James Blake
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Critique | James Blake au Métropolis

Originalement prévu en mai avant d’être reporté à deux semaines de préavis, le retour tant attendu de James Blake à Montréal a finalement eu lieu samedi soir et n’a certainement pas déçu. Moins de deux semaines après avoir remporté le prestigieux prix Mercury pour son plus récent album Overgrown, le Métropolis affichait non seulement complet, mais il y régnait un sentiment d’anticipation presque palpable.

Il y a quelque chose de magique dans le succès de James Blake. Les ingrédients proposés ont pourtant été rassemblés souvent par le passé : voix soul cristalline, mélodies de piano à fleur de peau, rythmes électro downtempo, groove langoureux… c’est la formule parfaite pour du bon vieux baby-making music.

Photo par Marc-André Mongrain.

Photo par Marc-André Mongrain.

Si le compact – les deux disques, en fait – favorisent les rapprochements, l’effet est quintuplé en spectacle.  Le chant de Blake est aussi expressif et juste que sur album, sa voix glisse tout le long de la gamme avec une aisance à rendre jaloux.  Le petit côté Nick Drake en lui transparaît autant sur scène, amplifié même par sa présence timide ou mystérieuse. (D’ailleurs, l’artiste n’était jamais éclairé de front…)

Mais c’est surtout sur le plan musical que le live devient intéressant. En formule trio, James Blake dirige une troupe minimaliste qui excelle à marier l’organique au synthétique, en modifiant légèrement les structures sans altérer les tempos, soigneusement choisis afin de créer l’effet désiré.

Le meilleur exemple : le hit Limit To Your Love, qui prend des airs de reggae-dub surprenants. La version endisquée sur le premier album étant déjà passablement différente de l’originale – il s’agit d’une reprise de Feist, pour ceux qui l’ignoreraient – voilà que la mouture live ajoute encore un autre point de vue sur cette jolie chanson.

Photo par Marc-André Mongrain.

Photo par Marc-André Mongrain.

À l’exception de Voyeur – très « dance » – l’ensemble de la soirée s’est déroulée dans une atmosphère de calme et de délicatesse, supportée par une sono impeccable. Les basses fréquences étaient un peu excessives par moments, mais pour le reste, les arrangements, la voix de Blake et les trames préenregistrées se mariaient parfaitement dans l’espace du Métropolis. D’une rare qualité.

Au rappel, après 90 minutes et seize titres, le Britannique est revenu seul sur scène pour interpréter une chanson qu’il ne joue pas souvent, apparemment : la jolie Measurements, presque gospel. Encore une fois, James Blake fait de la magie avec une formule surutilisée : la fameuse pédale de loop. La simplicité de l’exercice aurait pu agacer : il chante la boucle a cappella, puis la reprend en harmonisant avec sa première trame et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’on se retrouve avec une chorale de Blake-exposant-cinq.  Pour la fraîcheur du truc, on repassera, mais reste que le résultat était épatant, senti, hypnotisant.

Quand l’artiste a quitté (pour de bon cette fois), laissant sa chorale narcissique jouer en boucle, les lumières de la salle se sont rapidement allumées alors que No No No de Dawn Penn prenait le relais pour accompagner les spectateurs vers le vestiaire, comme un réveil soudain.

Quelle chouette soirée, du début à la fin.

james-blake-montreal-2013-01

 

Grille de chansons

1. I Never Learnt To Share
2. Life Round Here / Come Thru
3. To The Last
4. Air and Lack Thereof
5. CMYK
6. Overgrown
7. I Am Sold
8. Digital Lion
9. Our Love Comes Back
10. Case Of You
11. Lindisfarne
12. Limit To Your Love
13. Klavierwerke
14. Voyeur
15. Retrograde
16. Wilhelm Scream

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