Bigflo & Oli
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Entrevue avec Bigflo & Oli | Les atypiques hyper-sensibles

Bigflo & Oli, deux rappeurs français à la technique hors-norme et à la sensibilité ultra-développée, investissaient la semaine dernière le Québec pour quatre concerts intimistes d’une intensité déconcertante. Samedi soir, quelques heures avant le début du dernier show de la virée, au Club Soda de Montréal, nous avons eu l’occasion de discuter avec Oli, le plus jeune des deux frères.

Empreint d’une adrénaline propre aux heures précédant un concert comme celui-ci, Oli, très souriant et un brin hyper-actif, s’attable à nos côtés, le temps de nous raconter le succès fulgurant de son duo, les inspirations qui guident leur nouvel album La Vraie Vie ainsi que ses aspirations sans cesse renouvelées pour l’avenir.

Un travail acharné menant à une réussite stupéfiante

L’attrait de ces deux frères pour la musique, c’est leur père, lui-même musicien, qui leur a transmis dès l’enfance. Avant de se lancer dans le rap, ils se sont employés à perfectionner leur maîtrise de différents instruments : le piano et la batterie pour Bigflo et la trompette pour Oli, dont ils jouent régulièrement sur scène. C’est un peu plus tard que s’est développé leur attrait pour le rap, qui passait dans un premier temps par l’art de la poésie. Mais ces deux passions, tant la musique que le rap, réclament un énorme engagement en matière de temps et d’énergie :

Les gens ne se rendent peut-être pas compte, mais c’est beaucoup de boulot, beaucoup de sacrifices. Tous les weekends, quand j’étais petit, je me levais, j’allais au conservatoire, toutes les semaines, après les cours, on faisait du solfège, on faisait des scènes, on se battait pour aller prendre les micros aux soirées…

Aujourd’hui, Bigflo & Oli se disent fiers et heureux de compter à leur actif un premier album certifié disque de platine et un second d’ores et déjà double disque de platine, seulement un mois après sa sortie. Oli nous confie à ce sujet : « on se dit qu’on a beaucoup bossé et qu’on a un beau parcours ».

La Vraie Vie : un album « bilan »

Il nous explique cependant que son frère et lui ne se rendent pas vraiment compte de l’ampleur de ce succès : « on ne réalise pas ce qui nous arrive en ce moment, ça c’est ce qui nous permet de rester dans notre bulle ». Face à des changements considérables dans leur vie quotidienne, et après leur tournée de plus de 120 dates, le besoin de se poser et de prendre du recul se faisait alors ressentir chez les deux rappeurs.

On s’est retrouvés chez nous à Toulouse en studio, et on s’est dit : waouh, attends, on va re-réfléchir à tout ce qui nous est arrivé, tout remettre dans l’ordre.

Il était alors temps de se remémorer leurs souvenirs, de faire le point par rapport à tout ce qu’ils avaient vécu ; c’est en ce sens que La Vraie Vie représente un bilan, un bilan sur leur travail en tant que rappeurs mais aussi sur leurs évolutions personnelles, en tant qu’êtres humains.

Si, pour eux, l’inspiration c’est « un peu de vécu que tu affines avec le temps, comme une bouteille que tu conserves dans une cave à vin », vivre autant de choses en si peu de temps a été extrêmement stimulant au niveau créatif. Et comme les deux rappeurs sont extrêmement curieux – ils se décrivent eux-mêmes comme « un peu bizarres, parce [qu’ils ont] toujours été passionnés par les autres » – leur succès et leur tournée leur ont permis d’observer et d’analyser d’autant plus de personnes, de comportements différents, sources de nouvelles idées pour leurs morceaux.

Des collaborations d’exception

Pour La Vraie Vie, Bigflo et Oli ont eu la chance de collaborer avec des artistes d’exception : Stromae, JoeyStarr mais aussi Busta Rhymes ont accompagné les deux rappeurs sur leurs titres.

À la base, c’était des rêves qu’on avait… Ça fait drôle de les réaliser !

Oli nous fait part de sa surprise lorsqu’il a appris que Stromae appréciait réellement leur univers, et souhaitait travailler avec son frère et lui : « on était choqués, nous à la base on voulait juste prendre une photo avec lui, tu vois ! ». Il nous raconte aussi comment ça a désacralisé le mythe de l’artiste-star pour lui : « Moi, je m’imaginais Stromae dans un grand laboratoire où il faisait des formules mathématiques pour trouver ses mélodies… Et non, en fait il y a beaucoup de sentiments dans sa manière de créer ».

Il nous raconte aussi sa satisfaction par rapport à leur titre Ça va trop vite, en featuring avec Busta Rhymes : « ce qui est assez énorme c’est qu’il n’a jamais accepté de feat avec des Européens, et ça, c’est une grande fierté ». Il explique cette participation par le défi que constituait ce morceau, particulièrement rapide : « quand tu es rappeur, ça touche ton ego, alors c’était de la compétition positive, une belle mentalité hip-hop ».

Des ambitions insatiables

Si ce deuxième album vient confirmer le talent remarquable des deux Toulousains, ils ne comptent cependant pas s’arrêter là. De plus en plus exigeants envers eux-mêmes, Bigflo & Oli semblent adopter une mentalité « d’enfants un peu… pourris gâtés », dans le sens où ils en veulent toujours plus. L’artiste nous explique en effet, tout sourire : « quand tu réalises ton rêve t’as envie de l’envoyer encore plus loin et t’es jamais vraiment content, t’es jamais vraiment satisfait, et je pense que c’est ce qui nous pousse à faire mieux ».

Dépasser toujours et encore ses limites, ça commencera pour le duo par briller lors de leur tournée des Zéniths en France, dont les concerts affichent déjà presque tous complets. Ils souhaiteraient également se lancer dans le cinéma, une autre manière de raconter des histoires pour ces deux rappeurs qui se décrivent comme « hypersensibles sur plein de choses », comme « des sortes d’éponges à histoires, à émotions, à sentiments ».

Enfin, le duo pense aussi à aider des artistes émergents, une mission qui leur tient à cœur : « j’ai toujours écrit des lettres à plein d’artistes, on m’a jamais répondu, j’ai toujours gratté à la fin des concerts, souvent les gens me calculaient pas, alors si je peux aider d’autres gens ça serait un des gros buts des années à venir, passer le flambeau ».

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