En cas de pluie, aucun remboursement
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En cas de pluie, aucun remboursement chez Duceppe | Satisfaction garantie

La soif intarissable de pouvoir se manifeste dans toutes les sphères de la société. Sournois manipulateur, l’être candide aux apparences inoffensives est bien souvent celui qui planifie les jeux les plus machiavéliques et sordides pour parvenir à ses fins. Voici le message de En cas de pluie, aucun remboursement de Simon Boudreault, qui signe pour le Théâtre Jean-Duceppe un autre tour de force un an après le succès triomphal de As is (tel quel).


En campant des complots diaboliques et trahisons tordues dans un parc d’attractions, l’auteur et metteur en scène pousse son thème de prédilection, les relations interpersonnelles en milieu de travail, à son paroxysme. À l’aube de sa trente-deuxième ouverture estivale, le Royaume du Super Fun subit des bouleversements majeurs. Le patron Louis Le Juste (Raymond Bouchard), surnommé Le King, peine à se remettre de sa crise cardiaque survenue l’été dernier. Sentant la fin imminente de son règne, le King forme sa fille égocentrique et irresponsable Marie-Jeanne La Bien-Aimée (Catherine Paquin-Béchard) dans l’espoir de lui léguer son entreprise chérie. Les trois capitaines des sections principales du site (jeux aquatiques, manèges et jeux d’adresse, restauration et animation), parfaitement au courant du manque de compétence et d’intérêt de Marie-Jeanne, se livrent multiples manigances pour se hisser au sommet. Or, rentre en scène Le Bossu (Lucien Bergeron), un employé littéralement désavantagé par une bosse dans le dos, qui brouillera subtilement les cartes.

Les réflexions proposées dans cette comédie satirique aux accents tragiques frappent magnifiquement la cible car le contexte dans lequel elles s’illustrent s’avère familier pour tout type de spectateur : un lieu de divertissement magique pour les clients et éreintant pour les employés à bout de souffle et sous-payés. Le texte, appuyé par un décor grandiose signé Julie-Christina Picher, transporte fidèlement le public sur un site rappelant La Ronde (surtout avec la politique bannissant les glacières…). Les longues journées de travail, la chaleur étouffante, les enfants déplaisants et turbulents issus des camps de jour, la gestion de crises grotesques… ce calvaire quotidien se matérialise avec crédibilité à travers des répliques cinglantes et une utilisation hautement ingénieuse des accessoires et de l’espace.

Source : duceppe.com

Source : duceppe.com

Les pires bassesses commises par les personnages afin d’aspirer à mieux ramènent à une triste réalité indéniable ; le besoin d’être aux commandes prime sur le respect et l’entraide entre collègues. Pour décrire ce monde prônant l’individualisme, Simon Boudreault, en misant sur une scénographie dynamique, un hilarant langage coloré et des protagonistes bien définis même s’ils semblent d’abord caricaturaux, ne s’empêche aucune censure et évite une conclusion mielleuse. Au-delà de la critique de société, cette dix-neuvième création du Petit Théâtre du Nord offre des moments de théâtre absolument truculents. Impossible de pas succomber à l’étourdissant tour à bord du manège Méga Titan ou à une baignade pleine de remous dans la piscine à vagues !

Les comédiens, qui ont eu la chance de roder la pièce tout l’été avant d’entamer un prestigieux séjour chez Duceppe, affichent une complicité irrésistible. Tous parviennent à se démarquer et créer un lien affectif avec le public malgré les innombrables défauts des personnages. Ceci dit, Jocelyn Blanchard (qu’on a pu voir dans la série Il était une fois dans le trouble sur les ondes de Vrak.TV) vole la vedette dans le rôle ingrat de Henry Le Bègue, un gardien de sécurité empreint de bonhomie qui trouve un réel réconfort dans son existence tranquille dénuée de toutes ambitions.

Alliant solidement légèreté et sérieux, En cas de pluie, aucun remboursement réussira à vous faire rire et réfléchir avec cœur. Ne boudez aucunement votre plaisir, vous ne ressentirez nullement le désir de formuler une plainte !

En cas de pluie, aucun remboursement est présenté jusqu’au 15 octobre 2016 au Théâtre Jean-Duceppe. Détails et billets par ici.

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