The War On Drugs
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Bluesfest d’Ottawa 2018 – Jour 2 | The War On Drugs et Brockhampton secouent les puces

Après avoir volontairement skipper la soirée d’ouverture (avec Bryan Adams comme tête d’affiche), notre aventure 2018 au RBC Royal Bank Bluesfest débutait pour de vrai vendredi soir, avec un doublé de qualité : l’excellent formation américaine The War On Drugs, et le « meilleur boys band depuis One Direction », le groupe rap Brockhampton.


À notre arrivée sur les Plaines LeBreton, juste à côté du Musée de la Guerre, un air familier nous accueillait… Mais quelle est cette vieille chanson, qu’on fredonne instantanément sans s’en rendre compte?

Mais c’est… MMMBop! Doux jésus, les p’tits frères Hanson sont sur scène, et bon sens ce qu’il ont grandi!

Ça c’était avant :

Et ça c’est maintenant :

Très dynamique et comique tout ça, et on est bien content d’apprendre que le groupe existe encore. Maintenant passons aux choses sérieuses.

Parlons d’abord du festival en soi. Pour ceux et celles qui ne sont toujours pas au courant, le Bluesfest n’est pas vraiment un festival de blues, mais contient néanmoins une programmation partiellement blues. En gros, c’est comme un cousin ottavien du Festival d’été de Québec. Les deux événements se partagent d’ailleurs quelques têtes d’affiche, comme Foo Fighters, Beck, Dave Matthews Band… Sauf que le FEQ va donner carte blanche à Patrice Michaud, et le Bluesfest va donner un spot à un artiste country américain complètement méconnu du public québécois mais extrêmement populaire dans le Rest of Canada.

Par le passé, un détail a semblé agacer le public du Bluesfest d’Ottawa : comment gère-t-on les gens qui se pointent à l’événement avec des chaises pliantes? Les adeptes se plaignent d’être cachés par les gens debout, qui eux se plaignent d’avoir des chaises dans les jambes.

Solution pour cette année : on a aménagé une section au-devant de laquelle il est interdit d’installer sa chaise.

Ça donne lieu à des « enclos » de festivaliers au repos, et tout le monde est content. Y compris ceux et celles qui, au fond, préféreraient carrément regarder le show à la maison s’il passait à la télé.

Sinon, l’une des différences majeures avec le Festival d’été de Québec, c’est la quasi-absence du fait français. Attention : le Bluesfest d’Ottawa fait tout de même un effort louable pour intégrer la scène locale ottavienne et même outaouaise à sa programmation. Mais presque uniquement du côté anglophone. D’ailleurs, la faiblesse du français se manifeste sous diverses formes sur le site…

 

Pour le reste, le Bluesfest d’Ottawa est un événement majeur avec une programmation solide qui satisfait ses festivaliers. On constate toutefois cette année que l’une des deux scènes principales est absente. En fait, il y a une scène de moins qu’à l’habitude, ce qui coupe un peu la continuité de la programmation. Il a fallu, par exemple, attendre 30 minutes après Hanson pour voir The War On Drugs, plutôt que de se retourner de bord pour voir l’autre spectacle débuter immédiatement sur la scène voisine.

The War On Drugs

Qu’à cela ne tienne, l’attente d’une demi-heure aura valu le coup. Parce que The War On Drugs, au moment où le soleil s’abaisse sur une journée enfin estivale (et non caniculaire), c’est carrément magique!

D’autant plus que le leader et chanteur Adam Granduciel paraît être en bien bonne forme ces temps-ci.

Souriant, presque jasant, il semble apprécier le bon temps que lui offre la vie. Avec sa bande, ils ont interprété plusieurs titres des deux derniers albums, qui finissent presque tous par des jams à fleur de peau. Magnifiques furent An Ocean in Between the Waves, Burning, Knocked Down, Red Eyes et Lost in the Dream. Du rock rêveur des grandes occasions.

D’ailleurs, les gens de Montréal ont avantage à se pointer au Quartier des Spectacles ce soir, parce qu’avec The War On Drugs en spectacle de clôture gratuit sur la Place des Festivals à ce moment-ci de leur carrière, ça donnera assurément lieu à un moment de grande émotion.

 

Brockhampton

Pendant que les baby-boomers prenaient place devant la scène principale pour un spectacle de Jethro Tull, la jeunesse elle s’agglutinait devant la scène Black Sheep, de l’autre côté du musée pour l’arrivée très attendue de Brockhampton.

Le collectif rap a eu à jongler avec une patate chaude ce printemps, lorsque leur collègue Ameer Vann s’est vu accusé d’inconduite sexuelle. Le groupe a largué ledit collègue, et quelques annulations de spectacle ont eu lieu, ce qui laissait craindre que leur présence au Bluesfest d’Ottawa (et à Osheaga dans quelques semaines) seraient compromise.

Mais pas du tout. Au contraire. L’absence de Vann ne se fait pas sentir, les six autres membres prenant aisément le relais.

Et ça levait sur un moyen temps, à grands coups de ZIPPER, GUMMY, QUEER, GOLD et SWEET, avec des tendres moments de « singalong », et des intenses walls of death. Ça se rentrait dedans à qui mieux mieux. Brockhampton a la cote, et sait comment mettre le feu aux poudres.

À la toute fin, petit cadeau pour « CANADA » — les gars semblaient savoir dans quel pays ils étaient, mais pas vraiment quelle ville! — sous la forme d’une toute nouvelle chanson intitulée 1999 Wildfire, que le groupe a rendu disponible sur les plateformes de streaming quelques heures après le spectacle.

Pas de doute, Brockhampton a survécu à la tempête médiatique à la suite des accusations envers Ameer Vann, en gérant la situation de la seule bonne façon. Maintenant, tout le reste leur appartient, y compris un succès qui ne s’essoufflera pas de sitôt.

Brockhampton sera à Osheaga le dimanche 5 août. Ne manquez pas ça.

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