Un Tramway nommé Désir
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Critique théâtre | Un tramway nommé désir à l’Espace Go

Mercredi soir, à l’Espace Go, le hall d’entrée fourmillait de personnalités connues, venues accueillir ce grand classique de la littérature américaine qu’est Un Tramway nommé désir de Tennessee Williams. Passion et sexualité prendront leurs aises sur scène. Spectacle pour public averti!


 

En ouverture, une projection audio des discussions sur les enjeux de la pièce entre le metteur en scène, Serge Denoncourt, et les acteurs. D’entrée de jeu, on nous expose les thèmes qui seront abordés, la vision qu’ont les acteurs des personnages. Bien que le procédé soit intéressant, était-il vraiment nécessaire? Cela donne l’impression qu’on désirait nous expliquer les choses, nous faire comprendre la direction qu’on souhaitait prendre pour cette nouvelle production.

Une fois l’introduction terminée, nos regards se tournent immanquablement vers le décor. Impressionnant, malgré sa simplicité. L’appartement délabré de Stella et de son mari Stanley Kowalski, des murs constitués de lambris de bois laissant autant passer la lumière de la Nouvelle-Orléans que les regards des curieux et parsemé de quelques meubles, sans plus. À l’arrière une affiche du film 1951 avec Marlon Brando ponctué, tout au long de la pièce, de projection du film. Petite touche qui donne beaucoup de dynamisme à la scénographie.

C’est dans cet appartement du quartier français de La Nouvelle-Orléans que la fragile Blanche Dubois (Céline Bonnier) fait son entrée, venue en visite chez sa sœur Stella et son tumultueux mari. Vivant dans ses illusions, encore accrochée à un monde qui n’existe plus, Blanche Dubois vacille entre réalité et mensonge, en quête perpétuelle du regard des hommes pour assouvir ses angoisses. Céline Bonnier offre une performance remarquable de cette femme troublée, toute en nuance. La comédienne navigue avec aisance dans la folie et la séduction pour dériver doucement vers la cassure finale.

En retrait, dans le coin droit de la scène, la personnification de Tennessee Williams (Dany Boudreault) on comprend vite qu’il est une sorte d’alter ego de Blanche qui unit sa voix à celle de la beauté déchue. À la fois androgyne et un peu caricatural, il déclame des phrases clés du texte original, tout au long de la pièce, petit moment de poésie qui tout en venant briser le rythme de la pièce apporte un regard nouveau sur la pièce de l’auteur américain.

 

Sans pudeur

De l’autre côté, Stella (Magalie Lépine-Blondeau) et Stanley (Éric Robidoux) sont plus bouillants, plus charnels, vivant leur passion l’un pour l’autre à tous les instants.

Photo de courtoisie par Caroline Laberge.

Photo de courtoisie par Caroline Laberge.

Ici, Serge Denoncourt a fait le choix de tout montrer sans complexe que ce soit la violence, le désir ou la moiteur des corps – les actrices sont légèrement vêtues et vous verrez Stanley changer à plusieurs reprises de t-shirt. Après une dispute brutale, le couple se livre à une scène de sexe de réconciliation sous la douche; épié par Mitch (Jean-Moïse Martin) – ami de Stanley et soupirant de Blanche – homme rustre et réservé qui tente de se faire aimer de sa belle.

Difficile de dire si les moments de nudité et de sexualité apportent vraiment quelque chose à la compréhension de la pièce et des personnages. Chose certaine, il est intéressant de voir le corps mis à nu au théâtre en toute simplicité. Stanley qui traverse la scène complètement nue ou Stella qui se masturbe dans son bain. Une façon de refuser de voir la sexualité et ses pulsions comme des tabous que nous devons cacher.

Bien que, la pièce soit parfois inégale (en raison d’un certain manque de cohésion dans le ton des comédiens qui accroche parfois l’oreille) un Tramway nommé désir mérite grandement d’être vu pour ses performances d’acteurs, la beauté du texte et si ce n’est que pour découvrir ce classique.

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