Critique Album: Emma-Lee – Backseat Heroine

Critique Album: Emma-Lee – Backseat Heroine

Publié le
Jean-François Tremblay

Collaborateur (Ontario)

Emma-Lee - Backseat HeroineEmma-LeeBackseat Heroine

Critique Quiconque suit de près l’actualité musicale canadienne aura entendu le nom d’Emma-Lee. Avec son album Never Just a Dream, en 2009, la jeune auteure-compositrice-interprète a conquis le cœur de plusieurs mélomanes avec un jazz-pop très contrôlé, nuancé et délicat, et une voix qui chatouille agréablement l’oreille. Trois ans plus tard, elle est de retour avec Backseat Heroine : un album beaucoup plus rythmé, amalgame de rock, pop,  et country qui devrait la faire découvrir à un tout autre public. Une œuvre de qualité qui s’inscrit dans une démarche artistique libre de toutes contraintes.

Dès les premières notes de Not Coming By, dont elle a écrit paroles et musique, on se rend compte qu’Emma-Lee veut nous emmener ailleurs que sur son premier disque. Plus déterminée, voire féroce, on est loin ici des épanchements mélancoliques et jazzy de Never Just A Dream.

Avec l’aide de différents collaborateurs au niveau de l’écriture, Emma-Lee s’est prémunie d’une collection de chansons qui, de son propre aveu, n’endormiront pas les gens lors des spectacles.

Avec Nicole Atkins, qui lui a donné un bon coup de pouce pour la composition en général, elle a coécrit la pièce-titre Backseat Heroine qui, si l’on connaît un peu Atkins, est tout à fait dans l’esprit des chansons de la belle Américaine. Avec un titre annonciateur d’une certaine ironie, la ballade semi-country traite de déception amoureuse avec juste assez de détachement et d’humour pour éviter de tomber dans le pathos.

Même la pochette, signée Michael Michael Motorcycle (qui a dessiné pour Portishead, The Decemberists, Nick Cave et plusieurs autres), et qui rappelle un peu celle de Clouds de Joni Mitchell, évoque les contrastes présents sur le disque, avec une Emma-Lee entourée de fleurs, d’un scorpion papillon et d’une panthère noire.

Entourée de musiciens chevronnés, tous issus de la scène rock indie canadienne, Emma-Lee a construit un album délectable, aux sonorités riches et diverses. La réalisation, cosignée Karen Kosowski (que l’on a vue aux côtés de Sarah Slean lors de sa plus récente tournée) et Marc Rogers (bassiste pour Michael Kaeshammer, entre autres) sert bien les intérêts de la chanteuse, à la fois sauvage et faisant preuve de classe, mélangeant instrumentation rock et classique.

Plusieurs titres sont très accrocheurs et auraient leur place parmi les pièces en rotation de diverses stations de radio : I’ll Dream For You est une pièce charmante qui vous reste longtemps en tête, tandis que Figure It Out (coécrite avec Karen Kosowski) a un petit côté rétro très sympathique et un rythme terriblement entraînant. Cette pièce offre également la chance à Emma-Lee de démontrer l’étendue de ses capacités vocales, qui se sont améliorées depuis le premier album.

Today’s Another Yesterday est une composition cosignée et chantée en duo par Emma-Lee et Luke Doucet, un jeune vétéran de la scène Canadienne. Quoique mélancolique, la chanson s’avère très jolie et un beau moment de l’album.

On ne dénote pas vraiment de points négatifs à ce joli petit disque de 45 minutes. Il n’y a pas vraiment de moments faibles. Et lorsque le tout semble vouloir s’essouffler avec quelques pièces plus lentes, la chanteuse nous arrive avec Shadow of a Ghost, un rock enlevant sur lequel elle chante avec enthousiasme et énergie, d’une voix puissante et pleine d’émotions.

Pour clore le tout, Emma-Lee s’est associée avec Jill Barber, et ensemble ont cosigné I Could Live With Dying Tonight, poignante finale d’un disque d’une très grande finesse, deuxième proposition d’une artiste à l’avenir très prometteur.


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