Guillaume Wagner
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Critique | Guillaume Wagner au Théâtre St-Denis à Montréal

Mercredi 17 octobre 2012 – Théâtre St-Denis 2 (Montréal)

Guillaume Wagner franchissait ce mercredi soir une étape cruciale dans l’ascension de sa carrière: la rentrée montréalaise de son premier one-man show, Cinglant. Pour un humoriste présumément urbain, ça devait lever ce soir, dans la grande ville.  Ses deux heures de stand-up à l’Américaine, livrées avec aise et confiance, ont atteint la cible.

Elle était là, béante, cette niche d’humoriste vingtenaire québécois à l’image de sa génération.

Quelqu’un de baveux, de direct, d’articulé, de 2.0, qui comprend, vit, accepte et critique les travers et les forces de la génération Facebook.

Quelqu’un qui se refuse à certains compromis, quitte à mettre un X sur le public « matante » prêt à payer 75$ le billet pour voir son « show comique » annuel à l’Étoile Banque Nationale.

Quelqu’un qui ose être déplacé quand il le faut. C’est-à-dire souvent.

Déjà, en titrant son premier one-man show Cinglant, Guillaume Wagner s’était un peu peinturé dans le coin. C’est risqué de se dire « hard » en 2012,  à l’ère de YouTube, à une époque où les pires inepties sont télédiffusées en toute liberté.  Le Québec, comme certains le prétendent, préfère ses humoristes plutôt gentils-gentils.

Guillaume Wagner devait donc marcher tel un funambule sur la mince ligne entre le déplacé et l’acceptable, en débordant occasionnellement du premier côté. Se faufiler entre le « hard pour être hard » de Mike Ward et les montées de lait du Gros Cave, mettons.

 

Le franc-parler moderne

Le grand humoriste a d’abord abordé ses récents démêlés médiatiques avec Radio X, le temps de quelques boutades bien lancées.

On comprend rapidement que le langage cru sera employé tout au long de la soirée, sans ménagement, mais pas trop vulgaire. On constate aussi que Guillaume Wagner aura fréquemment recours à des jokes de cul pour illustrer ses propos, des blagues souvent un peu grossières, mais qui décoincent.  Le vingtenaire moyen, de toute façon, aborde la sexualité avec un détachement notoire digne d’une génération pour qui la porno fait partie du paysage ambiant. Wagner incarne bien ce « j’en-ai-vu-d’autres ».

Tout ça pour dire qu’il y a de l’humour de bar dans le matériel relativement peaufiné de Wagner, juste assez pour ajouter du piquant. Il faut dire qu’avec l’apport de Jean-François Mercier à la script-édition, les proverbiaux gants blancs devaient rester dans leur emballage.

Après s’être longuement adonné à un numéro sur les irritants du couple moderne et les différences homme-femme en début de spectacle, Wagner devient plus pertinent lorsqu’il s’exprime sur divers sujets sociaux, de la politique (sans lourdeur) à la culture, en passant par un numéro assez convaincant sur l’homophobie.

La deuxième partie du spectacle est mieux construite que la première, déclenche davantage le rire et ébranle quelques consciences. En même temps, on en apprend davantage sur lui, de façon moins anecdotique qu’un Alexandre Barrette par exemple. Guillaume Wagner nous expose plutôt le fond de sa pensée, des réflexions souvent pertinentes sur divers sujets.

Il y avait longtemps qu’on avait assisté à un show aussi frondeur et intempérant de la part d’un humoriste voué à une carrière pan-québécoise. Souhaitons maintenant que le succès lui sourisse et que ça inspire d’autres jeunes humoristes à bousculer les rites de la bienséance en humour.

* À conseiller pour amateurs de : Martin Petit, Mike Ward, Jean-François Mercier.

* À déconseiller pour amateurs de : Les Grandes Gueules, Alexandre Barrette, Mario Jean, Lise Dion.

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