Barbagallo
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Entrevue avec Barbagallo | Un projet solo entre deux tournées

Julien Barbagallo est surtout connu comme le batteur de la formation australienne Tame Impala, mais gagnerait à être reconnu plutôt comme étant le chanteur de son propre projet solo qui signe déjà deux albums, le plus récent Grand Chien paru le 3 mars dernier. Sors-tu.ca s’est assis en tête-à-tête avec lui lors de son premier passage en solo à Montréal.

Qu’essayais-tu d’illustrer derrière le nom Grand Chien, titre de ton deuxième album?

Je trouvais l’association des deux mots intéressante. Elle m’est arrivée un peu par hasard via un ami qui m’a appelé comme ça, pour rigoler, à la fin d’un message. C’est un ami australien qui aimait bien parler français. Ça vient de l’expression en anglais big dog. Donc, il a signé son message « Salut, à la prochaine grand chien ». Je ne sais pas pourquoi ça m’avait vraiment interpelé, de voir ces deux mots côte à côte, j’avais trouvé ça très poétique. C’était plus une sonorité qui m’a plu, plus que l’image. Ça me semble quelque chose d’un peu étrange, grand chien, à voir ou à lire. Y’a un côté un peu mystérieux qui colle bien à la musique.

As-tu remarqué des différences dans le processus créatif de l’album, comparativement au premier, Amor de lonh (2015)?

Ça s’est pas mal ressemblé dans la manière que j’ai enregistré. J’enregistrais soit chez moi de manière complètement autarcique dans mon salon, soit en tournée dans des chambres d’hôtel ou dans les bus de tournée avec Tame Impala. Leur fabrication était assez similaire, sur une période très étendue, sans trop de pression. La seule différence, c’est que le mixage du deuxième s’est fait à Paris par Rob et Jack Lahana dans leur studio Hippocampus.

On peut remarquer que le son a évolué dans les thèmes, dans les sonorités, dans les textes.

C’est pour ça que j’ai laissé l’album être mixé par quelqu’un d’autre. Je sentais que moi-même dans mes textes et dans mes compositions, j’allais un peu ailleurs. Je me suis dis que ça valait le coup au niveau du mixage d’aller aussi ailleurs. Et comme je n’avais pas les compétences techniques pour le faire, j’ai laissé carte blanche à ce duo de mixeurs.

Lorsqu’on parle de tes inspirations, on mentionne Francois de Roubaix, Jean Echenoz, Pascal Quignard et Eugène Guillevic. Ce ne sont pas nécessairement les influences les plus modernes. Qu’est-ce qui t’inspire chez eux?

Ce que j’aime chez ces auteurs, poètes, c’est leur intemporalité. On arrive pas à leur mettre une date, une époque, un influence. Ils vont tellement loin dans les mots, dans leur utilisation qu’ils arrivent vraiment à toucher à quelque chose de très intemporel. C’est ça qui m’inspire beaucoup. J’aime ressentir ça dans n’importe quelle œuvre d’art.

Est-ce que l’intemporalité guide tes propres textes?

J’essaie, en toute humilité de tendre vers ça quand j’écris.

Donc, tu ne te laisses pas influencer par l’actualité?

Pas directement, peut-être inconsciemment. Ce que j’ai remarqué pour Grand Chien, c’est que je me suis laissé influencé par la noirceur des temps actuels. Je me suis imposé un surplus de positif, de lumière pour essayer de contrecarrer, à ma petite échelle, cette noirceur qui envahi tous les domaines de notre existence ces temps-ci. C’est quelque chose que je voudrais aussi développer dans le futur, d’aller vers plus de lumière, d’avoir des perspectives positives.

Comment arrives-tu à jongler tous tes projets, Barbagallo, Tame Impala et Aquaserge?

Mes albums, je les ai faits dans chaque moment de libre que j’avais. C’était donc possible de tout concilier. Aujourd’hui, il se trouve que Tame Impala tourne moins, on a fini notre cycle de tournée en janvier-février dernier. Du coup, ça me laisse plein de temps pour pouvoir faire du Barbagallo. Ça s’est bien goupillé, comme on dit.

Et comment tes autres projets influencent-ils Barbagallo?

Y’a des gens qui me disent qu’ils entendent beaucoup de Tame Impala dans ce que je fais. Moi, j’arrive pas trop à l’entendre. Mais, c’est comme tout : tout transpire, tout infuse, donc à un moment donné, ça peut ressortir. C’est aussi plus que la musique. Tame Impala, ça me donne beaucoup d’énergie pour faire mon propre truc. Ça donne beaucoup d’inspiration un projet comme ça qui marche beaucoup, qui te permet de faire tellement de choses, t’as envie que ça n’arrête jamais. Et t’as envie d’appliquer ça à ton propre projet, même si le mien débute, en quelque sorte.

Tu es non seulement batteur pour Tame Impala, tu es également batteur et chanteur pour Barbagallo. Quel genre de technique faut-il développer pour arriver à chanter de manière plutôt planante comme tu le fais et jouer de la batterie simultanément?

C’est vrai que c’est pas facile. En fait, c’est une difficulté à laquelle je ne pensais pas. Je ne réalisais pas à quel point les rôles de batteur et d’interprète étaient différents. C’est vrai qu’en terme de ce que tu transmets au public, c’est important d’être bien dans sa peau d’interprète et d’être là quand tu ouvres la bouche pour délivrer tes paroles. J’ai tendance à oublier parce que mon corps de batteur prend le dessus, du coup j’oublie d’être dans cette énergie-là d’interprète. C’est un truc de chaque instant à se rappeler, un truc auquel je dois faire très attention.

En spectacle, tes musiciens et toi vous placez de façon linéaire sur scène. C’est ton choix?

Ça dépend de la salle, parfois je suis un peu surélevé. En général cette espèce de ligne avec ces deux pistons, basse et guitare, qui peuvent aller et venir, c’est notre formation. Je trouvais ça important de casser le mode rock traditionnel. En plus d’être chanteur et batteur, je me suis dis que c’était le moment de la faire venir plus à l’avant.

Tu ouvres donc pour Peter Peter sur trois dates québécoises, le 8 mars à Montréal, le 11 mars à Trois-Rivières et le 12 mars à Québec. Vous connaissiez-vous avant?

Je l’ai découvert grâce à notre label commun en France, Arista. Je trouve ça super qu’on se retranscrive aussi sur scène, de partager une scène chez lui. Je suis très content pour lui, ça semble bien marcher. C’est chouette!

Tu as déjà eu l’occasion de jouer de notre côté de l’Atlantique, mais c’est la première fois que tu le fais avec Barbagallo. Comment envisages-tu ton passage solo chez nous?

Je suis très, très fier. Il y a une petite saveur particulière quand tu viens présenter tes propres chansons, ton propre projet. Ça te tient encore plus à cœur. Je trouve ça génial d’être si loin de chez moi et qu’il y ait des gens qui viennent écouter. C’est quand même incroyable quand tu y penses. Quand t’es un groupe français, tu te promènes plutôt dans l’Europe. De pouvoir venir au Canada, c’est un peu la cerise sur le gâteau.

Jusqu’où souhaiterais-tu amener Barbagallo?

Le Canada, c’est un pas de plus vers quelque chose d’un peu plus international. Je trouve que les Français sont plutôt franco-français dans leur manière de tourner. Moi, j’aimerais bien voir mon projet être écouté partout et joué n’importe où. Comme faire une tournée en Amérique du Sud, ce genre de chose, c’est sûr qu’il y a un public pour ça. On a une routine en France de ne pas le faire, peut-être qu’on se dit que c’est perdu d’avance. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, plus que jamais, on peut se le permettre et il y aura des gens qui seront intéressés.

Tu souhaites donc être l’exception?

Au contraire, j’aimerais être la norme, faire partie du mouvement qui englobe tous les nouveaux projets qui seraient ravis sans doute de jouer partout dans le monde.

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