Martin Levac
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Critique concert: Martin Levac au Lion d’Or

L’été dernier, Martin Levac lançait son plus récent album : A Visible Jazz Touch of… Genesis.  Sur ce disque, « le Phil Collins québécois » nous présentait des morceaux tirés de la carrière du groupe progressif Genesis sous une lumière nouvelle, c’est-à-dire à la sauce lounge. Le mot « lounge » n’est pas utilisé ici de manière péjorative, mais plutôt pour illustrer le type de musique que Levac propose, et qu’il est venu présenter jeudi soir au Cabaret du Lion D’Or (une deuxième représentation aura lieu ce vendredi). Une musique jazz très cool, élégante, qui swing parfois.

Photo par Renaud Sakelaris

Dans l’ambiance feutrée et antique du Cabaret, endroit rêvé pour ce type de musique, et sous des éclairages soignés, Levac et son groupe ont entamé la soirée avec Turn It On Again, qui a perdu un peu de son pep dans la transformation vers le jazz, mais rien de son humour.

Et ceci est l’un des éléments qui font de Martin Levac un bon artiste de scène : l’humour, ainsi que son contact formidable avec le public. Il est entré sur scène en affichant une très grande assurance et a gardé cette attitude pendant les deux heures et demie de la performance.

Si certaines pièces collent un peu trop aux originales (c’est le cas notamment de A Trick of the Tail), d’autres sont avantagées par les nouveaux arrangements, comme la sensible Hold on My Heart ou encore Many Too Many, que Levac a arrangée avec son vieux copain de The Musical Box, David Myers. Sur scène, la tâche d’interpréter cette pièce au piano est revenue au vétéran Mario Fraser, et celui-ci a offert une prestation formidable tout au long du spectacle. Son jeu sur Afterglow, More Fool Me (excellente version que Levac chante une octave plus bas que Collins) ou encore son intro de Mama font partie des points forts de la soirée.

Bien accompagné sur scène

Photo par Renaud Sakelaris

Autre excellent musicien, le guitariste Frédérick Doiron a offert quelques sublimes solos. L’instrumentale Wot Gorilla? a d’ailleurs donné lieu à de délicieux échanges musicaux entre lui et Mario Fraser.

Derrière la batterie, la talentueuse Emmanuelle Caplette a tenu le rythme avec brio, et a particulièrement brillé lors du fameux Drum Duet (que Phil Collins a instauré dans les spectacles de Genesis et qu’il partageait avec Chester Thompson). Ici, Levac et elle se sont lancé la balle musicale pendant plusieurs minutes, électrisant la salle et offrant ainsi un bien bon moment.

Quant à Mathieu Gagné, à la contrebasse, un peu plus effacé que les autres, il s’est illustré surtout sur la pièce I Can’t Dance. Cette dernière, que l’on ne retrouve pas sur le disque de Levac (dont plusieurs autres d’ailleurs – il y aurait là matériel pour un second volume), a été complètement transformée et le résultat, un genre de scat déjanté, est agréablement surprenant.

Au niveau vocal, Martin Levac fut excellent. Mad Man Moon fut nuancée et éblouissante à souhait, tandis que Mama fut d’une intensité à donner des frissons. Seule Ripples, cette jolie ballade de 1976 que Levac et Doiron ont joués en rappel, a su nous faire voir les limitations de la voix du chanteur, qui a eu quelques difficultés avec les notes haut perchées.

Photo par Renaud Sakelaris

Ceci dit, l’émule de Phil Collins s’en est tiré remarquablement. Tout comme il le faisait dans Dance Into the Light et durant ses années avec The Musical Box, il reprend les tics et maniérismes de son idole, jusque dans la manière de jouer de la tambourine et d’animer la foule. Son enthousiasme est contagieux, et on se prend au jeu.

Contrairement à Dance Into the Light et The Musical Box, où il était emprisonné dans un moule, Levac peut se laisser aller avec ses versions jazz, et c’est ce qu’il a fait sur scène. L’interprète était visiblement heureux.

On pourrait questionner la pertinence d’un tel exercice, mais ceci n’est en rien différent de Buddy Rich ou Ella Fitzgerald qui reprennent les Beatles, et de toutes les oeuvres rock qui ont été jazzifiées au fil du temps. Martin Levac offre, avec ses reprises jazz de Genesis, un spectacle divertissant, rafraîchissant, et très professionnel, qui fait découvrir ces vieux classiques sous un autre jour, un spectacle sans prétention qui s’adresse à un peu tout le monde.

 

Grille des chansons :

  1. Turn It On Again
  2. Hold On My Heart
  3. A Trick Of The Tail
  4. Land of Confusion
  5. Afterglow
  6. Wot Gorilla?
  7. Misunderstanding
  8. Many Too Many
  9. Mad Man Moon
  10. That’s All

Entracte

  1. More Fool Me
  2. For Absent Friends
  3. Invisible Touch
  4. Mama
  5. Drum Dute
  6. No Reply At All
  7. Follow You Follow Me
  8. I Can’t Dance
  9. Throwing It All Away

Rappel

  1. Ripples
  2. I Know What I Like
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