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Critique album | Monkeyjunk – All Frequencies

Monkeyjunk - All Frequencies Monkeyjunk All Frequencies

Maintenant on les connaît. Après quatre ans et deux précédents albums sur lesquels ils nous ont fait taper du pied allègrement, on sait à quoi s’attendre du blues musclé et « swampy » de MonkeyJunk. Et sur All Frequencies, sa plus récente offrande, le trio ottavien ne déçoit pas et en rajoute ; tout est plus concentré, précisé, fignolé et même, dirait-on, plus relax.

Tout de suite ça démarre sur les chapeaux de roues avec You Make a Mess. La batterie martelée vigoureusement par Matt Sobb, suivie de l’orgue de Steve Marriner et finalement de la guitare de Tony D ne nous laissent pas souffler. Et dès qu’on entend la voix de Marriner, on a l’impression de retrouver de vieux amis. Ce ton de voix chaleureux, sorti d’un autre temps, qui semble avoir baigné dans le blues depuis toujours. De la trempe d’un Andrew Strong, d’un Dan Auerbach, avec des inflexions à la Taj Mahal, Marriner nous fait partager sans effort ses émotions.

Son jeu à l’harmonica est également empreint d’une grande sensibilité, comme le témoigne la pièce Right From Wrong (où ses échanges avec la guitare de Tony D. sont jouissifs). Notons aussi la funky Je Nah Say Kwah, sur laquelle figure un superbe solo de Marriner. Le titre rigolo est à l’image de la chanson, une pièce dansante qui contient tous les éléments d’un potentiel succès radiophonique.

 

Tony D. en met plein la vue

Ceci dit, s’il y a une vedette dans le groupe, c’est Tony D.  Autant sur disque que sur scène, le guitariste épate. Son jeu complémente à la perfection la voix de Marriner et le travail de Matt Sobb. Sur Sirens in the night, son instrument appuie la mélodie chantée, et les différentes couches de guitare électrique donnent du corps à la pièce qui déjà, grâce à la batterie, est très dynamique.

S’il y a quelques rares moments moins excitants sur le disque – la fade Yearnin’ For Yesterday, par exemple – d’autres sont très inspirés, telle que la reprise de Why are people like that?, popularisée par  Muddy Waters en 1975, où le groupe semble prendre son pied.

La réalisation de Steve Marriner et de Ken Friesen permet au côté sale et marécageux du groupe de cohabiter sans problème avec une sonorité plus moderne et « commerciale ». Les deux aspects se mélangent bien. Le groupe semble plus à l’aise que sur les disques précédents, résultat probable des longs mois passés sur la route et sur scène. Il semble mieux se connaître, il respire la confiance, et le son est davantage raffiné, tout en gardant le côté souillon qui est nécessaire pour ce genre de musique.

Fidèle à son habitude, MonkeyJunk clôt son album par une instrumentale, l’excellente Swank, sur laquelle on retrouve principalement l’orgue de Marriner. La pièce semble tout droit sortie de la tête (et des doigts) de Booker T. Jones et dure plus de 7 minutes. Mais jamais on ne s’ennuie. Lorsque la guitare fait son apparition en cours de route, et que le rythme devient plus lascif,  on sait qu’on a droit à quelque chose de spécial, et l’ensemble est jubilatoire.

All Frequencies est l’œuvre d’une formation qui a atteint le stade où elle sait parfaitement bien qui elle est et ce qu’elle veut. Et malgré la nature plaintive de son style musical, MonkeyJunk semble offrir ces chansons avec un plaisir contagieux.

 

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