scène, personnifiée et interprétée par la merveilleuse Sara Harton qui apparaît angoissante dès les premières secondes de sa prestation. Petit à petit, la dépendance prend possession de l’esprit d’Iris, la manipule et après quelques moments de lutte, finit par la posséder totalement, l’emportant vers une fin tragique à laquelle Patrick assiste, impuissant et sans solution.

eva-blue-dependance-posterLes différentes phases de cette désintégration, sont ponctuées par des vidéos dans un style documentaire/vintage accompagnées de textes poétiques en anglais et français. La superposition des images et des mots est probablement l’un des points forts du spectacle, qui s’engouffre parfois dans des longueurs superflues. La dépendance est magnifiquement incarnée mais ses apparitions se ressemblent beaucoup et peuvent peut-être lasser le spectateur. La musique s’accorde particulièrement bien avec le sujet, de même que la chorégraphie qui est en constante évolution. Les deux progressent avec l’histoire et finissent par avoir des accents oppressants. La chorégraphie s’adapte bien à l’abandon d’Iris mais nous aurions pu souhaiter qu’elle exploite de manière plus poussée le sujet traité et qu’elle sorte un peu de son penchant traditionnel.

En effet, la gestuelle en elle-même n’a rien de révolutionnaire : elle est de base classique/contemporaine, souvent dansée de concert ou en miroir. Les mains et bras ont une place très importante et c’est souvent par eux que passent les émotions et que les communications se font. La folie et le désespoir prend donc peu à peu possession de tous les personnages jusqu’à ce que la mort arrive, personnifiée et portée par José Flores, qui n’est pas sans rappeler quelques traits de Méphistophélès. Les interprêtes sont tous de très beaux danseurs avec de fortes personnalités et  entretiennent une complicité qui rend encore plus authentique cette création. Les rôles sont interprétés d’une façon extrêmement convaincante, avec pudeur et précision. La technique des danseurs est impeccable : on sent qu’ils ont déjà plusieurs années de pratique dans de grandes compagnies.

Blue Dependance est une jolie réussite et permet à la chorégraphe Eva Kolarova d’asseoir un peu plus son style dans le milieu montréalais de la danse. L’artiste est à surveiller de très près.

 

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