Critiques Concerts et spectacles à Montréal et Québec
Carmen, Requiem au Théâtre Denise-Pelletier | Le pouvoir de la communauté
Pour sa toute première production, la compagnie La pièce du fond a choisi de réactualiser l’histoire de la célèbre Carmen, personnage éponyme de la nouvelle de Prosper Mérimée, laquelle a inspiré Georges Bizet pour son opéra. 180 ans après son meurtre, les personnages de l’histoire sont réunis au salon funéraire et revivent les évènements qui ont mené au drame en réglant leurs comptes. L’exotisme, la misogynie et la discrimination, thèmes peu politiquement corrects de l’histoire originale, sont mis de côté pour raconter les contrecoups de ce féminicide vécu par la communauté à travers « le prisme de la mémoire : fragmentaire, subjective, profondément humaine » (page du spectacle, tirée du site du Théâtre Denise-Pelletier). Cependant, les thèmes qui résonnent encore avec le public actuel tels que la liberté, le désir et la violence sont réinventés dans ce spectacle multidisciplinaire qui allie théâtre, musique, chant choral et mouvement.
Agamemnon in the Ring au Théâtre Denise-Pelletier | L’euphorie de la lutte au théâtre
Le destin eût voulu que ça se passe lors d’une représentation scolaire dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Aussi bien dire LE MEILLEUR CONTEXTE pour vivre une telle expérience euphorisante!
Clown(s) au Théâtre Maisonneuve | Quand l’opéra fait son cirque
L’excitation est palpable dans le Théâtre Maisonneuve en cette dernière soirée glaciale de janvier, où le public est venu chercher un peu de chaleur et d’évasion. Et c’est ce qu’il trouve dans ce spectacle lumineux, exubérant et émerveillant. Dès le début de cette « favola in musica » (fable musicale), on est immergé dans l’univers du cirque et des saltimbanques pendant la courte heure et quelques minutes que dure le spectacle, qui passe à une vitesse folle, comme un rêve. Tous les artistes sont sur scène; on ne sait pas distinguer les chanteurs des artistes circassiens et des musiciens, mais cela n’a pas d’importance parce qu’ils racontent tous la même histoire, celle du (ou des) clown(s).
Kiki et la colère au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui | Une tragicomédie punk
Dans sa première œuvre pour le théâtre, le poète et cinéaste Alexandre Dostie fesse fort avec Kiki et la colère, un récit trash qui décortique les mécanismes de la colère et ses racines dans un milieu pauvre et bercé par la violence. Dans une scénographie troublante de Maude Janvier, un frère et une sœur, incarnés par Francis La Haye et Noémie O’Farell, se démènent à trouver leur cockatiel Kiki, qui finira par apparaître sous forme humaine (Tommy Joubert). Incursion dans l’univers d’un méchant moineau.
Boîte noire à Duceppe | Dystopie? Non, chronique d’un effondrement annoncé
Peut-être faudrait-il commencer cette critique par un avertissement. Ce que vous allez voir avec Boîte noire est réalistement déprimant. Ce spectacle fait état d’une convergence de mauvaises décisions humaines… du même acabit que celles qui ont été prises dans le monde ces dernières années. De celles qui sont en train d’hypothéquer de manière certaine notre avenir. Est-ce que la boîte en question – qui doit nous permettre de faire de meilleurs choix – est en mesure de nous sauver, ou au contraire, d’exacerber la gangrène capitaliste qui nous guette? Boîte noire, c’est ça : une confrontation narrée qui résonne douloureusement avec notre présent; un dernier appel à la conscientisation avant qu’il ne soit vraiment trop tard…
Changer de vie à La Licorne | Le reflet d’une vie meilleure?
Cette proposition de Catherine Léger offre une écriture chirurgicale, où humour et absurdité flirt pour dénoncer des préoccupations profondes. Des interventions saccadées, des sketchs entrecoupés d’ellipses temporelles incarnent très bien la vitesse absurde à laquelle les humains croient devoir interagir pour trouver un sens à leurs émotions.
Use et abuse | Quand l’art pousse son cri contre l’économie qui l’étouffe
Il y a des soirs où une scène devient un champ de bataille invisible, un territoire où deux forces qu’on croyait compatibles cessent soudain de se tolérer. Au Périscope, Christian Lapointe et Alix Dufresne ont livré une performance qui n’en est pas vraiment une, un geste vivant qui se tord et se réinvente sous les yeux du public, pendant qu’en arrière plan, sur un écran géant, le philosophe Alain Deneault expose sans détour Comment l’industrie culturelle use et abuse de l’art. Deux langages, deux rythmes, deux réalités qui se chevauchent sans se toucher vraiment, rappelant combien on a mélangé deux choses qui ne devraient jamais cohabiter : l’art et le capitalisme.
Fanny à La Bordée | Quand les convictions heurtent les zones grises du coeur
Il y a des soirs où une salle de théâtre semble retenir son souffle pour donner naissance à une réflexion plus vaste que la scène elle-même. À La Bordée, Fanny, pièce étant le fruit d’une commande faite par Rébecca Déraspe en 2019, est mise en scène avec une assurance tranquille par Marie-Hélène Gendreau et Hubert Lemire. Elle explore la fragilité du couple, les définitions mouvantes du féminisme et ces lignes floues où les idéaux trébuchent sur la réalité. Présentée jusqu’au 6 décembre, l’œuvre entraîne le public au cœur du quotidien feutré de Fanny (Marie-Thérèse Fortin) et de Dorian (Jacques Laroche), un couple encore amoureux, encore soudé, encore certain de maîtriser les règles de son propre monde… jusqu’à ce qu’une étudiante de 22 ans s’y installe et fasse trembler leurs fondations.
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