Anima / Darkroom
Entrevue Publié le

En solo avec le danseur primé 7Starr | Explorer le Krump à La Chapelle Scènes Contemporaines

Cet automne, le krumper 7Starr sera en solo à La Chapelle Scènes Contemporaines, dans le cadre du Festival Gutta Zone qu’il a contribué à créer. Chorégraphié par la danseuse contemporaine Lucy M. May, le show d’une durée d’une heure est l’occasion d’une réflexion sur cette « street dance » qui n’a pas encore 20 ans. Rencontre avec le danseur et la chorégraphe.

C’est la suite logique des choses. Comment je peux pousser mon art dans d’autres directions? Il faut approcher la pratique de façon différente, se demander où est-ce qu’il s’en va.

– 7Starr

Une rencontre décisive

Dans un studio de danse sur De Gaspé, nous attendons impatiemment 7Starr, coincé par le traffic. C’est l’occasion de poser des questions sur le krump et sur le parcours de Lucy. Le krump, né à Los Angeles dans les années 2000, a vu le jour grâce à deux danseurs: Ceasare « Tight Eyez » Willis et Jo Artist « Big Mijo ». Il se pratique en battle sessions, devant un public qui participe activement.

Lucy M. May. Photo par Calope.

Venue du milieu de la danse contemporaine, Lucy M. May a quitté  la troupe de Marie Chouinard en 2016 pour chorégraphier et créer. Elle voulait goûter à d’autres mondes de danse, comme ceux de Margie Gillis et Ariane Boulet. « J’avais soif de me sentir connectée à une communauté tangible à Montréal. »

C’est en prenant des cours, le lundi soir, qu’elle a rencontré 7Starr. Pionnier du krump au Canada, 7Starr a co-fondé la Montreal Krump Alliance et co-créé le Festival de Krump Gutta Zone, premier grand événement de krump dans le pays. Leur amitié a commencé par des échanges dans le studio. Elle aboutit aujourd’hui à la collaboration intitulée Anima / Darkroom. C’est un projet nouveau pour 7Starr, l’occasion d’explorer le krump, ses potentialités et ses limites.

 

7Starr en solo

Dans Anima / Darkroom, 7Starr déroule un solo de danse pendant une heure. Alors que le krump ou krumping s’organise d’habitude en battle sessions d’un court laps de temps, le show cherche à étirer le moment. « C’est la longueur qui change tout » affirme 7Starr. « Quand on regarde du krump, c’est sporadique, impulsif. Le but était d’étendre les éléments du krump, de travailler la voix, les personnages et voir ce qui ressort de ça ».

7Starr. Photo par Elias Touil.

Lors des répétitions, Lucy M. May et 7Starr ont expérimenté des idées, joué avec des objets, afin de réfléchir sur les mouvements caractéristiques de cette danse et les développer. Il fallait aussi faire rentrer dans le spectacle les characters ou personnages typiques qui naissent dans une session de danse et jouer avec l’univers sonore du krump, créé par les danseurs et les encouragements du public.

Cet univers sera justement revisité par la musique originale de Patrick Conan et Big Rulez aka God’sHand, grand producteur de krump. Le premier jouera en direct, « pour donner un volume à l’espace par le son » et le second fera revivre l’atmosphère dramatique et intense du krump.

La boîte noire, au centre de la mise en scène

« Le propos du projet, c’est de créer dans l’espace d’une boîte noire, ce que je n’avais jamais fait dans le passé, déclare la chorégraphe et danseuse Lucy M. May. J’avais le goût de revisiter les espaces dans lesquels j’avais beaucoup travaillé comme interprète. »

Pour la chorégraphe du spectacle, la boîte noire, d’abord photographique, mais surtout théâtrale est un espace parfait pour recevoir le moment qualifié de « liveness ». Dans une session de krump, l’énergie monte en puissance, jusqu’au « point le plus haut, le plus fort du round ». Ce moment « hyper puissant, résultat d’un build up », mais aussi l’intensité donnée par les plus petits mouvements sont parfaitement mis en valeur dans cet espace clos et dénudé.

 

Travailler le rapport avec le public

Sur le site de la Chapelle, on peut lire que « le spectacle Anima / Darkroom plonge dans le fossé entre solitude et communion », l’entrevue est donc l’occasion de revenir sur cette phrase un peu mystérieuse.

Il s’agit en fait de de travailler le rapport avec le public. Selon 7Starr : « dans un solo, il y a un gap entre la personne qui performe et le public, qui génère des états d’âme ». Le show prend en considération cette dimension et déploie un « effort pour se dépasser à l’intérieur, pour essayer de trouver les bons mots, un effort pour dépasser le fossé qui existe pour aller vers l’autre. »

Du 26 septembre au 1er octobre, ce solo généreux permettra sans doute au public d’avoir le dernier mot. Pour trouver les billets et obtenir plus d’informations au sujet du spectacle, rendez-vous par ici.


* Cet article a été produit en collaboration avec La Chapelle Scènes Contemporaines

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