Eddy de Pretto
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Eddy de Pretto aux Francos 2018 | Performance Majuscule

Encore inconnu il y a à peine quelques mois, c’était difficile de croire que Eddy de Pretto remplirait le MTELUS de la sorte. Force est de constater que le Français s’est maintenant imposé comme un artiste qui compte dans le paysage de la musique francophone, sans oublier la resplendissante Clara Luciani (en première partie) dont l’ascension est tout aussi fulgurante. Avec certitude, leurs performances auront illuminé Montréal pour cette 30ème édition des Francos.


Nommé comme « Révélation de l’année » aux dernières Victoires de la Musique, Eddy de Pretto n’est pas passé loin d’une récompense remportée par Gaël Faye, un artiste qui se produira dans le cadre des Francos à l’Astral le 13 juin prochain. Et si passer à côté d’une récompense peut décevoir, la passion que voue désormais les gens à la musique du natif de Créteil a de quoi aujourd’hui lui donner des ailes. Nul doute que le public montréalais le lui a démontré ce dimanche soir tout comme il l’a fait pour Clara Luciani, déjà très bonne la veille en extérieur.

 

Clara Luciani, l’élégance à la française

Avec classe, c’est donc cette dernière qui s’avance tout d’abord devant un public déjà nombreux au MTELUS. Il était écrit que la Corse ouvrait le spectacle d’Eddy de Pretto et visiblement, personne ne l’a pris à la légère. Car oui, il arrive souvent que les premières parties sont l’occasion de boire une bière tout en refaisant le monde ou même d’en profiter pour aller à la salle de bain. Ces scénarios ont certainement eu lieu mais peu sous-estimaient l’aura que représente Clara Luciani pour en esquiver sa prestation.

Durant une bonne demi-heure, l’ex-collaboratrice de La Femme a démontré pourquoi elle était considérée, à juste titre, comme une perle de la pop française. Face à un public plus qu’enthousiaste, celle que l’on compare à Françoise Hardy offrit par sa voix suave et subtile de beaux moments comme avec Eddy (aucun rapport avec celui qui suivra) puis sur Comme toi. Autant nonchalante guitare au bras qu’élégante dans son chemisier coloré, la jeune femme de 24 ans a parfois laissé transparaître une forme de réserve, de timidité même, qui n’a aucunement joué en sa défaveur au moment d’aborder les titres de son album Sainte Victoire.

« Petit moment en tête-à-tête, mais étant donné que vous êtes beaucoup ce soir, c’est intimidant… », dit-elle avec un petit sourire au coin de la bouche avant d’aborder Drôle d’époque. Elle ne parle pas beaucoup, certes, mais on sent chez elle une confiance certaine lorsqu’elle aborde ses titres, lorsqu’elle attaque cet ascenseur vocal sur la magnifique Les Fleurs par exemple.

Dans la lignée de sa prestation remarquée la veille en extérieur, c’était parfait. S’appuyant sur des musiciens totalement investis jouant sans fioritures, aucune fausse note ni de désintérêt manifeste ne sont à signaler chez Clara Luciani qui clôt son spectacle sur un final rythmé avec La baie et La grenade. Un moment d’évasion exquis qui ne demande qu’à être vécu une nouvelle fois.

Un Eddy de Pretto à la hauteur des attentes

Cette soirée bien entamée se poursuivit avec la venue sur scène d’un homme extrêmement attendu et qui, sans surprise, ne décevra pas. Mais vraiment pas. Certes, on peut ni apprécier le rap, ni la chanson française mais la manière dont le français mélange l’univers musical de l’un avec la poésie de l’autre fait de cet alliage un moment savoureux à déguster sans modération. Le public l’a ressenti visiblement comme tel, lui qui s’est enthousiasmé pour chaque chanson d’un concert qui durera à peine plus d’une heure. Presque trop court.

Tout commence avec une introduction lourde, les basses faisant trembler les murs du MTELUS tout comme les organes de chaque spectateur. Puis les premières notes de Rue de Moscou se font entendre avec un Eddy de Pretto qui entre (presque) seul sur scène, partiellement vêtu de blanc. Une neutralité qui souligne aussi les principes de genre et les codes sociaux qu’il combat dans son discours.

L’auteur-compositeur-interprète est tout de même soutenu dans la section rythmique par un batteur, Johnny de son prénom. Il sera excellent du début à la fin, soutenant par exemple à merveille le flow poétique de Eddy de Pretto sur les sensations Jimmy ou Mamere.

À mesure que le concert se poursuit, il y a évidemment des titres qui prennent une tournure particulière comme Random qui agit comme un détonateur. Le public est désormais imprégné de l’atmosphère installée par Eddy de Pretto et tout le monde le suit sans peine sur les paroles des refrains à venir. Ses mouvements et sa forte capacité à occuper le stage s’accompagnent aussi d’un jeu de lumière en symbiose avec l’ambiance qu’évoquent les riches paroles qu’il a écrites. Kid en est le parfait exemple, elles qui relatent l’angoisse d’une supposée virilité avec le héros du soir figé côté cour de la scène par un spot blanc transversal. L’image est belle. Elle se poursuivra avec ces tintes orangées qui amplifient la gravité des paroles de Normal reprises par un public aux aguets avant de faire exploser les décibels sur Fête de trop.

Le Français reviendra finalement chanter deux chansons aux Montréalais, Ego et la ballade Honey. Et rassure-toi Eddy, à cette soirée, la fête n’était pas de trop ni une défaite. C’était tout simplement une réussite.

Et bonne nouvelle pour ceux qui l’ont loupé : on apprenait ce matin que Eddy de Pretto serait de retour à Montréal le 2 septembre prochain, dans le cadre du festival Mile Ex End !

D’ailleurs, le chanteur français sera en conférence de presse devant une poignée de journalistes, dont nous, ce mardi midi. Consultez notre article à ce sujet dans quelques heures sur le site !

Liste des chansons

  1. Intro
  2. Rue de Moscou
  3. Jimmy
  4. Jungle
  5. Beaulieue
  6. Quartier Des Lunes
  7. Random
  8. Kid
  9. Genre
  10. Mamère
  11. Musique Basse
  12. Normal
  13. Fête de Trop
  14. Ego
  15. Honey

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