Critique théâtre : D pour Dieu? au Théâtre d’Aujourd’hui

D pour Dieu?  est la plus récente question que se pose le prolifique Simon Boudreault dans sa dernière pièce du même nom, présentée à la salle Jean-Claude Germain du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 19 mai.  Sous la gouverne de Simoniaques Théâtre, Boudreault propose une remise en perspective de ce qu’est Dieu à chaque étape d’une vie, à travers ce spectacle où musicien, marionnettes et comédiens s’échangent le micro. Sur scène, Simon Boudreault, Karine St-Arnaud et Maxime Veilleux.

Il ne faudrait pas croire à une pièce qui remet en question les religions et leurs enjeux, la foi chrétienne ou la raison de Dieu.  En fait, c’est le rapport à nous-mêmes nous positionnant dans l’univers que Boudreault interroge ici.  Usant de mémoires sur sa propre vie, il philosophe sur les différentes représentations divines qui se pointent durant notre évolution.  Du corps de notre mère, où nous régnons en maîtres, jusqu’au jour de la purée de navet, enfoncée sans vergogne pour nous détrôner à fils de dieux (nos parents), et non Dieu lui-même.

L’analogie se décline ainsi durant les deux heures de spectacle, allant de l’enfance à l’adolescence, où l’on voue un culte au premier amour, qui devient Dieu à son tour, pour finir par ne plus croire en rien, désillusionné. La force d’écriture de Simon Boudreault réside dans le fil qui tient sa pensée et cette toile qu’il réussit à tisser sous nos yeux.

 

Une pièce teintée d’inégalité

Par contre, les comparaisons terminant chacune des phrases de ses envolées philosophiques finissent par lasser de leur abondance.  Certaines constituent d’excellents punchs alors que d’autres tendent à nous perdre au détour.  Mais l’interprétation de tous est impeccable, la comédienne et marionnettiste Karine St-Arnaud ponctue et allège le texte qui aurait pu, malgré tout, être écourté.

Le décor de Richard Lacroix est d’une efficacité sans égale en plus d’être un modèle d’ingéniosité.  Une structure de bois roulant à l’horizontale, se déployant à la verticale et abritant les personnages savamment conçus par Marie-Pierre Simard.

Wolfgang Amadeus Mozart, « l’aimé de Dieu », vole la vedette en marionnette à gueule dans de beaux draps.  Tous les styles de marionnettes, ou presque, défilent sous nos yeux : marionnette à fils, à gaine, morcelée, mannequin, bustes et souliers (!) se joignent à la narration et ravissent chaque fois.  Ces êtres pourtant inanimés donne vie à ce spectacle original, mais inégal, sous le signe de la réflexion.  Et si on croyait tour à tour en quelqu’un d’autre juste pour être moins seul ?

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