Bluesfest d'Ottawa
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Bluesfest d’Ottawa 2019 – Jour 1 | alt-J en met plein la vue lors d’une soirée à forte présence féminine

Parallèlement au Festival d’été de Québec, le Bluesfest d’Ottawa donnait aussi le coup d’envoi de son édition 2019. Au cours des dix prochains jours, des artistes de calibre majeur et des découvertes se succéderont sur les différentes scènes des Plaines Lebreton. Jeudi, l’événement était lancé en grand avec probablement la soirée la plus pertinente de toute la programmation, puisque U.S. Girls, Charlotte Cardin, CHVRCHES, Nao, Zaki Ibrahim et Marie-Clo se produisaient toutes au cours d’une soirée conclue avec brio par le groupe britannique alt-J.


 

alt-J au sommet de son art

Comme première tête d’affiche de la présente édition, disons que le trio a mis la barre haute.

Le collègue Anthony Robitaille en a fait l’éloge en long et en large lors de son compte-rendu du spectacle à la Place des Arts plus tôt cette semaine.  Et avec raison. Le souci du détail dans la qualité du son était magistral, même en format de scène extérieure. Et le visuel était absolument époustouflant. La production est digne de la dernière tournée de Sigur Ros, avec l’effet 3D des projections sur bâtons lumineux et les effets de chaque tableau sur la chanson concernée. Du grand grand spectacle.

Ça vient évidemment compenser pour le fait que alt-J soit l’un des bands les plus statiques de l’histoire du rock. On pourrait les faire jouer derrière un rideau et installer des statuts de cire à leur place sur scène, personne ne remarquerait la différence. C’est le prix à payer pour des musiciens appliqués, soucieux de leur interprétation musicale fine et soignée. Alors on met le paquet sur la prod visuelle, et le spectateur en a pour son argent.

Très bon setlist par ailleurs. Calqué sur celui de Montréal. Il y avait là les meilleures chansons des trois albums, aucun oubli majeur, et ça s’enchaînait à merveille.

Pour une première présence à vie à Ottawa, le groupe aura laissé sa marque sur la Capitale canadienne.

 

À quand le clonage ou l’ubiquité ?

Ça ne sera pas le cas tout au long du festival, mais hier, on devait faire des choix déchirants tout au long de la soirée. Parce que des femmes de grand talent se produisaient partout sur le site, souvent en même temps.

Exemple : Charlotte Cardin était là… en même temps que alt-J. On a donc dû renoncer à la voir sur la scène Vidéotron, du côté Nord du Musée de la Guerre.  C’est plus facile de se reprendre avec Charlotte qu’avec alt-J.

Autre décision difficile : CHVRCHES nous rendait visite, mais leur set chevauchait celui de U.S. Girls. On a tout de même pu voir les quinze premières minutes du spectacle du groupe électro-pop écossais, et un constat s’impose : la chanteuse Lauren Mayberry est vraiment sortie de sa coquille!  Elle assure au-devant de la scène, dansant avec une joie libérée (et délibérée), sans pour autant négliger la qualité de son chant. Ça sonnait bien, et ça se regardait bien.

Mais on ne pouvait manquer U.S. Girls, projet de pop néo-disco féministe de la Canadienne Meghan Remy, dont les deux derniers albums ont atteint la courte liste du prix Polaris, en 2016 pour Half Free et 2018 pour In A Poem Unlimited. Plusieurs semblaient la découvrir sur place. Jamais trop tard pour bien faire.

Redoutable bête de scène, Remy jouait avec pas moins de 8 musiciens, dont une choriste avec qui elle entretient une chimie captivante. Musicalement, ça jamme, ça groove, ça boogie. C’est parfaitement maîtrisé.

La chanteuse s’applique pour les premières chansons, sortant certains de ses gros canons d’emblée, notamment Mad As Hell, plutôt étrangement tranquille. Puis Incidental Boogie survient et on sent que la bête commence à rugir… Elle retire ses souliers, attache ses cheveux, elle se met à l’aise pour donner tout un spectacle.

Ça se terminera sur un climax complètement enragé, et une déconstruction du band instrument par instrument, laissant le parterre pantois mais soufflé. Très très solide performance.

À (re)voir à Osheaga, le samedi 3 août à 13h40. Drôle de plage horaire pour un spectacle de cette envergure. Mais mettez ça à votre agenda.

 

Plus tôt en début de soirée, la chanteuse électro-funk R&B Nao se produisait sur la grande scène avec 4 musiciens. L’artiste britannique compte deux albums à son actif, qu’elle décrit comme du « wonky funk ».  Très sympathique et entraînant.

Zaki Ibrahim offrait pour sa part une version simplifiée de sa musique, en formule duo. Ça manquait un peu de tonus, mais les compositions soul-worldbeat de la Canadienne installée en Afrique du Sud charmaient tout de même.

En tout début de soirée, la Franco-Ontarienne Marie-Clo interprétait sa musique pop-rock à l’intérieur du Théâtre Barney-Danson, bénéficiant d’un attrait non-négligeable en ce jeudi de canicule : l’air climatisé! Peu importe que les gens se soient rendu à son spectacle pour se garder au frais ou véritablement pour la voir à l’oeuvre, parions qu’ils sont tous repartis charmés par ce qu’ils ont vu et entendu. Ancienne danseuse contemporaine et comédienne, on sent chez elle une aise sur scène qui manque à bien des chanteuses. Ses compositions ingénieuses et accrocheuses ont fait bon effet, notamment la chanson The Noise (dont il existe une version francisée, nous apprend-t-elle). Elle était accompagnée du très bon groupe art-rock ottavien Mal/Aimé, un autre petit bijou à découvrir.

Le Bluesfest d’Ottawa se poursuit dès ce soir, avec la star du country Eric Church, ses acolytes Colter Wall et Jason Isbell and the 400 Units, le duo néo-tango Rodrigo y Gabriela et le jeune alt-rappeur anglais Yungblud.

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