Tales From Odessa
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Critique | Tales from Odessa : une comédie musicale signée SoCalled au Centre Segal

Sors-tu.ca a été invité à une soirée qui sort de l’ordinaire : la première médiatique de Tales from Odessa, une comédie musicale yiddish inspirée des nouvelles de l’avant-gardiste écrivain russe juif Isaak Babel. Ce qui titillait notre curiosité : la comédie musicale est une création de Josh Dolgin, producteur, compositeur, rappeur et chanteur montréalais ou, si vous préférez, la vedette pop klezmer montréalaise SoCalled.

En première mondiale, la comédie musicale, d’une durée de 75 minutes sans entracte, implique 32 acteurs et un orchestre klezmer de 7 musiciens, et situe l’action un peu avant l’Holocauste à Odessa, une ville portuaire ukrainienne. Dans le quartier juif de Moldavanka, on assiste à l’ascension au pouvoir de Benya Krik (l’excellent Gab Desmond), fils de charretier, jusqu’à ce que ses contemporains le proclament Roi (de la pègre !).

Photo par Valérie Patry.

Photo par Valérie Patry.

Dès les premières minutes, la trentaine d’interprètes envahit les planches dans une scène de banquet de mariage, tous chantant en chœur (et en yiddish) et célébrant les noces de la sœur du Roi, avant d’être interrompus par l’arrivée d’une gamine annonçant une éventuelle descente de la police. Point de départ et d’arrivée de l’histoire, cette scène s’efface pour laisser place à un vieillard contant à un garçonnet les frasques de Benya, ses déboires familiaux, ses coups pendables et ses hauts faits, et nous voilà introduits dans l’univers d’Odessa et de ses gangsters.

Dans l’espace intime du Segal, par le biais de jeux d’ombres dynamiques, rafraichissants et évocateurs, les personnages évoluent sur une scène presque toujours dénudée d’accessoires et de mobilier. Le décor, en arrière-plan – des immeubles du quartier – permet aux acteurs de bénéficier d’un maximum d’espace de jeu pour donner vie aux divers tableaux qui ponctuent Tales from Odessa et son antihéros qui gravit les échelons du gangstérisme.

Si les quelques chorégraphies ne semblaient pas toujours au point et manquaient de rigueur – problèmes de synchronisme, notamment – et que la performance des acteurs était chez quelques-uns inégale, l’ensemble de la pièce était plus que convaincant.

C’est en grande partie grâce à l’apport non négligeable et à la performance soutenue des musiciens, sur scène côté cour, en retrait mais bien visibles, que l’évolution de l’histoire, toute en musique, prenait son sens – et toutes ses couleurs. Mention au chœur des hommes et à la clarinette, omniprésente, comme un personnage à part entière qui nous guiderait au fil de l’histoire – et des émotions.

Autrement, sans être des plus impressionnantes, les voix des acteurs sonnaient somme toute presque toujours juste et donnaient à entendre un ensemble qui se tenait. Chapeau : ce n’est pas tous les jours qu’on assiste à un music-hall en yiddish !

En entrevue précédemment avec Sors-tu.ca à l’occasion d’une répétition, Socalled semblait caresser le projet d’exporter Tales from Odessa dans les autres théâtre yiddish de la planète (Varsovie, Israël, New York…), et c’est ce que nous lui souhaitons !

Son génie musical, mis au service de la découverte d’un univers que nous connaissons peu, à la fois très contemporain et traditionnel, devient une formidable occasion d’en apprendre davantage au sujet de la culture yiddish et de son héritage, ne serait-ce que musical.

Tales from Odessa

Mise en scène : Audrey Finkelstein
Direction musicale : Nick Burgess
Paroles et musique : Josh Dolgin (Socalled)
Livret : Derek Goldman

Jusqu’au 7 juillet au Centre Segal des arts de la scène
En yiddish avec surtitres français et anglais

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