La Loba
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Danse-Cité | LA LOBA interpelle

Danse-Cité lançait sa saison 2016-2017 mardi soir avec sa première production de l’année, LA LOBA de la chorégraphe Aurélie Pedron. Donnant la parole et le geste à 12 interprètes pour 12 tableaux minimalistes, ce « spectacle » unique est une expérience d’un type nouveau qui sera donné pour six dates seulement.  Investissant le 3700 Rue Berri, un très bel établissement abritant anciennement l’Institut des sourdes-muettes des Soeurs de la Providence, le public est invité à déambuler dans les couloirs impressionants et dans les nombreuses pièces insolites de cette bâtisse.

C’est à travers les différentes salles que le spectateur va se perdre, choisir son chemin, s’abandonner, et peut-être se trouver dans les douze performances qui lui sont offertes. Pendant trois heures, les interprètes sont à sa disposition, avançant petit à petit et se frayant elles-mêmes leur chemin à travers une oeuvre qui n’a ni début ni fin.

Par petits groupes (allant de une à cinq personnes) afin de garder l’intimité et la proximité entre le public et les danseuses, les témoins assisteront à douze morceaux d’une entité, sans pour autant pouvoir la saisir dans son entièreté. Ils font partie du spectacle et ont un rôle à jouer presque aussi important que les interprètes ou les matériaux présents (attention cependant, certains tableaux qui se pratiquent pour une personne sont vite complets puisqu’il faut réserver sa plage horaire à son arrivée).

Il faudra ainsi laisser l’oeuvre exister et se dessiner pour ce qu’elle est : de la matière, des corps mais aussi des manques et des trous puisque errant entre les différentes créations, le public ne pourra saisir tous les morceaux qui s’offrent à lui simultanément. Les liens sont infimes et il n’est pas forcément nécessaire de les trouver. Mais LA LOBA (la louve, en espagnol) est bien présente. Reste à savoir de quelle manière le spectateur la fera apparaître.

LA LOBA est une création qui interpelle, dérange, intrigue, angoisse ou choque peut-être. Nul besoin de se demander si l’on a aimé ou pas, de savoir si l’on a compris ou non : là n’est pas la question. Les émotions qui s’en dégagent sont illimitées et divergentes. C’est en laissant parler l’oeuvre, en la questionnant et en échangeant autour qu’elle peut exister.

L’expérience nous emmène très loin, dans un autre monde, coupé de la réalité. Ce n’est certainement pas pour rien que c’est dans ce lieu précisément que se déroulent les différentes actions dans un souci du détail poussé. Tout lien temporel s’efface pour faire place à une bulle intemporelle où l’esprit est invité à s’abîmer et à prendre ce qu’il souhaite. Il ne sera pas question de dévoiler les différents tableaux ce qui pourrait nuire à la réception de l’oeuvre pour les futurs spectateurs mais il faut avant tout laisser LA LOBA pénétrer à l’intérieur de soi.

« LA LOBA s’actualise avec vous, chers visiteurs. Elle s’incarne par l’expérience que vous en ferez. L’oeuvre vous est offerte, et en quelques sortes, vous la terminez ».

* Pour un public averti.

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