Cryptopsy
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Cryptopsy aux Foufounes Électriques | Montréal ravagée par les défricheurs

Dimanche soir avait lieu la tournée Devastation On The Nation 2017 aux Foufounes électriques, mettant en vedette Cryptopsy, Rivers of Nihil, Visceral Disgorge, Seeker et Gloom. La tournée a commencé le 19 mai, et Montréal était la dernière ville à être ravagée par ces sauvages musiciens. Un spectacle brutal, sans compromis!

Gloom : bigarré et éclectique

Gloom, de Washington D.C., ouvre les insanités avec son blackened death groove metal… Oui, beaucoup de sous-genres ici, le groupe proclamant ne pas vouloir s’identifier à une seule étiquette. Le quatuor existe depuis 2012, a sorti un EP en 2014 et son album Solaris a été lancé le 2 juin cette année.

Le chanteur a des affinités avec un Lamb of God un peu plus monstrueux, et qui aurait trouvé un meilleur vocal dans les aigus. Il offre une excellente prestation, et a une bonne présence de scène. Le talentueux bassiste joufflu fait valser énergiquement son mohawk hipster. L’utilisation de ses cinq cordes est ici captivante, sonnant presque comme une fretless. Le batteur, avec son énorme barbe et sa tignasse épaisse fait penser à Cousin Itt de la famille Adams, lorsque ses cheveux se retrouvent dans son visage. Il appuie très bien les chansons, qui semblent avoir été créées premièrement à la guitare.

Le guitariste, un peu trop statique, met son pied sur le moniteur sans trop d’entrain. Malgré tout, il propose des riffs vraiment concis et diversifiés, qui sont catchy et emplis d’émotions très variées. Un buffet dans lequel on a envie de tout goûter!

Gloom, un groupe bigarré, parsemé d’influences éclectiques. Un groupe authentique qui a réellement trouvé son identité.

Seeker : du béton sur les épaules

Groupe texan de death metal, Seeker poursuit le spectacle avec ses chansons engluantes. Existant d’abord sous le nom de Corporate Mass, en 1990, ils ont sorti un single et un EP dans cette même année. En 2011, le groupe est reformé et change de nom pour Seeker. Depuis, ils ont lancé deux DVD et deux compilations.

Le trio détonne de par la lenteur des pièces proposées, le tech-death étant normalement comme un coeur atteint de tachycardie. Le côté doom n’est toutefois pas présent dans toutes les pièces. Les bout plus rapides deviennent rapidement monotones, et on aimerait rester dans la lourdeur continuellement.

Seeker fait brûler de l’encens, les volutes de fumée évoquant un rituel, dont on ne peut s’esquiver. On devient esclaves de Seeker, marchant vers un temple, de lourds blocs de béton écrasant nos frêles épaules.

Les yeux fermés, le crâne luisant, le bassiste-chanteur tonne ses gutturaux de façon un peu répétitive. Le guitariste immobile se concentre sur son manche. Il se réveille après quelques chansons, pourfendant l’air de ses cheveux blonds raides. Ses effets sonnent vraiment bien. La guitare est un peu informe malgré tout ; on a parfois de la misère à comprendre où il veut en venir. Le jeune batteur aux airs célestes assassine ses peaux avec une précision sans merci. Ses longs cheveux blonds flottent au vent, et son visage se déforme en d’exceptionels rictus sardoniques.

À la fin de la dernière chanson, après un court passage où le guitariste crée de la tension avec ses effets, nos comparses explosent de dynamisme pendant quelques secondes, puis quittent la scène. Seeker : Godflesh sur les sédatifs, avec une guitare plus lourde. Ce groupe nous fait suffoquer, nous écrase au sol… Mais on en redemande encore.

 

Visceral Disgorge : irradiation pince-sans-rire

Au tour de Visceral Disgorge : avec un tel nom, on ne peut s’attendre qu’à du brutal death metal qui provient des trippes! De Baltimore, ce groupe a sorti un seul album en 2011 (il a été formé en 2010, suite à la séparation de Eaten Alive).

Très rapides et techniques, les chansons sont froides, mécaniques. Elles se ressemblent, à part quelques breakdowns notables. L’utilisation de samples est très à propos. Cela crée une petite tension de deux-trois secondes avant de lourds passages.

Le chanteur fait un excellent pig squeal, mais on aurait aimé plus de diversité. Il fait des pas de géants à chaque pulsation, semblant vouloir tout écraser sur son passage. Tandis qu’il déverse ses cris porcins sur une foule exaltée, il se place en un squat presque digne d’une posture de yoga (malasana). Rustre plaisantin, il proclame que toutes leurs chansons parlent de forniquer avec des cadavres et de se nourrir de défécation. On aime son attitude semi-professionnelle/semi-blagueuse. Lorsqu’il ondule des hanches ou fait de l’humour noir entre les chansons, on comprend que le tout est à prendre avec un grain de sel.

Le bassiste fait virevolter agressivement son rideau de cheveux blonds qui lui arrive aux genoux, comme un ressac incessant. On entend le claquement de ses cordes vertes distinctivement, et cela rajoute de la substance. C’est ce marin souriant qui tire les cordes du voilier, ici. Il dépose une ancre solide au fond de cet océan radioactif. Les deux guitaristes, fans des Flying V, sont vraiment habiles et adroits, même s’ils jouent quand même souvent la même chose ensemble. La batterie est très expéditive, et est triggée de façon exagérée. À la troisième chanson, un circle pit digne de ce nom explose enfin, et ce dernier est actif durant presque toute la prestation.

Visceral Disgorge, une enthousiaste infection pince-sans-rire. La tombée dans une un mer insalubre, et la sensation de la peau brûlée sous l’effet de l’irradiation…

 

Rivers of Nihil : minutieux tisserands

Rivers of Nihil, groupe de death metal technique/progressif de Pennsylvanie, est en tournée pour promouvoir leur album Monarchy, sorti en 2015. Le quintette existant depuis 2009 a réalisé 2 albums et 2 EP.

Le chanteur a un excellente interaction avec le public. Il possède une capacité pulmonaire impressionante et est vraiment versatile. Le bassiste trapu s’amuse avec ses six cordes, faisant du tapping bien exécuté. Il fait par ailleurs de bons back vocals. Le guitariste aux boucles blondes a un excellent son de lead, et le guitariste rythm l’accompagne de façon impeccable. Les orchestrations enregistrées complètent bien le son assez dark du groupe.

Le groupe présente un mur de son à travers duquel nos oreilles sont un peu perdues. À certaines parties, il semble même y avoir une troisième guitare – le son n’est pas trop clair, tellement il est dense comme un pain. Par ailleurs, Rivers of Nihil possède beaucoup de matière à exploiter, ayant un imaginaire riche. Le concept de leur album pourraient être développé visuellement.

Un petit trash se crée après la première chanson, rien de trop extravagant pour cette musique plutôt intellectuelle. Mais vers la quatrième chanson, le public passse du côté droit au côté gauche du cerveau.

Les vingt cordes (guitares à sept cordes, et basse à six cordes) sont entrelacées minutieusement et solidement avec un savoir-faire de tisserands. Une impressionnante tapisserie qu’on ne peut que fixer longuement… Fignolée pendant des heures, par des mains perfectionnistes, avec la batterie qui rassemble le tout avec adresse. Bref… De savants artisans, d’une patience rare.

Cryptopsy

Cryptopsy a-t-il vraiment besoin de présentation? Pour les néophytes, voici un court historique… En 1988, Cryptopsy se nommait d’abord Necrosis. Le groupe fait sa première prestation en 1992, et change de nom pour Cryptospy. Ce dernier rayonne tant ici qu’à l’étranger : plus de 300 000 exemplaires d’albums ont été vendus depuis le début. Ils ont sorti 7 albums studio, 1 album live, 1 compilation, 4 démos. Ce soir, l’album None so Vile est joué intégralement, pour célébrer le vingtième anniversaire de son lancement.

Deux grosse bannières à l’effigie de l’album culte sont disposées symétriquement de chaque côté de la scène. Les membres du groupe mythique sont de dos, dans le noir, puis se retournent, sous l’acclamation des fans. Le chanteur réclame un circle pit dès les premières secondes, ce que les fans se magnent de créer.

Le chanteur semble avoir un peu de misère avec sa voix, celle-ci se casse parfois, mais rien de majeur. Matt McGachy utilise une technique particulière, la façon de placer sa langue influençant le son final du growl, un peu comme Travis Ryan de Cattle Decapitation. Le bodybuilder a la mine boudeuse – pas dans son attitude mais plus dans son expression faciale – et les veines de son cou saillissent lorsqu’il growl… On croit qu’il va se transformer en lycanthrope. Il tient le public en laisse, par exemple en lui dictant de bouger plus que jamais avant un passage particulier. Le maître d’oeuvre parvient aussi à aller chercher des gens jusqu’au fond de la salle, qui n’avaient pas cillé jusqu’alors.

Le bassiste souffrira de torticolis intenses, dans les prochains jours… Il fait tournoyer ses cheveux noir bouclés à une vitesse affolante. La basse est vraiment élaborée, il fait souvent du slap avec ses cordes. Le guitariste à la barbe pointue nous en donne plein la gueule, avec ses riffs pesants livrés de façon irréprochable. Flo Mounier, prodige des blast beat et des gravity blast, présente une performance sans faille. L’incontestable métronome humain est définitivement à la hauteur de sa réputation.

Après l’annonce de None so ville, tous les fans perdent la boule, et durant Dead and dripping, les gens commencent à faire du bodysurfing. Après l’introduction de piano de Phobophile, le circle pit prend des tournures de violence quasi-inquiétante. Les défricheurs abattent arbre après arbre, continuant de conquérir de nouveaux territoires, même des années après la sortie de cet album.

Avant la dernière, Orgiastic disembowelment, le chanteur remercie rapidement les fans loyaux, avant de toutefois les avertir : « No fucking encores!». Mais une fois la chanson terminé, le public ne bouge pas – un enregistrement d’ambiance et des lumières qui se promènent sur l’audience promet un retour sur scène… Cryptopsy revient effectivement, à la plus grande joie des fervents adeptes, pour jouer une chanson plus récente. Les précurseurs du death metal tirent ensuite leur révérence avec grâce.

Bref, un remarquable soulignement d’un album fondateur de la musique extrême québécoise!

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