Junkyard/Paradis
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Critique théâtre: Junkyard/Paradis

30 novembre 2011 – Usine C (Montréal)

Photo par Larry Dufresne

Oeuvre déjà acclamée des deux côtés de l’océan, Junkyard/Paradis s’éclate à l’Usine C les 30 novembre et 1er décembre. Spectacle chorégraphié et imaginé par la québécoise Mélanie Demers, la pièce nous catapulte dans des tableaux à la fois festifs et cruels, évoquant la destruction, la manipulation, l’amour-haine, généreusement par les interprètes Angie Cheng, Mélanie Demers, Brianna Lombardo, Nicolas Patry et Jacques Poulin-Denis.

Avant même que le show ne commence, la convention s’établit ; les limites sont minces, presque indicibles. Sommes-nous en représentation, sommes-nous en répétition, sommes-nous voyeurs ou spectateurs, toutes ces oppositions s’obstinent le flambeau et se livrent un combat des plus intéressants. Le mouvement est parole, la parole est mouvement, et l’un et l’autre s’imbriquent à ne plus savoir les distinguer. Même sans mots, le spectateur pouvait faire parler les scènes de couples se déchirant ou tentant de recoller ce qui a été déchiré.

Deux des tableaux marquent plus ; celui où une femme se fait écraser et littéralement salir par un homme qui ne cesse de la maintenir au sol, nous donnant envie de crier à l’injustice ; situation qui, vécue au quotidien, rend malheureusement aveugle tout témoin. C’est là tout l’enfer du paradis. Nous croyant imunisé contre l’opression, parce que grands, parce que forts, voilà que l’on réfère tout de suite à cette violence lente et persistante.

Photo par Larry Dufresne

L’autre tableau, c’est celui du gars qui joue à la guerre avec ses boites de tomates. Nul besoin d’en dire plus. Tout est là, la nature humaine dans toute sa spendleur. Avec l’odeur qui vient avec. Et le gars, c’est Jacques Poulin-Denis, qui se démarque particulièrement par ses interprétations parfaitement contrôlées et totalement libres à la fois. On aime, parce qu’on respire avec lui.

C’est d’ailleurs une réussite pour les cinq athlètes-interprètes, qui ont l’air de s’éclater et de s’amuser ensemble, pour notre plus grand bonheur. La seule chose qui dérange scèniquement, ce sont certaines transitions, parfois longues, qui empêchaient le train de garder sa vitesse de croisière, et cassaient le rythme.

Le contrat de réfléxion poétique sur l’état de ce monde et sur nos contradictions mal délimitées est rempli par Demers, qui cerne bien, quant à elle, les ingrédients d’un spectacle de danse on ne peut plus accessible.

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