Des Souris et des hommes
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Des souris et des hommes à Jean-Duceppe | Une adaptation à la hauteur 

S’attaquer à un classique est toujours enivrant et intimidant à la fois.  Le Théâtre Jean-Duceppe propose jusqu’au 1er décembre Des souris et des hommes, ce monument du théâtre américain tiré du roman de John Steinbeck, dans une adaptation de Jean-Philippe Lehoux.  Personne ne s’est laissé intimider, et le public fut enivré.

Le projet avait été entamé avant le changement de garde entre Michel Dumont et les deux nouveaux codirecteurs artistiques, Jean-Simon Traversy et David Laurin.  Mais les deux acolytes avouent que le texte les habitait depuis quelques temps déjà quand ils ont pris le relais pour travailler avec Vincent-Guillaume Otis, portant ici le chapeau demetteur en scène.

Pour ceux qui ne serait pas familier avec l’oeuvre, la pièce raconte l’histoire de Georges et Lennie, amis depuis l’enfance, qui rêve d’avoir une ferme à eux pour ne plus avoir à travailler en double pour trois fois rien.  Comme trame de fond, la Californie du début des années 1930, avec ces personnages ultra stéréotypés mais ultra crédibles à la fois, qui permettent à l’auteur d’aborder, avec tellement de justesse et de sensibilité, l’injustice dans tout ce qu’elle a de violent, d’irrationnel et d’enrageant.  C’est le rêve américain sans démesure; celui de trouver la paix, enfin.

La démarche du traducteur Jean-Philippe Lehoux, de concert avec Otis, embrasse le texte original avec finesse, et conserve l’essence de ce récit intemporel.  On est dans du québécois de tous les jours, de taverne ou d’étable, avec tous les sacres que ça implique.  C’est rafraichissant quand on sent que les acteurs croquent dans un  » Voyons, qu’est-cé qu’a l’a elle » plutôt que de se gainer dans un vocabulaire emprunté sans trop de saveur.  Sans tomber dans les clichés de fermette du Wisconsin, la scénographie suggère la grange et les palettes de bois, en conservant la précarité des conditions des travailleurs.

On reconnait l’époque par les costumes et les décors, mais surtout grâce aux silences habités et au temps qui n’est jamais précipité.  Surtout les silences et l’écoute del’impeccable Guillaume Cyr, qui incarne avec intelligence un Lennie dépourvu et attachant.  On aime le regarder quand il n’a rien à dire, car c’est là que se trame toute la suite des choses.  Malgré le fait que ce rôle était taillé sur mesure pour lui (et vice versa), il prouve une autre fois qu’il est un des meilleurs acteurs de sa génération.  Benoit McGinnis accote son collègue avec brio, livrant un George convaincant et torturé dans la scène finale.  Pas de divulgâcheur ici ! 😉  Mentionnons tout de même un silence plombant à la fin, où le public a pris au moins vingt grosses secondes pour reprendre son souffle et noyer les acteurs sous une pluie d’applaudissements nourris.

Toute une brochette d’hommes contre une seule femme (le contexte, mes amis, le contexte) : Marie-Pier Labrecque, qui défend la belle Mae avec aplomb et adresse.  C’est un sans faute pour cette distribution qui fut à la hauteur de l’immense défi : raconter simplement ces humains esseulés, qui rêvent grand mais qui ne savent plus sur qui s’appuyer pour y croire encore.  Peut-on faire plus actuel que cette pièce écrite il y a 80 ans ?

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