Chansons pour filles et garçons perdus
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Chansons pour filles et garçons perdus au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui | La nouvelle stonerie poétique de Loui Mauffette

« Au programme : de la gravité, de la liesse, un rien de rogne, beaucoup de désirs », peut-on lire dans le magazine 3900 du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui (CTD’A) à propos de la nouvelle intervention poétique de Loui Mauffette à même le riche héritage des poètes et écrivains québécois.

Après l’orgie littéraire de Poésie, sandwichs et autres soirs qui penchent offerte sur mesure pour le Festival international de la littérature dès 2006 et pendant 10 ans d’affilée avec grand bruit, après Dans les charbons, spectacle inaugural du Théâtre de Quat’Sous après sa reconstruction en 2009, et après Est-ce qu’on pourrait pleurer un tout petit peu? au FIL encore en 2012, Loui Mauffette n’avait pas dit son dernier mot, celui logé au cœur de l’imaginaire de nos poètes, pour plusieurs oubliés.

Le fils du poète et comédien Guy Mauffette, animateur de la fameuse série radiophonique Cabaret du soir qui penche à Radio-Canada, fonctionne à l’affectif. En éternel ado de 60 ans, l’attaché de presse du Théâtre du Nouveau Monde depuis 1992 ne peut s’empêcher de prendre le large de temps à autre pour ses projets personnels célébrant la poésie, la suprématie de la poésie pure et dure qui nous définit en tant que peuple.

« Quand, enfant, tu détestes le sport, on te traite de fifi, on te rejette. J’étais évidemment celui qui se faisait battre dans la cour de l’école. Dans ce spectacle, je vais me venger de ceux qui m’ont intimidé. C’est Diane Dufresne, une des femmes importantes de ma vie, qui m’a appris à devenir un homme. Elle m’a montré à enfiler des gants de boxe », confiait encore Loui Mauffette au 3900, le définissant comme « plus sensitif que théoricien, plus enthousiaste que cartésien, un créateur parfaitement inactuel et résolument contemporain ».

Baignant dans le théâtre depuis sa formation en interprétation au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, dont il est diplômé en 1980, Loui Mauffette est une sorte d’aimant artistique qui attire les comédiens dans son giron. On dit qu’il les chouchoute en production au TNM. Ainsi, il sait parfaitement à qui il a affaire quand vient le temps d’une nouvelle virée littéraire ayant fait sa marque de commerce.

 

* Photo par Valérie Remise.

Pendant trois heures avec entracte, Chansons pour filles et garçons perdus se déploie au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui qui pour l’occasion divise le public en trois îlots autour d’un immense carré de sable surmonté d’une chaise de sauveteur. Un rideau de velours rouge en fond de scène, style cabaret, petites lumières sur les deux côtés de l’aire de jeu, la scénographie baroque de Clélia Brissaud se complète par divers objets hétéroclites.

Mais aussi par la présence des musiciens et de leurs instruments, incluant un piano à queue. Sous la direction de Guido Del Fabbro, la musique originale joue un rôle prépondérant dans le déroulement de ce cérémonial dionysiaque. Le spectacle porte son titre, et l’apport musical y est pour beaucoup dans l’atmosphère survoltée de la livraison des tirades poétiques entremêlées de chansons.

Photo par Valérie Remise.

Ils sont 15 interprètes à se relayer, quand ce n’est pas la mêlée générale. Et de gros noms s’y retrouvent, comme Pierre Lebeau, Roger La Rue, Kathleen Fortin, Macha Limonchik ou encore Marie-Jo Thério. Cela donne lieu à de purs moments de grâce, comme lors de l’interprétation sensible de la chanson Les deux vieilles de Clémence Des Rochers par Macha Limonchik et Kathleen Fortin. Ou encore celle de L’alouette en colère de Félix Leclerc par Pierre Lebeau.

L’aéropage des auteurs comprend aussi bien Denise Boucher et Gerry Boulet, Michel Garneau, Jean-Paul Daoust, Luc Plamondon, Denis Vanier et Josée Yvon, Roland Giguère, Marie Uguay, que Gaston Miron, et même la poétesse autochtone Joséphine Bacon. Il faudrait pouvoir tous les nommer, mais il vaudra encore mieux aller voir cette troupe de romanichels qui après le CTD’A (jusqu’au 4 mai) logera à la Cinquième Salle de la Place des Arts.

En plus du concept, inépuisable, Loui Mauffette signe avec Benoît Landry une mise en scène juste assez bordélique. Chaque intervention vient bousculer la précédente, dans la folie d’un manège incontrôlable et cérémonieux à la fois que David Goudreault incarne bien avec son cri de ralliement du départ : J’en appelle à la poésie!

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