Backstreet Boys
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Bluesfest d’Ottawa 2019 | Backstreet Boys : Explique-moi, Marie-Pierre

C’était un dur coup pour notre amitié. Lorsque mes boss du quotidien Le Droit m’avaient envoyé couvrir le show des Backstreet Boys, il y a 11 ans, je n’avais d’autre choix que de rapporter mon point de vue un peu dur au sujet du boys band que je jugeais/souhaitais dépassé. « Une flamme difficile à raviver », écrivais-je alors dans le quotidien d’Ottawa, prédisant la mort imminente des BSB (Je n’ai jamais été un très bon devin). Marie-Pierre ne l’avait pas trouvé drôle.

« Des stepettes ridicules, Marc? Vraiment?! »

Marie-Pierre est une fan finie des BSB depuis les années 1990. Le moindre mot de travers contre l’intouchable quintette piquait ses fans à vif, je m’en doutais bien. Je l’ai un peu cherché.

Onze ans plus tard, notre amitié a survécu à cet incident diplomatique. Et j’avais un peu l’impression de lui en devoir une. Ou du moins, de lui devoir d’essayer de comprendre un peu plus pourquoi, comment, et tout ça. Je suis rendu là dans ma vie.

L’eau a coulé sous les ponts depuis ce soir fatidique, il y a presque 25 ans, où We’ve Got It Going On avait battu Bullet With Butterfly Wings des Smashing Pumpkins au Combat des Clips, premier vrai red flag du raz-de-marée qui allait déferler sur le merveilleux monde de la musique. L’increvable pop bonbon remontait à la surface, signifiant la fin de l’ère grunge/rock-alternatif qui avait transformé (pour le mieux) la radio commerciale, les chaînes télé de vidéoclips, et toute l’industrie du disque. Les filles au secondaire troquaient massivement leurs t-shirts noirs et jaunes de Nirvana pour arborer fièrement la face des 5 douchebags d’un groupe artificiel monté sur mesure à des fins commerciales. Aussi bien dire L’APOCALYPSE!

La guerre est perdue depuis longtemps, aussi bien tenter de comprendre pourquoi. Ça c’est si on peut voir quoi que ce soit entre les téléphones brandis bien haut.

« Tu vas me juger tout le long… »

Bien non.

Mais explique-moi un peu ce qui cause tout ça, ce qui engendre tout cet émoi.

« Il y a des choses qui ne s’expliquent pas. C’est juste viscéral. »

Ok, alors allons vivre ensemble « viscéralement » ce concert extérieur de clôture du Bluesfest d’Ottawa, en ce dimanche soir (de pleine lune, pour ce que ça vaut) où les Plaines Lebreton sont plus bondées que jamais. Elle avec son gaminet vintage de la tournée de 1998, acheté à son premier show des Backstreet Boys à vie à Toronto, et moi avec mes bouchons pour les oreilles. Ce qui a bien fait rire les autres amies avec qui on se trouvait. J’avais beau leur dire qu’il faut protéger son ouïe lorsqu’on travaille dans le milieu du spectacle et que j’en portais à presque tous les concerts auxquels j’assiste, elles ont quand même interprété ça comme une tentative de mieux tolérer les cris des fans.

C’est vrai qu’on s’attend à un concert de cris stridents quand on va voir les BSB. Mais visiblement, une femme nostalgique de 35 ans, ça crie moins fort qu’une ado de 15 ans dont la chambre est tapissée de posters de Nick Carter.

Il n’empêche qu’on a probablement battu un record de bruit pour une foule d’Ottawa, dépassant par moments la barre des 110dB. C’était lors de la présentation des 5 gars. Les cris de la foule déterminent la popularité d’un Backstreet Boy, m’explique-t-on. AJ récolte 110dB.  C’est le préféré de Marie-Pierre aussi. (Et c’est très franchement le meilleur chanteur des cinq.)

Y’a rien là, apparemment. « À mon premier show en 1998, j’avais apporté une enregistreuse à cassettes pour capter des moments du concert. Je le réécoute parfois et ça me fait rire : on n’entend absolument rien des chansons, juste les cris hystériques de la foule! »

Preuve à l’appui :

 

Tout au long du spectacle, je pose des questions. « C’est quoi cette chanson? » Un nouveau single du plus récent album DNA. Les fans trippent visiblement moins. Mais au moins, les nouvelles chansons, ils ne les font pas au complet, juste à moitié.

Les hits, par contre, sèment la folie. On les reconnaît tous, dès les premières notes. Pas besoin de poser des questions : Quit Playing Games (With My Heart), Show Me the Meaning of Being Lonely, Get Down (You’re the One for Me), Everybody (Backstreet’s Back), I Want It That Way, on connaît tous ça.

Les gars jouent sur des trames musicales pré-enregistrées. Pas un instrument de musique à la vue. Ce qui donne envie à l’ado aux cheveux longs en moi de crier au meurtre. Mais au fond, c’est aussi bien comme ça. C’est assumé : les Backstreet Boys sont un boys band mature, cinq gars hommes qui chantent bien (surtout a capella) et se déhanchent comme des danseurs nus (mais ici habillés) expérimentés, avec un sens évident de l’autodérision. C’est ça qui est ça.

Les projections sont souvent assez drôles. Pour la coquine New Love, on nous fait jouer en arrière-plan un genre de vidéoclip avec une fille sexy en bas de nylon. « C’est Kim Gingras, la nouvelle blonde de Fred St-Gelais », m’apprend-t-on. Eh bin.

Fait cocasse pour les amateurs de sports : lorsque vient le temps du rappel, les cinq flagorneurs portent chacun un chandail de l’équipe sportive locale, un classique. Sauf qu’en quelques secondes, on constate qu’il s’agit de jerseys… des Redblacks d’Ottawa!  Pauvres Sénateurs. C’est comme si les Alouettes supplantaient les Canadiens pour se faire aimer d’une foule montréalaise…

 

« Ok mais c’était comment le show? »

Ça ne donnerait pas grand chose de me prononcer là-dessus.

La parole revient donc à Marie-Pierre, pour qui c’est le 11e show des Backstreet Boys.

« Je pense que ce serait dans mon Top 5.  Ils sont encore en forme, ils chantent bien, ils jouent bien chacun leur rôle. Ils ont joué pas mal toutes les chansons connues, les chorégraphies étaient bien réussies. »

Pour ce qui est de comprendre ce qui explique tout ça, on tentera quelques psychanalyses douteuses, quelques explications de la nature rassurante de leur chansons romantiques bienveillantes, quelques mises en contexte de tout le côté narratif qui vient avec les personnages, sans jamais vraiment percer le mystère.

C’est viscéral, quoi.

Ça doit être inscrit dans leur DNA. Aaaaah, ceci explique probablement le titre de la tournée!

 

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