Tanya Tagaq
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Critique spectacle: Tanya Tagaq à Montréal

Mardi 8 février 2010 – Théâtre La Chapelle (Montréal)

L’artiste vocale inuit Tanya Tagaq donnait hier soir le premier d’une série de quatre spectacles en formule trio au Théâtre La Chapelle, à Montréal.

Fusionnant prodigieusement le chant de gorge inuit et la musique actuelle, Tanya Tagaq et ses deux complices (le violoniste Jesse Zubot et le batteur/percussionniste Jean Martin) proposent une prestation semi-improvisée, déroutante et enivrante.


La Bjork du Nunavut

Certains la connaissent pour ses collaborations avec Bjork (la chanson Ancestors sur l’album Medúlla), le Kronos Quartet et Mike Patton (Faith No More, Mr Bungle, Fantomas, Tomahawk). On a d’ailleurs souvent tracé des comparaisons entre Tagaq et cette première.

L’artiste originaire de Cambridge Bay, au Nunavut, a aussi fait paraître deux albums sur lesquels elle allie sa technique vocale particulière à une musique tour à tour folk, hip-hop, électro et même presque pop: Sinaa (2005) et Auk/Blood (2008), paru sous l’étiquette Ipecac Recordings, qui appartient à Mike Patton.


Des tableaux improvisés

Toutefois, très peu d’éléments de ces deux disques se trouvent directement transposés dans la prestation du Tanya Tagaq Trio, qui préfère y aller de séquences improvisées bien maîtrisées pour nous plonger dans son univers fascinant, proposant une large palette d’émotions.

Il faut dire que Tagaq s’est bien entourée: Jesse Zubot (du duo Zubot & Dawson) génère un environnement mélodique hors du commun avec son utilisation peu orthodoxe du violon et d’un ensemble de pédales à effets, alors que le batteur Jean Martin (un Torontois) accentue l’aspect rythmique de l’art de Tanya Tagaq.

Ensemble, les trois complices semblent en parfait contrôle de leur univers. Le spectateur, lui, est dérouté et devant le peu de points de repères, n’a d’autres choix que de se  laisser aspirer dans les « univers parallèles » sonores qui se créent devant lui.


« J’espère que je ne vous causerai pas de cauchemares! »

D’emblée, la virtuosité nous happe, mais la créativité prend vite le dessus et l’ambiance musicale évoque rapidement l’émerveillement, la grâce, puis la souffrance.

Le souffle et les geignements donnent parfois un aspect charnel à l’expérience alors que les grognements nous rapportent à quelque chose d’animal ou de terrifiant.  Un contraste étonnant avec le charme timide et presque maternel de la dame lorsqu’elle s’adresse à l’auditoire entre les morceaux.

Sa prestance est aussi fascinante à observer que la musique ne l’est à écouter. À mi-chemin entre une artiste en état de transe et une gamine se laissant emporter par son imaginaire, Tanya Tagaq se donne corps et âme à sa musique et se laisse parfois même soûler par les ambiances créées par ses deux musiciens, sans intervenir.

Visuellement captivant et musicalement déconcertant, le Tanya Tagaq Trio ne laisse certainement pas indifférent.

Une expérience stupéfiante.



* Tanya Tagaq poursuivra sa série de spectacles au Théâtre La Chapelle, à Montréal, les 9, 10 et 11 février, puis se rendra à Sherbrooke pour une représentation au Théâtre Centennial le dimanche 13 février.

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