David Bowie
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David Bowie (1947-2016) : La mort artistiquement parfaite d’une icône

David Bowie - Blackstar David Bowie Blackstar

Avant même de le savoir au carrefour de la mort, il y avait quelque chose d’étrangement inquiétant dans les paroles cryptiques du nouvel (et ultime) album de David Bowie, lancé vendredi dernier. Tout au long de nos écoutes ce week-end, on sentait que l’icône cabalistique du rock nous avait préparé quelque chose d’éternel, d’une profondeur sidérante, puisant dans des émotions peu communes et empreint d’une inventivité musicale étonnante pour un homme reclus au seuil de la soixante-dizaine. À peine 48 heures après sa sortie, on comprend mieux ce qui nourrissait secrètement l’oeuvre…

La rédaction de la présente critique s’est amorcée le jour de la sortie de l’album. À ce moment, on croyait que l’artiste avait le sens du timing en proposant son 25e disque en carrière le jour même de ses 69 ans…

Et que dire de ce nouveau vidéoclip hanté et déconcertant pour la chanson Lazarus, qui débute sur ces intrigantes paroles :

Look up here, I’m in heaven
I’ve got scars that can’t be seen
I’ve got drama, can’t be stolen
Everybody knows me now

On comprend ce matin que ses proches le savaient. Le réalisateur du vidéoclip, Johan Renck (qui avait travaillé sur la série Breaking Bad), le savait aussi.

Cet album, cette chanson, ce vidéoclip viendraient conclure la carrière, la vie et l’oeuvre du géant du rock’n’roll, qui combattait un cancer dans le plus grand secret depuis 18 mois. Un testament artistique immense, surprenant, réfléchi et troublant à l’instar de l’artiste qu’il aura été durant ses quelques cinquante ans de carrière.

L’image est forte et restera marquante : Lazare est un personnage biblique ressuscité par Jésus quatre jours après sa mort et son enterrement. De toute évidence, l’artiste nous confiait sa propre mort imminente par ses textes et ce vidéoclip. Quelle façon éloquente de passer l’arme à gauche…

Dernière note audacieuse

Mais il n’y a pas que cette chanson qui fasse de l’album une grande oeuvre. Entouré du saxophoniste Donny McCaslin, du guitariste Ben Monder, du claviériste Jason Lindner, du bassiste Tim Lefebvre et du batteur Mark Guiliana, la musique y est variée, assumée et intrigante. Les accents jazz, les ambiances lynchiennes, quelques appuis électro (dont une rythmique presque drum’n’bass par ici, des teintes industrielles par là, des orientations moyen-orientales par moments) et cette voix unique, parfois à l’avant-plan, d’autres fois douceâtre, forment un tout unique, déconcertant. Les arrangements de corde ajoutent occasionnellement du souffle à l’ensemble.

L’album débute sur la chanson titre, une oeuvre étrange et fascinante de près de 10 minutes (qui donnait aussi droit à un vidéoclip particulièrement réussi, voir ci-haut), et se conclut sur deux chansons plus légères, accessibles et familières : Dollar Days et I Can’t Give Everything Away, qui évoque de manière assez directe la Soul Love de Ziggy Stardust sur le plan mélodique.

Le disque ne contient que 7 chansons, mais totalise 42 minutes d’écoute dense, une aventure musicale qui s’incruste au cerveau de manière insidieuse et tracasse l’esprit. Une oeuvre qui passera indéniablement à l’histoire (N.D.L.R. : Et oui, cette phrase était écrite avant d’apprendre la mort de l’artiste).

Conclure sur un chef d’oeuvre

Quelques heures à peine après l’annonce de son décès, l’heure est au deuil, aux pleurs. Il est donc encore tôt pour prétendre avoir un recul total et juger à tête froide de la qualité de l’oeuvre ultime parfaitement orchestrée par l’artiste, et la remettre dans son contexte.

Qu’à cela ne tienne, notre critique allait accorder 4 étoiles et demie à Blackstar, indépendamment du contexte que nous connaissons maintenant. L’immensité des circonstances justifie totalement la note parfaite.

Tout au long de sa carrière, David Bowie a méticuleusement érigé le mythe autour de son art. Après cette conclusion parfaite, le voilà carrément au sommet de la mythologie du rock’n’roll.

Merci pour tout, Monsieur Bowie.

Oh I’ll be free / Just like that bluebird / Oh I’ll be free / Ain’t that just like me

– Tiré de Lazarus

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