Fred Pellerin
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Critique | Fred Pellerin présente De Peigne et de misère à Montréal

Mardi 16 octobre 2012 – Théâtre Outremont (Montréal)

Ça bourdonnait au Théâtre Outremont, mardi soir. Devant une salle gratinée à souhait, notre conteux-poète national Fred Pellerin présentait la première médiatique de son spectacle De Peigne et de misère: une toute nouvelle incursion dans le foisonnant imaginaire du désormais célèbre villageois en verve.

Photo par Marc-André Mongrain.

Bien que tout le Québec semble avoir craqué pour ses films et ses chansons, Fred Pellerin demeure encore et toujours un conteur sans pareil.

Cette fois, son délicieux délire narratif prend naissance par Le Commencement du monde, carrément. Un événement originel que sa grand-mère a justement eu l’occasion de vivre, tiens donc.

S’ensuit une courte genèse du village de Saint-Élie-de-Caxton, prétexte pour présenter à nouveau quelques-uns des personnages que nous connaissons à présent:  Toussaint Brodeur, la belle Lurette, la mère Gélinas et ses 467 enfants et le forgeron, notamment.

Mais le personnage central, ici, c’est Méo, qui exerce « le plus vieux métier du monde ».  Il est barbier, bien sur.

Virtuose du jeu de mots, Fred Pellerin relate de façon colorée le récit de l’amour impossible entre Méo et Solange, la nonne qui avait fait voeu de suçage (de paparmane), puis celle suspectée entre le curé au « chien bernard » et la rousse crépue de Saint-Barnabé-Nord.

La tendresse fuse de toute part lors de ces moments semi-improvisés, imbibés de l’imaginaire extrapolé de ce petit village mauricien plus grand que nature, surtout lorsque raconté par son principal ambassadeur.

Photo par Marc-André Mongrain.

L’humour omniprésent lors des contes fait place à une douce affectivité lors des chansons qui ponctuent le tout.

La deuxième moitié du spectacle relève de l’exploit. D’abord parce que Fred Pellerin ramène adroitement plusieurs allusions des contes précédents. Mais surtout pour le numéro final.

Avec une voix tremblotante qui trahit la lourdeur du sujet sur sa conscience, Fred Pellerin évoque rien de moins qu’une fin du monde imaginée, causée par l’emprise de la piastre. À moins que l’espoir permette notre survie…

Le numéro se termine sur une sublime interprétation, au chant et à l’accordéon, de la plus belle des chansons de Desjardins, tout à fait appropriée. Et réappropriée. On pouvait pratiquement entendre 1000 boules passer dans les gorges déployées 10 minutes plus tôt.

Brillante chute, théâtrale, puissante, à fendre l’âme.

« Je sais que c’est un peu à contre-sens, mon affaire de conte, dans le paysage culturel, a-t-il souligné à la foule au terme de son spectacle, après une ovation bien sentie. Mais ça fait plaisir de se dire qu’on peut encore prendre la parole. »

Quand la poésie nous est ainsi apprêtée, on a effectivement envie de croire que le monde atteindrait sa fin au bout de quatre ans sans conte, comme le prétend sa grand-mère. Ce qui ferait de Fred Pellerin une sortie de messie de l’espoir. Un constat presque moins exagéré que ses contes…

* Le spectacle De Peigne et de misère, de Fred Pellerin, sera présenté à nouveau le mercredi 17 octobre 2012 au Théâtre Outremont, puis les 18 et 19 octobre au Théâtre Maisonneuve. Ces représentations sont toutefois à guichet fermé.  Des supplémentaires ont été ajoutées les 3 et 4 octobre 2013. Également en tournée aux quatre coins du Québec jusqu’à la fin 2013 (minimum).

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