Dawn of Ashes
Critique Publié le

Dawn of Ashes au Piranha Bar | Diamants, sci-fi et apocalypse

Sous un ciel de fin du monde, dimanche dernier, quatre groupes se sont réunis au Piranha Bar de Montréal : Elderoth, Cellrot, Projekt F, et en tête d’affiche Dawn of Ashes. Celui-ci a effectué un arrêt à Montréal lors de sa tournée «Fire of the Phoenix 2017», à laquelle Projekt F participe aussi. Cette tournée de 18 dates aux États-Unis et au Canada, vise à promouvoir le petit dernier de Dawn of Ashes, «Theophany», ainsi que «Daemonolatry Gnosis», qui est à sortir en 2017.

Dans une odeur de transpiration et de marijuana typique aux shows metal, on pénètre dans l’alcôve censée soulager nos maux les plus vains, au son de musiques industrielles.

Différence de styles

Elderoth a ouvert le spectacle, devant un public de glace et peu nombreux. Ce groupe de power metal, originaire de Colombie-Britannique, est maintenant basé à Montréal et existe depuis 2007. Il a deux albums à son actif, dont le plus récent est Mystic.

Le chanteur possède un bon registre vocal, est énergique et juste, mais on ne comprend​ pas trop pourquoi il sort de scène à certains moments… Elderoth comprenait 2 guitares à l’origine (le chanteur en jouait auparavant) et cela paraît dans le son, qui semble un peu incomplet, ou plutôt, pensé pour deux guitares. D’ailleurs, les mélodies se perdent dans les autres instruments, la guitare n’étant pas très claire/définie. Le public aux accoutrements noirs et aux cheveux flamboyants s’est tenu très loin de la scène durant toute la performance, ne faisant pas partie du public-cible d’Elderoth.

À noter toutefois, d’excellents breakdowns à certains moments, leurs chansons étant efficaces et tight. Une bonne attitude aussi de la part des membres, qui avaient tout de même une bonne présence de scène et qui ont assumé leur spectacle malgré qu’ils étaient bien différents des autres groupes. À suivre, dans un meilleur contexte et un meilleur son…

Joyau à fignoler

Au tour de Patrick Fellows, alias Cellrot, un one-man-band de Montréal. On peut saluer son courage de se présenter seul, armé de sa guitare à sept cordes, derrière un petit synthétiseur et plusieurs pédales d’effets.

Le projet, complètement auto-produit, existe depuis 2011, et l’album Interstellar Telepathy est disponible sur Bandcamp depuis 2015. Patrick Fellows est d’ailleurs bassiste pour le groupe de death/grind Crosstitution.

Les compositions de Cellrot sont minimalistes, mais les riffs sont accrocheurs et le public l’acclame vivement. Le son du drum machine aurait pu être un peu meilleur… Les moniteurs qui grichent n’aident pas la cause. Entre certaines chansons, il y a des interludes dissonants, à la Skinny Puppy. Les cris perçants de l’homme-orchestre sont typiquement black metal, et sont puissants. Avec son visage pâle et ses cheveux longs noirs, qu’il fait aller dans les airs, il fait réellement penser à Sigurd Wondgraven, de Satyricon. Toutefois, son personnage de scène et le côté visuel gagnerait à être plus exploré. Son interaction avec la foule est manquante… Il aura fallu attendre à avant la dernière chanson pour qu’il s’adresse simplement au public. Mais on comprend qu’il doit s’occuper de tout, créant des loops sur son synthétiseur, plectre entre les dents. Un diamant brut encore à polir!

Vol intergalactique

Le groupe de rock industriel montréalais Projekt F était de retour au bercail hier soir, devant un public chaleureux. Après une courte introduction instrumentale, le quatuor amoureux du maquillage et du latex entame sa prestation, malgré une guitare peu audible.

Une voix robotique nous invite à monter à bord de leur vaisseau spatial. Un univers noir, blanc et rouge, où on explore des merveilles futuristes et esthétiques. Le piano séquencé est comme un châle douillet dans lequel on s’enroule. On plane au-dessus des soucis terrestes, captivés par leur histoire sci-fi, et on contemple les constellations.

Le chanteur, qui fait penser à un Marilyn Manson plus en forme, passe du chant clean au scream avec une facilité impressionnante. Cet être filiforme s’appuie sur les poutres du plafond, se contorsionnant, vomissant ses paroles. Par ailleurs, il a un lien privilégié avec le public, qui s’agrandit.

Le métronome humain masqué gère le tout avec la cadence d’une machine, faisant tournoyer ses baguettes dans sa main de temps à autres. Ses percussions sont presque tribales, ayant beaucoup de passes de toms et utilisant le floor souvent. La performance du guitariste est athlétique, voire gymnastique, et ses back vocals sont percutants. Il a aussi un bon contact avec les fans, leur adressant quelques mots. Le bassiste, quant à lui, en impose de par sa stature presqu’immobile. Il est semblable à un amuseur de rue qui fixe les passants et interagit avec eux lorsqu’il reçoit une pièce de monnaie, cette dernière étant ici le contact visuel. Projekt F, un état d’apesanteur dont on veut repousser sans cesse l’atterrissage…

La tribu post-apocalyptique

Puis, le clou de cette soirée infernale : Dawn of Ashes, groupe de black metal industriel de Los Angeles, fondé en 2000. Ils ont sorti 8 albums et on eu une période à saveur plus mélodique qu’industrielle.

Les individus entrent sur scène avec des costumes impressionnants, tels des survivants d’un désastre planétaire. Élaboré, époustouflant, le côté visuel semble donner un signal d’alarme à l’humanité, qui aurait abusé des ressources naturelles. Tels des survivants échoués sur une île déserte, cette tribu semble porteuse d’un avertissement social : seuls les arts peuvent sauver les humains…

Au menu : pesanteur, breakdowns, guitare mélodique, batterie énorme… Mais on n’a pas vraiment de répit, on se fait «donner une volée» sans pouvoir se relever ou même respirer une seule fois. Ça devient un peu générique et répétitif par moments…

La scène est évidemment trop petite pour ce groupe bien rodé, qui comprend un claviériste (enfin un vrai, au lieu de séquences!). Son instrument est maintenu sur un pied ressemblant à un tronc d’arbre qui peut bouger. Il rajoute un voile atmosphérique aux chansons, comme une brume glaciale très appropriée. On souhaiterait qu’il aille un micro, car il chante bien souvent. Le chanteur communique vraiment beaucoup avec le public, le remerciant maintes fois de sa présence. Presque sur sa commande, les cheveux des fans deviennent hélicoptères. Ils prennent part au festivités, en créant un petit moshpit. Le gourou leur proclame : «You are all warriors, you are all kings», suite à quoi le public lève leur verre.

Bref, Dawn of Ashes manque un peu d’originalité, mais leur théâtralité, leur attitude très professionnelle et leur bonne interaction avec la foule compensent. Une soirée des plus diaboliques et divertissantes, à se rappeler!

Artistes
,
Villes
Salles

Vos commentaires