L'amour et les extraterrestres
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Didier Lucien au cirque | Spectacle des finissants de l’École nationale de cirque à la TOHU

Au cours des 35 dernières années, l’École Nationale de Cirque qui est en même temps une institution d’enseignement secondaire et collégial, aura formé plus de 500 artistes maintenant dispersés dans les plus grandes compagnies de cirque du monde. Chaque fin d’année, l’ÉNC propose en alternance deux spectacles avec ses finissants qui attirent quelque 15 000 spectateurs. Le premier, « L’amour et les extraterrestres », présenté en primeur mardi soir, a la particularité d’être mis en piste par le comédien Didier Lucien.

Peu savent que Didier Lucien a déjà touché du cirque en tant que clown dans sa jeunesse. « Je voulais en fait m’inscrire à l’École Nationale de Cirque, et c’est un peu par hasard que j’ai abouti à l’École nationale de théâtre. Mais l’attrait du cirque est resté, surtout depuis que j’ai été porte-parole du Festival Montréal Complètement Cirque. J’ai trempé pas mal là-dedans depuis », dira-t-il après la représentation à la TOHU.

Il fallait beaucoup de cran pour aller rencontrer le directeur artistique de l’ÉNC, Howard Richard, et lui présenter son bizarre de projet d’extraterrestres au cirque. Au bout de deux ans de séances de création et d’immersion, il a terminé d’écrire la structure du spectacle et les improvisations jumelées à chaque discipline circassienne. Le résultat est des plus concluants, comme dans un match parfait.

Entourés et soutenus par les étudiants de 2e année, ils sont 12 nouveaux professionnels de la cuvée 2017 à tout donner sur la piste, car plus les numéros semblent faciles à exécuter, plus il y a de travail derrière.

« Ici, la scène est circulaire. Au théâtre, on n’a pas ça, disait encore Didier Lucien. Le théâtre se fait d’un point de vue horizontal, tandis qu’au cirque, c’est en hauteur, donc à la verticale. Et l’on n’est pas seulement en 3D mais aussi à 360 degrés, ce qui permet la circulation d’éléments nouveaux au cirque, comme le skateboard et le patin à roues alignées. Mais, ça m’a pris du temps pour comprendre et savoir ce qui était le plus compliqué à réaliser pour les artistes. Mon bonheur a été là. »

Photo par Roland Lorente.

Photo par Roland Lorente.

Des circassiens venus de loin

Le spectacle s’ouvre dans la science-fiction avec la descente tout en douceur d’un vaisseau spatial éclairant en rouge vif la piste et le public. En sortent des passagers circassiens qui se dispersent en rond tout le tour de la piste, comme s’ils étaient des envahisseurs silencieux venus d’un autre monde.

Le premier numéro de cadre russe, avec Louis Joyal et Samuel Renaud, donne le ton. Il sera suivi sans aucun temps mort par les sangles aériennes de Célia Milesi, le duo de main à main de Julius Bitterling et César Mispelon, le tissu lisse de Vanessa Aviles, le cerceau aérien d’Éliza Gélinas-Lance, la roue Cyr de Cory Marsh, le trapèze en duo de Virginie Gerbeau et Zoé Sanscartier, et enfin par un numéro de groupe incluant le main à main de Marlon Archer et Jenay Espinosa, et les sangles aériennes de Tuedon Ariri qui est tout aussi époustouflante que les autres téméraires l’ayant précédée.

Photo par Roland Lorente.

Photo par Roland Lorente.

À chaque numéro est attribué le nom d’un enseignant de spécialité et celui d’un conseiller artistique. La langue de communication est prioritairement le français, mais une véritable Tour de Babel ressort du numéro de groupe avec ses tirades en plusieurs langues. Didier Lucien est fier de le préciser : « Nous avons le français d’ici et le français de France, l’anglais de Nouvelle-Zélande et celui de Londres, ainsi que de l’espagnol, de l’italien, du japonais et de l’allemand. »

Le public, en grande partie jeune, n’y voit que du feu. Le formidable élan de défiance des artistes, leur apparente flexibilité à toute épreuve, la démonstration de leur force et leur incroyable dextérité aérienne font hurler de plaisir les spectateurs.

Comme le nombre de finissants de l’École nationale de cirque requiert deux spectacles autonomes, L’amour et les extraterrestres est présenté en alternance jusqu’au 4 juin avec Hangar des possibles, spectacle conçu et mis en piste par Yves Dagenais à la TOHU, et dont nous vous parlerons jeudi.

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