Concours musical international de Montréal
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CMIM 2017 | Compte-rendu de la 1ère finale

La première soirée des finales du Concours musical international de Montréal se déroulait mardi soir à la Maison Symphonique. Les candidats ont chacun le loisir d’interpréter un concerto accompagné par l’OSM sous la baguette de Claus Peter Flor.


Albert Cano Smit

Le premier candidat n’est autre que l’espagnol très remarqué Albert Cano Smit. Âgé d’une vingtaine d’année seulement, le jeune pianiste s’attaque au premier concerto de Brahms (Concerto n°1 en ré mineur, op. 15). On sent que son expérience avec orchestre est encore très limitée mais on ne peut s’empêcher de le défendre : de très belles couleurs émergent de son jeu même si ce dernier manque de puissance. Cela est d’ailleurs probablement dû à sa posture étrange : il s’assoit très bas et manque donc d’emprise sur le piano.

On saluera en revanche sa performance héroïque malgré quelques saletés : l’orchestre a clairement saboté son passage en ne lui offrant aucun support. À certains endroits, le jeune homme doit même sauter quelques temps de sa partition pour rattraper les entrées décalées des vents. Alourdis et ne suivant pas le chef (ce dernier a fini par devoir taper du pied pour les maintenir en rythme !), les musiciens de l’OSM n’étaient clairement pas prêts pour une telle expérience. Le pianiste s’en tire donc avec les honneurs dans une interprétation qu’on sentait retenue par peur probablement de s’échapper encore trop de l’orchestre.

Il n’en reste qu’il est très prometteur : on aurait aimé l’entendre dans de meilleures conditions afin qu’il puisse s’exprimer totalement comme il a eu l’occasion de le faire dans ses deux récitals précédents.

 

Zoltan Fejerarvi

Le deuxième finaliste est le hongrois Zoltan Fejerarvi qui nous propose le 3ème concerto de Bartok (concerto n°3, BB 127). D’emblée, il nous montre qu’il a beaucoup plus de bagage avec orchestre et qu’il possède totalement ce concerto. Même si l’orchestre n’est toujours pas au niveau et n’arrive pas à mettre une seule entrée ou arrivée en même temps, le pianiste décide de s’en détacher complètement et de faire ce qu’il veut et ce qu’il doit (et peut-on lui en vouloir ?).

Bartok convient bien au jeu assez direct et franc du pianiste hongrois. On peut y déceler de belles atmosphères et on sent que le candidat est dans son élément. Le son du piano est plus porteur qu’avec Albert Cano Smit sans jamais être heurté. Cela reste une interprétation impeccable mais qui n’apporte pas forcément de nouveautés. Le pianiste est solide, sait se mettre en valeur et possède un jeu clair et fluide.

 

Giuseppe Guarrera

Le troisième finaliste, qui concluait la première soirée, est l’italien très remarqué Giuseppe Guarrera. Il se lance avec brio dans le premier concerto de Tchaïkovski (Concerto n°1 en si bémol mineur, op. 23). Les premiers accords, grandioses, sont dynamiques et montrent d’emblée la capacité d’adaptation du pianiste, qui va passer les quarante minutes de son interprétation à tout faire pour ne pas perdre l’orchestre, quitte à l’attendre, à ralentir subitement, à accélérer, voire même à insister brutalement sur les premiers temps – à l’instar du chef qui continue à taper du pied pour tenter de faire partir l’orchestre à l’heure. Peine perdue, c’est un troisième bras de fer qui s’engage entre le pianiste et les musiciens. Le Tchaïkovski de Guarrera a été affaibli par son agacement visible : les sonorités deviennent dures, très dynamiques mais parfois criardes, et ce malgré des couleurs incroyables dès que le pianiste parvient à oublier l’orchestre. La cadence du premier mouvement était remarquable, et on ne peut qu’admirer les changements de tempo fantastiques qui ont permis, mesure par mesure, au pianiste de suivre l’orchestre.

Les trois pianistes de ce soir ont été tour à tour désemparés ou en colère face à l’orchestre, qui souffrait vraisemblablement d’un gros problème de communication. Il semble important de le souligner car il est vraiment dommage que la finale d’un concours international se déroule dans des conditions qui ne permettent pas aux jeunes pianistes de se concentrer sur leur propre performance tant ils doivent se méfier de l’orchestre. On est un peu angoissés pour la deuxième soirée des finales du Concours musical international de Montréal…

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