Faire des enfants
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Critique théâtre: Faire des enfants au Quat’sous

Couronnée du Prix Gratien-Gélinas de la Fondation du Centre des auteurs dramatiques à un auteur de la relève, la pièce Faire des enfants brasse le public du Quat’Sous, qui s’évertue à faire valoir le talent des jeunes créateurs et d’élever plus haut la voix de notre génération.  Présenté du 18 octobre au 13 novembre,  ce spectacle fort de vérité devrait intéressé tous ceux qui s’inquiètent du sort des mal-aimés mal aimant, tous ceux qui s’interrogent sur le sort de leur progéniture, tous ceux qui aiment ou qui aiment mal leur enfant.

Faire des enfants, c’est le début du cauchemar.  C’est ce que nous dit l’auteur Éric Noël qui, à travers le personnage de Philippe, interprété par Dany Boudreault, raconte ce mode de vie malsain qui n’appartient à aucune classe sociale et n’a pas d’âge; celui des bars gais, saunas, drogues, violences sexuelles, prostitution et autres mœurs auxquels s’adonnent certains hommes, souvent trop jeunes.  « Je pensais qu’on avait le temps, après tout, on a pas 25 ans…» scande la meilleure amie, joué par une Sonia Cordeau attachante et juste, de toute sa saine foi en la vie.

Mais le temps sera réduit pour Philippe, et c’est à ce moment précis que le cauchemar se retrouve entre les mains de la mère.  Qui aurait su?  Elle n’a pas demandé, personne ne s’est informé, il ne voulait pas parler… qui blâmer?  Voilà l’endroit où nous entraîne Noël, à ces questions non résolues, mais résolument houleuses.

Une complicité palpable entre le metteur en scène et l’auteur

Le texte est scindé en deux parties distinctes: la vie à Montréal de Philippe en l’espace de 24 heures, et l’effet papillon jusqu’à l’Assomption, le lendemain.   La mise en scène, particulièrement brillante, de Gaétan Paré permet au texte de bien s’enraciner et nous entraîne hors des repères conventionnels,  permettant aux acteurs de danser dans une discussion philosophique, de s’engueuler sans se regarder et d’effectuer des transitions sans éclipser la lumière.

Une des autres forces du tandem Paré-Noël reste l’équilibre; quand l’un s’emporte, l’autre regarde, et vice versa.  Les intermèdes musicaux sont aussi parfaitement insérés dans la temporalité dramatique, pour qu’on ressente bien l’écho des mots.

Dans le rôle du père et de la mère, Daniel Gadouas et Hélène Mercier excellent tout au long et assurent de solides performances dramatiques.  À leur côté, Rachel Graton nuance très bien son jeu en affirmant sa présence aux parents éplorés.  Complètent la distribution Normand Daoust, Marc-André Goulet et Ludger Côté, qui continuent de servir l’œuvre dite « aussi dure que nécessaire», avec raison.

Si faire des enfants en apeure plusieurs, être un enfant s’avère tout aussi cauchemardesque.  Aussi bien faire et être les deux, peut-être s’y retrouvera-t-on mieux…

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