Connan Mockasin
Critique Publié le

Critique | Connan Mockasin au Cabaret Mile-End : Un gros love-in

Par un dimanche soir pluvieux où il n’y avait vraiment rien de mieux à faire, le Cabaret Mile-End s’est transformé en gros love-in imprévisible, grâce à la toute première visite à Montréal de l’excentrique Néo-Zélandais Connan Mockasin.

En cette ère de prolifération des trames préenregistrées et du spectacle rodé au quart de tour, Connan Mockasin rame à contre-courant, c’est le moins qu’on puisse dire.  Très peu pour lui les prestations avec un début précis, un point d’arrivée établi à l’avance et une durée clairement déterminée.

Ses musiciens et lui se lancent dans l’inconnu, et empruntent divers détours au gré de la réceptivité de l’auditoire devant eux. Et la foule montréalaise s’est avérée assez réceptive merci, ce qui a donné lieu à un long voyage psychédélique de plus de deux heures.

Connan a débuté le concert au beau milieu du plancher, après avoir pris la peine de faire agenouiller un tiers de la salle. Sans raison, vraiment : comme s’il voulait profiter de cette mise en appétit – un long solo de guitare sur groove sensuel – pour mesurer le genre d’énergie que lui procureraient les spectateurs.

Puis, c’était parti pour la gloire avec It’s Choade My Dear, suivie de l’onirique Faking Jazz Together, transformée, mais toujours avec cette voix androgyne si étrange et particulière.

À peine trois titres de joués et cela faisait près de 45 minutes que la bande était sur scène. Les titres sont reconnaissables en raison de leurs mélodies vocales et des guitares électriques pleines de réverbérations, à la Mac Demarco, mais la structure des titres des deux derniers albums foutent le camp. Le temps se suspend, la durée des pièces devient pour le moins élastique… On navigue dans l’expérimental soft, et l’auditeur doit se laisser transporter pour en apprécier le résultat.

Vint I’m The Man, That Will Find You, nouveau single lover à souhait, que tout le monde reconnait et acclame. Appelée à fredonner la mélodie dans l’interlude, la foule répond spontanément avec des bruits de chaton. Il n’en fallait pas plus pour stimuler l’inventif hippie blondinet : « Where’s The Dog? », lance-t-il, visiblement ravi du petit jeu proposé par ses spectateurs montréalais, qu’il tenait désormais dans la paume de sa main blême.

Comme si la musique n’était pas assez propice aux « rapprochements » déjà, les vêtements ont pris le bord.  On se trouvait désormais en territoire semi-nudiste, huit des neuf personnes sur scène affichant fièrement leur peau. La seule dame du lot s’est évidemment gardé une petite gêne, même si Connan a répété ad nauseam que c’était son anniversaire… Quoi qu’il en soit, les musiciens déconnaient entre eux et avec la foule, invitant même quelques aventureux à prendre part à quelques moments de mise en scène improvisée, finalement pas très intéressants. C’est le prix à payer pour tenter des choses.

La soirée s’est conclue avec Do I Make You Feel Shy, puis un « rappel » (sans jamais quitter la scène – on nous l’a annoncé, tout bonnement, de façon laconique) de près d’une heure, avec I Wanna Roll With You, au bout d’un autre long solo de guitare au milieu de la foule.

Une soirée étrange, chaotique, un genre de pow-wow hippie qui s’étirait par moments, mais marquait tout de même les esprits par cette approche empreinte d’ouverture et d’imprévisibilité.

Vos commentaires