Champion (opéra)
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Champion (Opéra de Montréal) à la Place des Arts | 31 photos de l’événement

La réalité rattrape la fiction en janvier à l’Opéra de Montréal, avec la première canadienne de Champion, à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts les 26, 29, 31 janvier et 2 février 2019, une œuvre unique en son genre basée sur une histoire vraie. En 1962, les boxeurs Emile Griffith et Benny Paret s’affrontent dans le ring. Pendant le duel, Paret nargue son adversaire par des allusions malveillantes à son orientation sexuelle. Piqué au vif, Griffith le roue de coups, provoquant un coma dont il mourra dix jours plus tard. Emile Griffith ne sera plus jamais le même après ce combat…

 

Photos par Thomas Mazerolles :


 

L’actualité sportive en opéra

« L’histoire de Champion est résolument d’actualité, comme en témoignent les nouvelles sportives au Québec. Un combat qui tourne mal, avec les drames humains qui s’en suivent, c’est un thème qui revient périodiquement dans l’actualité, d’Emile Griffith à Adonis Stevenson, en passant par Gaétan Hart en 1980. Ces histoires sont toujours si bouleversantes, en fait, que l’opéra constitue le meilleur médium pour les raconter! » de dire Michel Beaulac, directeur artistique de l’Opéra de Montréal.

Dans une esthétique aux croisements de l’opéra, du jazz et du gospel, Champion est l’une des œuvres les plus marquantes des dernières années, composée par le grand jazzman afro-américain Terence Blanchard, sur un livret de Michael Cristofer, lauréat d’un Prix Pulitzer. Les Montréalais auront l’occasion d’en voir une production impressionnante rassemblant une distribution exceptionnelle, le Montreal Jubilation Gospel Choir, le Chœur de l’Opéra de Montréal ainsi que l’Orchestre symphonique de Montréal. « C’est un véritable privilège de présenter Champion dans une ville comme Montréal, avec toute sa diversité et son amour du jazz. De nombreux partenaires, comme le Festival international de jazz de Montréal et le Mois de l’histoire des Noirs seront d’ailleurs de la partie! » a-t-il ajouté.

Je tue un homme et le monde me pardonne, j’aime un homme et le monde veut me tuer.

 

LA DISTRIBUTION

Le rôle d’Emile Griffith est divisé en deux, pour permettre à l’œuvre d’explorer différentes étapes de sa vie. La basse Arthur Woodley(Emile), reconnu pour sa voix « ferme et riche » (The Washington Post), et le baryton-basse Aubrey Allicock (Young Emile), acclamé comme « costaud, dynamique et excellent » (The New York Times), reprendront les rôles qu’ils ont eux-mêmes créés en 2013 à l’OperaTheatre of St. Louis. De la distribution originale, le ténor Victor Ryan Robertson se joint également à la production montréalaise dans le rôle de Benny « The Kid » Paret.

Ces trois chanteurs mèneront une distribution de chanteurs canadiens accomplis : Catherine Daniel (Emelda Griffith), saluée récemment dans Das Rheingold, Brett Polegato (Howie Albert) avec sa voix « sérieuse et séductrice » (The Globe and Mail), Asitha Tennekoon(Luis Griffith) et Chantale Nurse (Blanche/Sadie). Deux chanteurs de l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal, Sebastian Haboczki(Ring Announcer) et Scott Brooks (Man in the bar) complètent la distribution. Le Montreal Jubilation Gospel Choir, dirigé par Dr. Trevor Payne, et le Chœur de l’Opéra de Montréal joindront leurs forces pour ajouter une puissance chorale à l’œuvre.

James Robinson, directeur artistique d’Opera Theatre of St. Louis, a effectué la mise en scène de la première présentation de Champion et sera à la tête de cette production. Il retrouvera son complice le chef américain George Manahan, lui aussi artisan de la première heure de cette œuvre, qui dirigera l’Orchestre symphonique de Montréal et des musiciens jazz qui se joindront à l’orchestre.

 

L’HISTOIRE

Souffrant de démence, Emile Griffith, ex-gloire de la boxe américaine, est confus et hanté par son passé. Il ressasse ses souvenirs, qui s’entrechoquent dans son cerveau atteint de la maladie, et revit les moments marquants de sa vie. Il se rappelle ce voyage vers New York, alors qu’il était jeune, dans l’espoir d’y faire fortune comme chanteur ou joueur de baseball et d’y retrouver sa mère. Il se souvient de cette rencontre déterminante avec Howie Albert, un manufacturier de chapeaux, qui décide de l’initier et de l’entraîner à la boxe. Fraîches en mémoire, aussi, ces nuits dans un bar gay de Manhattan, porte d’entrée vers un monde aussi effrayant qu’attirant. Mais surtout, il se souvient du « maricon » lancé par son adversaire Benny Paret avant leur combat en 1962. De sa fureur après cette insulte homophobe. Des 17 coups en moins de 7 secondes qu’il a asséné à Paret. Du regard vide de ce dernier sur le tapis du ring. De l’annonce de sa mort 10 jours plus tard.

Après ce combat, tout change pour Griffith. Les défaites s’accumulent et apparaissent les premiers signes de démence. Il rejette son entraîneur, sa femme et sa mère, et va chercher du réconfort dans la scène gay de New York. Un soir, en sortant d’un bar, un groupe de voyous l’agressent violemment et aggravent ses lésions au cerveau. Des années plus tard, rongé par les remords et la maladie, Emile revit toujours le cauchemar de cette attaque et lutte pour trouver la paix jusqu’à ce qu’un soir, de retour à son appartement, les souvenirs et les voix cessent.

 

LE COMPOSITEUR

Terence Blanchard s’est distingué très tôt comme trompettiste jazz de premier plan et il a poursuivi une carrière multidisciplinaire autant dans le jazz que dans d’autres sphères artistiques. Il a remporté cinq Grammy Awards et il est l’un des plus influents musiciens jazz et compositeur de musique de film de sa génération – c’est un artiste qui a contribué à créer l’héritage jazz actuel. Il a été reconnu par US Artists, le MAPFund et le National Endowment for the Arts pour son travail.

En tant que compositeur de film, Blanchard a plus de 50 bandes sonores à son actif, dont le plus récent est Blackkklansman de Spike Lee. Il a également reçu une nomination aux Golden Globe Awards pour la 25e heure de Spike Lee. Parmi les autres musiques de film écrites par Blanchard, on peut citer Black or White de Mike Binder; Love and Basketball de Gina Prince Bythewood; Their Eyes Were Watching Godde Darnell Martin, Barbershop de Tim Story et Red Tails de Anthony Hemingwat. À toutes ces réalisations, s’ajoute le récent succès de Blanchard à composer pour Broadway notamment la première mondiale de la pièce The Motherf**ker With a Hat du dramaturge Stephen Adly Guirgis mettant en vedette Chris Rock et Bobby Cannavale. On peut ajouter à cette liste un rôle parlant dans le film d’animation La princesse et la grenouille de Disney; la direction artistique de la série jazz du Detroit Symphony Orchestra. Finalement, après avoir été directeur artistique du prestigieux Thelonious Monk Institute of Jazz pendant une décennie, il a été nommé en 2015 « Artiste en résidence » au Berklee College of Music de Boston où il travaille avec des étudiants dans les domaines du développement artistique et de la composition. Son premier opéra, Champion, a été présenté en première mondiale au Opera Theatre of St. Louis avant de voyager à travers les États-Unis et il travaille présentement à un deuxième opéra, Fire Shut Up in My Bones, co-commissionné par Opera Theatre of St. Louis et Jazz St.Louis. Il participe également à des classes de maître à travers le monde ainsi qu’à des activités communautaires dans sa ville natale bien-aimée, la Nouvelle-Orléans.

 

Opéra : Champion de Terence Blanchard

Genre : « Opera in jazz »

Structure : 2 actes

Langue : en anglais avec surtitres français et anglais

Livret : Michael Cristofer

Création : Opera Theatre of St. Louis, St. Louis (USA), 15 juin 2013

Production : Washington National Opera

Première canadienne

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