Enforcer
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L’équilibre dans la force, entre Heavy et Thrash | Enforcer (avec Warbringer, Exmortus, Warsenal et Cauldron) aux Foufounes Électriques

Une tournée très attendue, une affiche excellente : malgré une affluence juste correcte, cette soirée de dimanche, aux Foufs, a été dominée par Enforcer, qui ont joué comme si ils étaient au Centre Bell, alors que Warbringer ont donné une leçon de thrash.


Warsenal

Pas évident d’ouvrir une telle affiche un dimanche soir à 18h30, surtout avec 5 groupes, mais le trio local Warsenal se donne tant bien que mal, appuyé par une horde de fans déjà bien éméchés. Dommage qu’un son de guitare trop fort – mais que diable fait l’ingénieur de son ? – vienne salir une prestation crade mais énergique à souhait, dans un style thrash metal traditionnel et assez old school, non sans rappeler les Kreator ou Exodus des débuts. A revoir dans de meilleures conditions.

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Exmortus

Place à la performance la plus technique de la soirée avec les Américains d’Exmortus, où le meneur est également un des six-cordistes de Warbringer. L’homme fait donc cette tournée monstrueuse de presque deux mois en double, jouant deux fois chaque soir. Respect. Que ce soit à la basse, sur les guitares ou à la batterie, le niveau des musiciens est hallucinant.

Avec un thrash assez moderne aux inspirations clairement néo-classiques, inutile de dire que ça galope sur les manches, avec en plus un gros son très propre et précis. Dommage que le chant manque un peu d’intérêt et tende à rendre le tout monotone après quelques morceaux, dont les riffs se ressemblent souvent. On retiendra l’instrumental hallucinant Moonlight Sonata, version métal époustouflante du Troisième Mouvement de la Sonate au Clair de Lune de Beethoven. Un festival de tapping et de hammer-on qui mettra bien des mâchoires à terre.

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Cauldron

On revient à une vibe beaucoup plus rock’n’roll et à l’ancienne, à coup de Gibson, Marshall et Rickenbacker avec le célèbre trio de Toronto.

Cauldron nous présentera quelques pièces extraites de son album In Ruins, fraichement sorti la semaine dernière. Dommage que le son ne soit pas à la hauteur (batterie à moitié sonorisée pendant le début du set, voix très faible) de leurs compositions efficaces. Alors que Queen Of Fire calme un peu le jeu, des morceaux comme Nitebreaker ou Burning Fortune viennent relever l’intensité, ou encore End of Time et ses riffs mélodiques à souhait.

La naturelle nonchalance des musiciens contraste parfois avec leur musique, comme si être sur scène était devenu une routine presque ennuyante par moment. Ils se rattrapent avec des mouvements de guitares Scorpionesques très efficaces, et compte tenu de la hauteur de la scène des Foufs, et de la grandeur de Ian et Jason, ça vole assez haut.

On retient le style de solos très reconnaissables et accrocheurs de Ian Chains. Le final est épique avec All or Nothing joué à toute vitesse.

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Warbringer

On repasse du bord thrash metal avec des maîtres du genre dans la nouvelle vague : les Californiens de Warbringer. La salle est maintenant mieux remplie et le pit explose enfin au son de la machine de guerre sur scène.

Pas le temps de tricoter, le concert débute directement avec le classique Total War. Un son massif, des musiciens très en place et un chanteur avec une bonne présence scénique, Warbringer mitraille ses pièces incisives avec une efficacité brutale et remarquable. Comme on dit, ça tabasse.

Et ça enchaîne avec la tuerie Severed Reality, un début vraiment explosif ! La set-list ne laisse aucun répit et enchaîne les bombes comme Scars Remains, Hunter Seeker ou Living Weapon qui voient les premiers stage-diving et circle-pits de la soirée.

A quand un prochain album, sachant que le dernier remonte déjà 2013 ? En attendant, Warbringer s’impose comme un des meilleurs représentants du genre.

« Heavy Metal’s not a past era thing, it’s happening right f***ing now ! », proclame le hurleur de la meute. Living In A Whirlwind et Combat Shock viennent conclure en puissance la prestation la plus musclée de la soirée.

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Enforcer

Six ans après leur premier passage à Montréal, et des milliers de fans plus tard, à travers la planète jusqu’au Japon où ils sont adulés, les Suédois d’Enforcer font ce soir leur grand retour très attendu en tête d’affiche.

Fers de lance de la nouvelle vague du heavy metal traditionnel, le quatuor investit la scène après Diamonds and Rust de Judas Priest et envoie d’emblée son nouveau single Destroyer. Sur la petite scène des Foufs, la bande à Olof Wikstrand se donne comme dans un stade ou une arena.

Pour décrire rapidement et grossièrement, on parlerait d’Enforcer comme un jeune Iron Maiden ou Judas Priest des années 80 qui serait sorti du passé mais qui aurait pris pas mal d’amphétamines. Le mélange parfait entre un heavy metal dans la pure tradition, au son presque vintage, mais avec la rapidité et l’énergie du speed/thrash metal. Quelle présence, quelle énergie, quelle claque !

Le meneur Olof, dont le look rappellerai d’ailleurs un K.K. Downing des débuts, est une vraie bête de scène, courant de bord en bord, allant chercher chaque spectateur dans les yeux avec un regard perçant mais amical, invitant à chanter et lever les poings.

Tobias Linqvist, une version très énervée de Steve Harris, nous en met plein la vue à la basse, notamment avec des tatouages d’un goût assez spécial totalement assumés, mais surtout un jeu aux doigts impressionnant qui prouve qu’on peut jouer ce genre de musique rapide sans pick.

Les plus observateurs auront pu remarquer une tête connue de la scène canadienne derrière les futs, puisque ce n’est autre que Chris Steve d’Aggressor, également ex-batteur de Cauldron, et surtout de Skull Fist qui avait tourné en Europe avec Enforcer il y a quelques années.

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C’est donc lui qui est logiquement venu à la rescousse des Suédois puisque leur batteur est malheureusement encore au pays, en attente de son visa. On lui souhaite de pouvoir rejoindre la tournée au plus vite. Et surtout, on souhaite que les administrations des Etats-Unis comprennent enfin que les musiciens de groupes qui ne jouent pas à la radio ne sont ni des terroristes, ni des menaces pour l’économie (avec le peu d’argent qu’ils font…), et qu’il est stupide de faire des visas aussi chers et compliqués à avoir.

Qu’importe, sur scène Enforcer ouvre le feu avec une grille de chansons excellentes, présentant les meilleurs extraits du nouvel album comme Undying Evil, From Beyond et même Below The Slumber, mais sans oublier les titres phares. C’est ainsi le classique Mesmerized By Fire qui débarque en troisième, suivi du rapide Live For The Night, et quelle puissance. Le groupe enchaîne les titres sans relâche avec une maitrise et une énergie incroyables.

Des titres comme Run For Your Life viennent encore prouver l’excellence de l’album Death By Fire, largement représenté ce soir. Après le lourd et envoûtant Mask of Red Death, Enforcer disparaît pour un court rappel. Et les Suédois de nous achever avec trois dernières fines pièces : l’épique Katana, l’accrocheur Take Me Out Of This Nightmare, et le diablement mélodique Midnight Vice. Superbe, et avec une énergie communicative, les Suédois prouvent que le style traditionnel est encore bien vivant en 2016.

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Finalement, on peut se demander pourquoi cette belle affiche remplit le Théâtre Gramercy à New York, mais ne remplit pas plus que les Foufounes Electriques à Montréal. Dimanche soir ou pas, ce n’est pas tous les jours que l’excellence du nouveau heavy metal européen est en ville. Avec en plus un line-up de groupes de qualité qui a même fait déplacer quelques fans de Halifax ce soir, on aurait pu imaginer un plus gros succès.

Grand tort aux absents, nous on pourra témoigner que la flamme brûle plus que jamais.

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