Julien Sagot
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Critique concert: Rentrée montréalaise de Julien Sagot au cabaret La Tulipe

Vendredi 20 avril 2012 – La Tulipe (Montréal)

La carrière solo de Julien Sagot – autrement percussionniste de Karkwa – franchissait une nouvelle étape importante avec sa rentrée montréalaise au cabaret La Tulipe, rue Papineau à Montréal. Le public pouvait enfin découvrir quelle forme prend l’univers somptueux et mystérieux de Piano Mal sur scène…

Premier vrai gros concert pour Julien Sagot, donc, en tant que capitaine du bateau. Avec un seul album en poche, on pouvait s’attendre à un concert assez court, ce qui n’a pas vraiment été le cas. Un peu plus d’une heure pour un premier show solo, c’est plutôt respectable.

Pour ce faire, Julien Sagot a inséré au milieu du set une reprise d’une chanson méconnue de François Béranger, Les Squelettes – tout à fait complémentaire à l’univers de Sagot –  ainsi qu’une version électrifiée et accélérée de Pili Pili, qu’il avait composée et enregistrée avec Karkwa (sur Les Tremblements s’immobilisent), au rappel.  Bien que pratiquement méconnaissable, cette dernière était bien intéressante et faisait foi de l’inventivité de Sagot et de ses musiciens en matière d’arrangements.

Pour le reste, toutes les chansons de Piano Mal ont été interprétées, dans un ordre plutôt ingénieux qui nous conduit à une finale très satisfaisante (Le Temps des vendanges et Château Rouge).

 

Volatile et enivrant

Entouré de Marc Dionne à la guitare, Martin Lamontagne à la basse, Martin Lizotte aux claviers et à la voix et Joseph Perreault à la batterie, Sagot brode autour de ses compositions, allongeant certaines pièces et dévoilant un pan plus volatile, imprévisible et certes fascinant de ses chansons.

Avouons tout de même que, sans être hermétique, la proposition sur scène n’est pas ce qu’il y a de plus accessible. Les envolées électriques et les introductions noise créent un fin brouillard entre le spectateur et ce qui se passe sur scène. L’auditeur peu familier avec le contenu de Piano Mal devait peiner à trouver des points de repères. Mais pour l’initié, l’expérience du concert ajoute une dimension toute autre à notre rapport à Sagot et sa musique.

Toutefois, c’est là où le charisme de l’artiste devrait servir de pont avec l’auditoire. Ses interventions, un peu brouillonnes, pourraient contribuer grandement à nous faire pénétrer dans sa bulle. Sans doute un brin intimidé par l’expérience ou, peut-être par moments, trop absorbé par les jams entre musiciens, Sagot fixait souvent le sol, comme un vieux réflexe de percussionniste qui oublie qu’il est désormais le centre d’attention sur scène.

En tout cas, son interprétation, tout comme celle de ses musiciens, ne manquait pas d’assurance. Au contraire, on les sentait investis, s’éclatant dans les moments musicaux aux multiples degrés d’intensité.

La voix rauque et basse de Sagot rappelle encore plus Arthur H que sur disque, bien qu’elle soit parfois un peu étouffée. Les ingénieux ajouts d’une seconde voix plus haute que l’on retrouve sur disque sont reproduits ici par Martin Lizotte, dans la plupart des cas. Ceux-ci manquaient parfois de volume, notamment sur Les Champs de coton où la voix de tête rehausse habituellement les « refrains », mais pas tant hier.

Tout de même, pour une première rencontre avec un univers aussi touffu que celui de Sagot tout en étant bien distinct de ce que proposait Karkwa, l’expérience est réussie. Il sera d’autant plus intéressant de voir tout ça évoluer avec le temps.

Grille de chansons

1. S.O.S. Panda
2. Trucifié
3. Piano Mal
4. Qui
5. Les Champs de coton
6. Février
7. Les Squelettes (reprise de François Béranger)
8. Palissade
9. Une Vieille Taupe
10. Le Temps des vendanges
11. Château Rouge

Rappel
Pili Pili (chanson de Karkwa)

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