Festival Acadie Rock
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Acadie Rock 2018 | Daniel Bélanger, Vishtèn et plus en marge du grand Tintamarre

Au milieu du mois d’août, la folie des festivals d’été s’essouffle au Québec tandis que dans d’autres provinces, la fête continue. À Moncton, au Nouveau-Brunswick, le festival Acadie Rock bat son plein et fait rayonner la culture acadienne. Retour sur le grand spectacle gratuit de mercredi qui accueillait pour cette septième édition Daniel Bélanger, Julie Aubé, Vishtèn, Sweet Crude et La Dame Blanche.

L’étoile du drapeau bleu-blanc-rouge acadien scintille davantage en ce 15 août communément appelé « le quinzou ». Et pour cause, le Tintamarre bat son plein mercredi sous une chaleur écrasante alors qu’un temps maussade était annoncé. Une aubaine pour les nombreux participants déguisés qui défilent sur la rue Botsford depuis le parvis du Centre Culturel Aberdeen, haut lieu culturel de la ville de Moncton où l’annuel festival Acadie Rock a vu le jour il y a sept années.

Un festival en pleine expansion

De 1500 spectateurs pour sa première en 2012 à quelques 12 000 festivaliers l’an dernier, Acadie Rock prend son envol grâce à une programmation tournée évidemment vers les artistes locaux mais aussi internationaux, comme l’en témoigne la venue de Tiken Jah Fakoli lors d’une de ses éditions.

Portée par la musique, l’humour ou encore la poésie, la ville de Moncton vit ainsi un rythme particulier durant une semaine d’été. Et si les événements quotidiens offrent cette année des artistes acadiens émergents comme Tampa ou des confirmations telles que Les Hôtesses d’Hilaire (avant leur remplacement à la dernière minute par Joseph Edgar), nombreux sont ceux qui se hâtent au Parc Riverain où une scène est installée au bord de l’eau, théâtre du grand spectacle gratuit en ce jour de fête nationale.

Sourires et rires s’élèvent donc à quelques encablures de la scène, près de la bibliothèque publique. Les gens martèlent avec force les casseroles et autres cloches à vaches tandis que certains s’installent en avance, bière en main, sur le terrain gazonné à gauche de la scène.

 

Entame sur fond de soleil couchant

Première artiste de cette soirée festive, Julie Aubé prend vite place sur scène accompagnée de ses trois musiciens. Devant une foule encore peu compacte mais réceptive, l’Acadienne joue un rock spontané sur fond de soleil couchant rayonnant sur les bâtiments massifs qui longent le Boulevard de l’Assomption. Membre des Hay Babies à Moncton, la jeune femme semble se délecter de ce savoureux moment, notamment devant ses parents qui ravivent des souvenirs sur ce titre Voix De Ma Mère, découvert sur Joie de Vivre paru en 2017.

* Crédit Photo: Mathieu Léger

Ponctués d’interludes emmenées par le DJ du coin Jedi Of Funk, les concerts s’enchaînent comme la distribution de breuvages au fond de l’esplanade. Entre temps, Vishtèn, un trio originaire de l’Ile-du-Prince-Edouard, s’est installé pour y présenter sa musique acadienne après une tournée européenne. Le violoncelliste Pascal Miousse et ses acolytes multi-instrumentistes Pastelle et Emmanuelle LeBlanc jouent d’ailleurs à la perfection. Talentueux, on ressent chez eux un malin plaisir à revisiter des chansons traditionnelles à l’aide d’accordéon, de guitare électrique ou encore de claviers dans des pièces totalement instrumentales ou parfois chantées, comme Horizons qui évoque les étendues de mer depuis leur île. 

Crédit Photo: Mathieu Léger

 

Une fin de soirée rassembleuse

Vishtèn s’en ira sous des applaudissements nourris avant que les Américains Sweet Crude prennent le relais en milieu de soirée. Le trio des îles reviendra toutefois pour un duo bien plaisant avec le groupe de Louisiane qui s’immisce dans un costume de superhero bien solitaire dans un État où la culture francophone tombe en décrépitude. Esthétiquement, les musiciens sont élégants dans leurs complets blancs. Quant à leur musique, elle est tout autant séduisante. Les percussions, omniprésentes, embarquent le public dans un environnement quelque peu tribal soutenu par une électro-pop tantôt expérimentale, tantôt sucrée. Les paroles oscillent entre le français et l’anglais comme pour souligner ce métissage qui caractérise l’Acadie et le sextet s’investit à fond pour la sauvegarde de ce patrimoine immatériel devant un public festif. 

Crédit Photo: Mathieu Léger

Parlant de patrimoine, c’est Daniel Bélanger qui fait l’honneur de sa présence à Moncton, lui qui n’était pas revenu dans la région depuis presque quinze ans nous précise-t-il. À quelques minutes de monter sur scène, le chanteur québécois est songeur. « Ça fait longtemps que l’on n’a pas joué ensemble mais ça va faire du bien. On va jouer un peu plus insecure, dit-il toutefois avec une certaine décontraction. » Heureux d’être là, l’auteur-compositeur-interprète aura joué une heure, accompagné de sa guitare fétiche et sa bonne humeur. Du punch sur le refrain de Sortez-moi De Moi aux envolées psychédéliques du titre Dans Un Spoutnik ou même cette communion inévitable aux premières notes de Rêver Mieux, Daniel Bélanger est toujours « intouchable et immortel »… même au Nouveau-Brunswick.

Crédit Photo: Mathieu Léger

En attendant le Congrès…

Il laissera sa place à La Dame Blanche pour un set de clôture rythmé où s’entremêlent sonorités hip-hop, cumbia et reggae. Au son de sa flûte traversière et ses percussions, la chanteuse cubaine aura su mettre une dernière pointe d’ambiance minuit passé avant que les derniers festivaliers se dirigent dans les derniers bars ouverts du centre-ville, dans l’attente d’une prochaine édition qui soulignera d’ailleurs la tenue du Congrès Mondial Acadien à Moncton même. 

Crédit Photo: Mathieu Léger

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