Keith Kouna
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Coup de coeur francophone 2017 | Ouverture toute masculine avec 4 types d’hommes à ne pas marier

Si le Gala de l’ADISQ nous démontrait à quel point la gente féminine fait bouger les choses dans le milieu de la musique québécoise ces temps-ci, la soirée d’ouverture de Coup de coeur francophone nous rappelait que ça se passe aussi chez les monsieurs. En ce gros jeudi soir de novembre, CCF nous forçait à choisir entre 4 artistes qu’on voulait tous voir à la fois. Et pourtant 4 types d’hommes à ne pas marier…

 

Mon Doux Saigneur

En ouverture du show d’ouverture — ça ouvre longtemps, ça ! —, Emerik St-Cyr Labbé présentait au Club Soda son projet Mon Doux Saigneur, qui est le résultat d’une longue période d’écriture et de shows solo, qui a finalement pris son envol récemment lorsque Emerik a trouvé les musiciens avec qui défendre cet univers musical aux influences peu communes.

Ça se plaçait tranquillement pas vite aux Francouvertes l’an dernier ; il a d’ailleurs atteint la finale (dans ce même Club Soda) et s’est fait grandement remarqué, notamment par le label Grosse Boîte, qui l’a finalement signé.  Mais dans l’année qui a suivi, le projet a réellement pris forme, si bien qu’avec son premier album lancé en septembre dernier, Mon Doux Saigneur marque un début de carrière digne des ligues majeures.

Juste à le voir, on voit bien : Emerik est le type de mec pour qui il se passe 1000 fois plus de choses dans sa tête qu’il n’arrive à l’exprimer. À la fois sensible, réfléchi mais réservé, il joue 90% du temps les yeux fermés, comme s’il devait se concentrer à ne pas tout livrer en même temps, et à ne pas se laisser submerger par la présence intimidante du public. Son chant ne permet pas de tout saisir les textes, mais il s’y trouve des petits bijoux de poésie d’observation. Les moments de catharsis musicaux viennent faire exploser la petite bombe à retardement qu’on nous préparait tout ce temps.

Si tu te cherches un gars qui exprime facilement ses sentiments, oublie ça girl. Ça a pas l’air simple. Mais ce qu’il dégage sur scène a de quoi intriguer et commander le respect d’une écoute attentive bien méritée. Et il est visiblement bien entouré pour réussir. On s’en reparle dans quelques années…

Photo par Jean-François Leblanc / CCF.

Photo par Jean-François Leblanc / CCF.

Keith Kouna

Tout ça menait à la cerise sur le gâteau, son excellence Keith Kouna premier, le king des chansonniers punk.

Son combo chemise blanche / cravate noir ne trompe personne : c’est un bum à la crête frisée, dont les barniques rappellent qu’il sait aligner les mots de façon époustouflante. Mais ta mère l’aimerait pas.

Photo par Jean-François Leblanc / CCF

Photo par Jean-François Leblanc / CCF

 

Éveilleur de conscience, c’est le genre de gars qui te laisserait pas écouter tes programmes cucus tranquille. Et ses amis sont loud ; ça se brasse le camarade sur le parterre dès les premières notes de Vaches, créant un tourbillon trentenaire digne des belles années de Bérurier Noir. Il aime semer le trouble et agiter les troupes. Touche pas à ça, fille.

Mais à défaut d’avoir eu le temps d’en publier une critique complète, on va se le dire ici-même : son nouvel album Bonsoir Chérif, c’est de la bombe. C’est un brûlot vif, incisif et important.  Le Goule en chef y met sa griffe acérée sur une musique tantôt punk, tantôt pop, toujours très rock. Un cocktail molotov musical.

Il va finir lui-même sur le dos, à surfer la foule en délire. Du moins, c’est ce qu’on nous a raconté, parce que CCF oblige, il fallait quitter au milieu du set pour assister à de la visite encore plus rare…

Photo par Jean-François Leblanc / CCF.

Photo par Jean-François Leblanc / CCF.

FUUDGE

Bien conscients du choix déchirant qu’ils nous imposaient en cette première soirée de festival, les bonnes gens de Coup de coeur francophone ont publié, il y a quelque semaine, une vidéo de « duel » avec Anatole et David Bujold de Fuudge. Une bonne idée qu’on aurait aimé avoir nous-mêmes…

Il fallait bien choisir entre les deux, et puisque Bujold parle d’un trip de mush et d’acide pour un jeudi soir, ça fait des vendredis matins un peu rough pour ceux qui, hélas, doivent travailler la semaine. Pour en revenir à la métaphore (boiteuse, à ce point-ci on peut en convenir) des hommes à ne pas marier, a-t-on besoin d’en dire plus que « trip de mush un jeudi soir » ?

Bref, pas que ce soit un mauvais choix d’aller se faire brasser le Cobain intérieur au son tonitruant des excellentes chansons de Fuudge… Mais on a néanmoins délaissé le Vinyle Chope pour le non-moins-tranquille Esco, où on accueillait de la visite plus rare, en provenance de Québec la Nouvelle L.A.

Photo par Shanti Loiselle.

Photo par Shanti Loiselle.

 

Anatole

Là, on se trouve en présence de la rock star excentrique, du gars qui troque momentanément les Mauves pour s’inventer un univers théâtral déjanté, qui transforme la pièce en discothèque emboucanée où les phéromones se libèrent comme dans un grand rêve érotique des années 1980.  Anatole, c’est Bleu Nuit, Future Islands et le Rocky Horror Picture Show qui se fusionnent sur une scène, nudité en moins. (Dommage)

Gestes dramatiques, expressions exagérées, proximité extrême avec le public, tout est un peu over the top avec Anatole, et ça fait tant de bien dans un milieu artistique où l’excentricité est une denrée rare. L’artiste va (littéralement) chercher son public en abolissant le quatrième mur, bondit dans la foule, caresse des gens au passage… Oh, le voilà qui chante au beau milieu de la foule, ou assis sur le bar pour une ballade du désespoir.

Photo par Shanti Loiselle.

Photo par Shanti Loiselle.

Anatole est un mauvais parti parce que trop volage. Il séduit tout le monde, autant homme que femme, comme en témoigne cette photo où il est en train de faire rougir le rédac chef du Canal Auditif, qui tombe pourtant rarement pour autre chose qu’une Française…

Photo par Shanti Loiselle.

Photo par Shanti Loiselle.

Au rappel, on nous balance un Discollins enflammé (de loin leur meilleure chanson), qui se termine par un segment pré-enregistré qui se poursuivra après le départ des musiciens sur scène, comme pour illustrer ce qu’Anatole soulignait dans la vidéo ci-haut : « c’est la démonstration que tout ce qui est sur scène est artifice. »

Comme dans « feux d’artifice ».

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