Cloud Nothings
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Cloud Nothings au Bar Le Ritz PDB | Gueuler, varger, brûler

Ça devient vite cliché de dire qu’un groupe était « en feu » lors d’un spectacle. C’est encore pire lorsque le dernier album de ce groupe s’appelle Last Building Burning et qu’on essaie de faire un jeu de mot sur le thème des flammes. Reste que jeudi soir, Cloud Nothings aurait pu asperger de la gasoline partout dans le Bar Le Ritz PDB pendant une heure que le résultat aurait semblé identique à ce qu’ils ont offert.

Pour la petite histoire, le groupe rock aux accents punk avait pris un virage plus calme et mature sur son 4e album Life Without Sound en début 2017. Toutefois, le chanteur et guitariste Dylan Baldi a vite réalisé que c’était beaucoup plus amusant de gueuler dans un micro que de chanter dedans. Il est donc revenu à un son brut, urgent et chaotique à souhait sur Last Building Burning. Le groupe doit d’ailleurs être bien fier de cette nouvelle galette, puisqu’il a joué l’album d’un bout à l’autre pour remplir la majorité du spectacle.

C’est donc dire que dès les premières notes, ça commençait à chauffer dans les tympans. Commencer un spectacle avec la pièce On An Edge, c’est un peu comme commencer une journée de ski sur une piste double diamant à 70° d’inclinaison.

Rythmes à sensations fortes

C’est toutefois la performance du batteur sur l’excellente The Echo Of The World qui se rapproche le plus d’un sport extrême. Même avec un ensemble de batterie assez limité, Jayson Gerycz – dont c’était l’anniversaire – se démène comme aucun, faisant preuve d’une précision et d’une vélocité hors pair. Au lieu d’un rythme standard, son jeu sur la pièce sonne comme huit batteries qui déboulent les escaliers en boucle à un rythme effréné. C’était déjà impressionnant sur disque, mais ce l’est encore plus sur scène alors que la chanson semblait être un brin accélérée.

Le même batteur vole la vedette à nouveau dès Dissolution, la pièce suivante. Alors que les deux guitares et la basse se lancent dans un long festival de feedback qui apaise le mosh pit quelques peu, la batterie ne reste calme que pendant un moment avant de s’envoler dans un solo complètement fou. Important de rappeler que Jayson Gerycz ne compte que sur une caisse claire, un hi-hat, une cymbale, un tambour et une grosse caisse. Pas de cloche à vache, pas de cymbales de fantaisie, pas de peaux superflues. Juste une force de frappe aussi puissante que rapide pour varger comme pas un.

Dans le petit parterre, il faudra quelques chansons avant que la foule ne prenne complètement son aise. Pendant la dernière chanson de l’album, il n’y a peut-être que sept ou huit personnes qui se rentrent dedans à l’avant. Mais une fois que le groupe commence à explorer ses vieux succès, le mosh pit commence à prendre toute la place. Car oui, officiellement, Cloud Nothings est venu pour défendre un excellent 5e album, mais reste que les fidèles de la première heure souhaitaient aussi entendre du vieux matériel.

Strict minimum

Cinq autres chansons ont donc été offertes, dont Stay Useless et I’m Not Part Of Me, deux des plus gros succès du groupe. Signe que la formation de Cleveland était venue pour faire du bruit, Realize My Faith était la seule pièce issue de Life Without Sound. Chacune de ces chansons était la bienvenue, mais il semblait clair que quelques personnes auraient souhaité entendre plus de vieux matériel. Il ne s’agit pas là de suppositions en l’air : les demandes spéciales se faisaient facilement entendre entre les morceaux. « On a une liste de chansons précises à jouer », a répondu Dylan Baldi dans une rare intervention, non sans un certain sourire en coin.

Vrai que treize chansons ça donne un spectacle un peu court, même si Dissolution a duré une bonne dizaine de minutes. Cela dit, impossible de nier que le groupe a su utiliser son temps sur scène au maximum de son potentiel pour l’un des spectacles les plus explosifs de l’année. Une autre preuve que Last Building Burning est facilement l’un des albums rock les plus solides de 2018.

The Courtneys et beaucoup de questions

C’est le sympathique trio de Vancouver The Courtneys qui a pris la scène juste avant Cloud Nothings. Difficile de parler du groupe sans mentionner le fait que c’est la batteuse qui chante. C’est probablement l’une des raisons qui expliquent que les compositions indie rock du groupe s’appuyaient toujours sur les mêmes rythmes de base très simples. Le guitariste et la bassiste gardent aussi les prouesses techniques au minimum. À défaut d’être bien originaux, les musiciens ont quand même réussi à faire danser la foule sur quelques pièces, dont la très accrocheuse Minnesota.

Plus difficile d’expliquer ce qui se passait sur scène avant The Courtneys. Le duo Tamayugé a en effet semblé semer la confusion en ouvrant les festivités au Bar Le Ritz PDB. C’est une chose pour une première partie de jouer devant une salle à moitié pleine. C’en est une autre lorsque c’est la moitié avant de la salle qui est vide. Avec une musique aussi expérimentale que déstabilisante, Tamayugé était certainement un drôle de choix pour jouer le même soir que Cloud Nothings. En même temps, si le rock de la tête d’affiche est si chaotique, pourquoi ne pas puiser dans le même chaos pour choisir les premières parties? Le duo, établi à Montréal, n’a peut-être pas fait l’unanimité, mais il n’a certainement pas laissé qui que ce soit indifférent.

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