Moi dans les ruines rouges du siècle
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Critique théâtre: Moi, dans les ruines rouges du siècle au Théâtre d’Aujourd’hui

Photo par Stéphanie Capistran-Lalonde

En résidence au Théâtre d’Aujourd’hui,  Trois Tristes Tigres présentent leur nouvelle création, Moi, dans les ruines rouges du siècle, directement inspiré de l’histoire de Sasha Samar, un acteur montréalais d’origine ukrainienne.  Olivier Kemeid signe le texte et la mise en scène de ce récit bouleversant, raconté sur scène par Annick Bergeron, Sophie Cadieux, Geoffrey Gaquère, Robert Lalonde et Sasha Samar lui-même.

En 1969 nait à Ordjonikidze, en Ukraine d’URSS, un dénommé Sasha, dont la mère, Galina, est serveuse dans un restaurant, et le père, Vassili, est mineur.  Galina sort souvent, sans découcher, mais non pas sans éveiller les soupçons de Vassili, qui la croit amoureuse d’un ingénieur.  Un beau jour, après une dispute, elle disparait, avec bébé Sasha.  Quelques mois plus tard, elle confie l’enfant à Vassili durant un été, l’avertissant qu’elle le reprendra en septembre.  Quand le jour est venu, Vassili l’implore de lui laisser Sasha pour le sauver, lui.  Au matin, alors qu’il devrait se trouver dans un train avec sa mère, Sasha fait la visite de la mine de son père.  À son retour, il comprendra bien vite que sa mère ne l’a pas attendu.  Il a alors trois ans.

Photo par Stéphanie Capistran-Lalonde

C’est la quête de ce garçon propulsé par l’espoir de retrouver sa mère qui a inspiré Olivier Kemeid à rendre publique cette histoire peu banale.  Il aurait pu se contenter du côté privé de la médaille,  mais il s’est plutôt amusé, pour notre plus grand plaisir, à raconter en filigrane l’Histoire de cette URSS lointaine, celle qui nous échappe.  Grâce à sa perspective québécoise,  Kemeid permet au spectateur peu érudit d’Ukraine de saisir l’essence de l’histoire de cette nation.  Construite sur une narration de Sasha, la pièce nous transporte dans la chronologie de la réalité,  entrecoupée de scènes fantasmées, où plusieurs personnalités célèbres prennent vie sous nos yeux : Youri Gagarine, Nadia Comaneci, une commentatrice sportive de l’époque, et un imitateur de Lénine, tous interprétés de façon délicieuse par un Geoffrey Gaquère en parfaite maîtrise de son corps, et Sophie Cadieux, punchée et rafraichissante, même en temps de tragédie.  Une mise en scène sublime et étrangement légère, malgré les évènements lourds.  Un vrai tour de force. 

Le courage de l’interprète

Peu chaud à l’idée d’interpréter son propre rôle, Sasha Samar s’est laissé convaincre par Kemeid, et heureusement pour le spectateur, car la facture n’aurait plus été la même.  Une foule émue aux larmes a quitté le Théâtre d’Aujourd’hui, convaincu qu’elle venait de vivre quelque chose d’inoubliable.  Merci à M.Samar pour ce cadeau formidable, en nous souhaitant d’en retenir une grande leçon de vie.

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