BODY ELECTRIC
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Body Electric à l’Usine C | Quatre œuvres de l’avant-garde actuelle

Réunies sous le vocable BODY ELECTRIC, quatre artistes femmes se partagent les deux scènes de l’Usine C pour nous surprendre avec le renouveau de la culture underground. Ce sont Soleil Launière, Andrea Peña & Artists, Anne Thériault et Daina Ashbee. Danse contemporaine, performance, installation, projections numériques et même une exposition sont le résultat du travail exhaustif de chacune, sur ce courant électrique vital traversant le corps avec un fin dosage d’expressivité artistique.

Ça commençait avec une œuvre chargée de sens par Soleil Launière intitulée Umanishish, un mot en langue innue qui signifie «fœtus de caribou». L’artiste multidisciplinaire, qui s’est produite déjà dans une trentaine de spectacles originaux, donnait le ton en se plaçant en retrait de la scène dans une position fœtale appelant sa renaissance imminente. Plongée dans la pénombre, elle tenait entre le pli de ses jambes un léger tambour dont elle accélérait la cadence à mesure que son chant plaintif, incantatoire, se vivifiait.

«Umanishish», photo par Hugo St-Laurent

Issue de la Première Nation Pekuakamiulnuiatsh, Soleil Launière se livre en explorant ce temps méconnu d’avant la naissance, appuyée par un savant dispositif visuel numérique conçu par l’artiste Gonzalo Soldi. Des caméras captaient en direct chacun de ses mouvements rituels et de ses cris en les synchronisant ou les déformant par un traitement d’images qui, jumelé à un environnement sonore oppressant, nous transporte bien au-delà du virtuel.

Le voyage initiatique de la conceptrice et interprète, avec ses transes et la douleur sourde de ses chants ancestraux, impuissante devant l’éternel comme nous tous, était mis en scène par Xavier Huard qui, avec le plus grand respect, a su donner à l’ensemble une connotation de spiritualité propre aux peuples autochtones.

Suivait, dans la grande salle cette fois, un spectacle de danse contemporaine tout à fait hors normes présenté par la compagnie Andrea Peña & Artists, créé en 2014 et dont la fondatrice est originaire de Bogota. Intitulée Untitled I + III, la pièce en deux volets s’ouvre avec un seul danseur portant un support athlétique de couleur chair pour tout costume, dressé sur le vaste plateau d’un blanc virginal sous un éclairage cru.

Sans musique au début pour adoucir un lourd silence, le danseur regardait le public le regarder, avant de se livrer à une suite de mouvements répétitifs altérant le corps et l’esprit, soumis à un examen proactif de la vulnérabilité humaine transformée en force de résilience.

Il sera rejoint plus tard par deux autres danseurs dans une chorégraphie des plus exigeantes physiquement. Presque nus, les trois corps d’hommes luisant de sueur n’auront aucun contact entre eux. À la place, ces trois corps souffrants se dilatent avec vigueur, se recroquevillent sur eux-mêmes, roulent au sol à répétition ou courent en cercle jusqu’à l’épuisement, mais jamais l’abandon, pendant les 80 minutes de la performance, sauf par le truchement d’une immobilité passagère, alors que les trois performeurs à leur tour nous regardent les regarder en silence.

Photo par David Wong

Ces deux spectacles conceptuels de BODY ELECTRIC, présentés sur trois soirs seulement, seront suivis par un autre doublé du 9 au 11 octobre, illustrant cette fois le travail d’Anne Thériault avec Récital et celui de Daina Ashbee avec Serpentine.

Récital est un pur produit de Lorganisme, une structure de soutien aux jeunes danseurs initiée par Anne Thériault, qui s’exécutera sur scène aux côtés de Rosie Contant et de Virginie Reid. Les trois artistes seront confinées dans un petit salon kitsch où elles actionnent des objets sonores et lumineux. Chacun de leurs mouvements sera capté par des thérémines aux antennes sensibles, nous transportant avec sensualité dans une bulle extratemporelle.

Reconnue pour ses propositions radicales amalgamant danse et performance, Daina Ashbee pour sa part viendra plonger le spectateur dans une exploration sensuelle du temps et de sa transformation par le biais de la danseuse solo Areli Moran. Serpentine est une installation-performance où se confrontent orgue électrique agressante et mouvements sensuels d’une interprète glissant graduellement sur la pente de la violence.

Danseuse elle-même et chorégraphe reconnue, Daina Ashbee est une figure importante de la danse contemporaine à Montréal. Elle vient de recevoir par ailleurs un prix Bessie à New York dans la catégorie « Outstanding Breakout Choreographer ». Son travail a été présenté dans le passé à la prestigieuse Biennale de Venise que dirige maintenant Marie Chouinard, ainsi qu’au Oktoberdans de Bergen en Norvège.

Enfin, l’événement BODY ELECTRIC présente tout au long de sa série une exposition de l’artiste visuelle montréalaise June Barry, surnommée BOYCOTT, s’inspirant de la lumière pour réaliser des œuvres peuplées de formes animales et humaines, habitant les murs toujours à la fine pointe de l’avant-garde de l’Usine C.

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