Endrick & the Sandwiches

Endrick & The Sandwiches à l’Aquarium Café | Un bluesman en devenir

Loin des grandes scènes montréalaises performent encore de jeunes artistes talentueux qui distillent une musique savoureuse. Et ce vendredi soir, c’était sur la rue Masson qu’il fallait être. Car oui, dans le charmant Aquarium Café, là où se terrent régulièrement de nombreux joueurs montréalais de blues, Endrick Tremblay, un gars de Tremblant, y fait désormais son nid et se prépare à enchaîner deux sets qui animeront la cinquantaine de clients du bar d’une certaine frénésie auditive.

Chanteur et guitariste du groupe The Great Novel, Endrick Tremblay a évidemment toujours été animé par ce rock que le quintet montréalais joue avec minutie. Mais comme souvent, un artiste est animé par d’autres influences et faute de pouvoir arrimer ses compositions blues aux autres de son groupe, le Tremblantois s’est résigné à démarrer un projet parallèle. Et bien lui en a prit. Car depuis ses seize ans, le blues anime sa vie comme il anime celui de sa ville natale nichée au cœur des Laurentides. « Avec le Festival International de Blues, ça nous expose à cette musique et les bars dans lesquels on sort à ce moment-là sont tous animés par ce style ».

Endrick a les yeux qui pétillent lorsqu’il évoque cette période de sa jeunesse et malgré le fait qu’elle ne lui ait pas offert la possibilité de jouer avec des chums de son âge, sa fausse carte d’identité lui a toutefois fait côtoyer très tôt ces vieux briscards de quarante-cinq piges qui jouaient constamment dans les bars locaux.

Puis surviendra plus tard, après une longue pause, sa rencontre avec son désormais ami Greg McEvoy, un guitariste ontarien lui aussi passionné de blues.

 

« Choisir la bonne note plutôt qu’en jouer dix »

Des petits concerts intimistes plus tard, le projet des Sandwiches est en route avec à son bord d’autres musiciens talentueux. Endrick peut enfin exploiter son savoir musical dans un processus constant de jams qui laissent place à la spontanéité plutôt qu’à la technique.

En ce moment, la scène blues est vue comme un sport, dit-il. Tu dois jouer la guitare et l’harmonica vraiment vite, il faut être performant mais pour nous autres, le blues c’est complètement le contraire. C’est l’idée de choisir la bonne note plutôt que d’en jouer dix, de jouer plus clair et surtout que ce soit une ambiance de party pour le monde qui vient nous écouter.

C’est pour cette raison que les concerts donnés par Endrick & The Sandwiches sont souvent uniques, puisque les lignes de solos ne sont pas écrites à l’avance, ramenant leur blues à un état similaire au jazz spontané pour le faire découvrir aux plus jeunes afin leur montrer un tout autre visage de ce genre musical dans un style proche du punk et du garage comme à l’automne dernier où l’Esco fût le théâtre d’un concert épique d’Endrick avec ses Sandwiches qui joua trois heures d’affilée des compositions originales et des reprises dans une ambiance électrique.

 

Des reprises mais pas que…

Le concert à l’Aquarium Café n’accueillait toutefois qu’une version réduite du groupe avec en tête d’affiche son chanteur-guitariste. Deux sets de quarante-cinq minutes environ pour une vingtaine de titres joués, une belle prestation donc qui se nourrit aussi de collaboration avec Elyze Venne-Deshaies à la clarinette, le trio montréalais Wild Mercury pour les harmonies vocales sur une demi-douzaine de titres ou encore l’excellent Billy Craig à l’harmonica. Un spectacle surprenant par ses collaborations mais aussi par cette prestance que dégage Endrick qui s’imprègne totalement dans son art derrière sa belle Rickenbacker blanche.

Artistiquement, l’homme de 29 ans maîtrise les instruments sur lesquels il joue, que ce soit la guitare, le piano ou l’harmonica mais c’est peut-être à sa voix que l’on reconnaît le talent du monsieur. Elle enchante le public en offrant ces zestes de variations qui, à l’image d’un vélo tout terrain sur une montagne, permet de traverser les chemins vocaux sans encombres.

Il y a durant ce spectacle une magie progressive qui s’opère à mesure que le public découvre petit-à-petit la personnalité joviale du Tremblantois qui n’hésite pas à s’amuser avec l’assistance. Seront jouées durant plus d’une heure quelques vieilles chansons traditionnelles dont les auteurs restent encore inconnus (High Flying Bird, San Francisco Bay, Willie the Weeper, …), des reprises réinterprétées avec talent (That’s Life de Sinatra, Lay Lady Lay de Dylan, …) ou encore ces huit compositions qui viennent saupoudrer le spectacle par leurs sonorités originales tirées d’influences allant de Chet Baker aux Rolling Stones.

Des titres qui seront d’ailleurs disponibles dès l’été prochain sur un album 11 titres enregistré dans les conditions du direct et qui deviendra, peut-être, le compagnon de route désigné pour animer les roadtrips transcanadiens. Avec escale à Tremblant ?

 

Liste des chansons 

  1. Devil Does
  2. I Want a Little Sugar in Bowl (Nina Simone)
  3. Willie The Weeper (Auteur inconnu)
  4. Family Way
  5. Tears Won’t Come
  6. High Fliying Bird (Auteur inconnu)
  7. They’re Red Hot (Robert Johnson)
  8. Against The Blues
  9. My Bucket’s Got a Hole In It (Hank Williams Sr.)
  10. Well Known Dead
  11. Bring It Home to Me (Sam Cooke)
  12. San Francisco Bay (Auteur inconnu)
  13. Saint-James Infirmary (Auteur inconnu)
  14. Ho Daddy Ho
  15. That’s Life (Frank Sinatra)
  16. Shady Grove (Doc Watson)
  17. Lay Lady Lay (Bob Dylan)
  18. Give it up
  19. Something You Got (BB King)
  20. Anie
  21. Riverside

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